Au nom de tous les miens v2

Martin Gray · Chapitre 17 sur 22

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Au nom de tous les miens v2

Quatrième partie Le bonheur

Quatrième partie

 

Le bonheur

 

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Enfin, enfin, la paix, la joie

 

Depuis vingt ans je courais, pour un sac de blé, pour sauver ma vie, pour venger les miens, pour vendre, de palier en palier du Bronx mes foulards, mes mouchoirs, pour gagner ces dollars, de New York à Paris, de Berlin à Londres. Il me semblait que ma vie avait été une longue route en pente, la vitesse augmentait, les tournants étaient de plus en plus raides, je ne savais pas freiner, je ne pouvais pas, je ne voulais pas, j’avais de plus en plus de mal à diriger ma vie, elle m’échappait, j’allais de plus en plus vite, parfois il me fallait lutter contre le désir de quitter la route, d’exploser, d’en finir avec cette course où, après chaque tournant alors que je croyais voir la plaine plate et droite je n’apercevais qu’une nouvelle pente, plus forte, un nouveau virage. Et puis, alors que j’allais peut-être vraiment perdre le contrôle, voilà que j’ai rencontré Dina.

C’était le fleuve, large, paisible, puissant, tranquille. Elle m’apprenait à vivre, elle était la vie. Je la regardais sans me lasser, choisir un tableau, lire à haute voix des vers de Rilke ou de Rimbaud, placer un disque et me prendre par le bras, me murmurant : « Écoute, ferme les yeux, écoute la musique. »

J’avais vécu dans un monde de hurlements, de grincements, un monde saccadé et sauvage ; j’avais fait le pari qu’il devait exister une autre vie, celle des hommes vrais. Je découvrais cette vie. J’avais traversé les années, brisant les jours, les mois, comme une pierre lancée avec rage, maintenant il y avait le matin, quand elle se levait, l’odeur des toasts et du café. Dina passait près de moi, belle, et je pouvais la prendre sans crainte contre moi, elle n’était pas menacée par la guerre, Treblinka ne l’attendait pas. Je l’arrêtais toujours quand elle passait, je voulais toucher la vie, la découvrir encore, savoir qu’elle était là, souple et belle, vivante. Maintenant, il y avait le jour, la nuit, sa vie pour moi ouverte. Elle parlait, je suivais le mouvement de ses lèvres, je parlais avec elle, j’étais elle. Elle avait eu sa part de malheur, ce mari, un ancien déporté, avec qui elle ne s’était pas entendue et pour qui elle avait quitté la Hollande. Le divorce enfin après une longue usure, la solitude du métier de mannequin, et la nostalgie de l’Europe, d’une vie simple et calme : la lecture, la musique, des enfants, des arbres. Elle aussi rêvait d’une forteresse.

Le téléphone sonnait et je laissais sonner le téléphone.

— Je te veux pour moi, disait-elle. Tu as bien assez de dollars. Liquidons tout et partons.

Je me cachais dans ses bras, elle se cachait dans les miens, j’étais son père, elle était ma mère, nous étions frère et sœur, sa tête était faite pour mon épaule et tout son corps pour le mien. Quand je touchais sa peau, que je m’allongeais près d’elle, j’avais envie de crier : « Enfin, enfin » ; elle me donnait la paix et la vie. Je naissais. Tout s’ordonnait, la vie avait un sens, j’avais eu raison de me battre, de m’obstiner à refuser la mort, de croire qu’un jour, pour moi, viendrait le temps de la paix. Il était venu tard, alors que je ne l’espérais plus, quand mama ne pouvait plus rire de mon bonheur. Mais Dina était là, je la voyais, je l’entendais, je la touchais, je l’aimais. Elle était ma paix, douce et joyeuse, et je riais près d’elle, mon corps apaisé, détendu.

Elle me guidait, elle me faisait explorer un nouveau monde. Je découvrais les livres et ces voix écrites qui chantaient pour l’homme. Je découvrais la musique. Je découvrais ses amis, Grosz, Jacobi, d’autres, tous ces intellectuels berlinois qui avaient fui l’Allemagne nazie en même temps que Brecht et qui vivaient en marge à Huntington. Je les regardais, j’apprenais un nouveau visage de l’homme : pour eux le monde n’était ni violence ni argent ; ils créaient les idées, ils se nourrissaient d’elles.

Dina s’asseyait près de Jacob. Elle faisait partie du clan : elle parlait sans fin de Bach, elle commentait la peinture de Jacobi. Je les écoutais : elle lançait des mots, des idées, des rires. « Dina Champagne », disait Jacobi en me clignant de l’œil. Elle était la vie.

Nous avons décidé de nous marier, sans cérémonie. Notre fête, elle était chaque jour entre nous. J’ai téléphoné à mon oncle, Dina à Margaret. Nous les avons attendus en marchant lentement dans City Park. Les pelouses étaient recouvertes de neige, les arbres brillaient, nous nous tenions par la taille.

— Tu te souviens, le premier soir, j’avais parlé des enfants. Avec toi, de tout petits Martin, obstinés comme toi.

Et nous aurions aussi des filles qui ressembleraient à Dina. Une demi-heure plus tard, nous étions mariés, puis nous sommes rentrés au magasin, Troisième Avenue.

Jusqu’à Dina, j’avais été un solitaire : n’ayant confiance qu’en moi, j’avais vécu dans un temps où se tromper sur un visage signifie mourir. Je n’aimais pas devoir, agir avec d’autres : même dans les forêts de Pologne j’avais souvent combattu seul, et plus tard, avec l’Armée rouge, j’avais conduit ma guerre personnelle. Avec Dina, je partageais tout, elle était moi. Nous avons fait nos dernières affaires ensemble : elle dessinait des modèles de lustres que s’arrachaient les amateurs de tous les États-Unis ; elle reconnaissait la pièce rare, elle faisait naître la beauté. Avec elle, j’aurais pu développer mes affaires, sans fin.

— Mais pourquoi, Martin ? Si nous avons assez ? Pourquoi ?

Bien sûr : pourquoi, maintenant, alors que je connaissais Dina ? La fortune n’avait été pour moi qu’un moyen. Peu à peu, je me suis dégagé de mes contrats, de mes associations, organisant notre retraite. Personne autour de moi ne comprenait. Wolker, mon concurrent, croyait à de subtiles manœuvres.

— Ce n’est pas possible, répétait-il à Margaret, on ne se retire pas à trente-cinq ans, avec les atouts qu’il a dans ses mains. Il doit y avoir quelque chose.

Il y avait le bonheur.

Nous sommes partis pour la France, un dernier voyage d’affaires. Paris, avec Dina, était une autre ville, claire sous le soleil. Nous nous sommes installés dans un hôtel du boulevard Saint-Michel, là était la jeunesse et nous étions jeunes. Dina refusait le luxe, les hommes et les femmes cuirassés d’or, de manières et d’orgueil. Nous nous tenions par la main, elle m’entraînait vers des vitrines, elle poussait des cris de joie, et je la soulevais de terre. À Paris aussi j’ai mis de l’ordre dans mes affaires, conclu des contrats, pour après, qui nous assureraient des revenus suffisants.

Puis nous avons roulé vers le sud, Dina rêvait de soleil et de mer. J’aimais cette campagne française, mesurée et régulière, ces forêts cernées par l’effort des hommes, cette géométrie des champs, le damier des couleurs. Nous aimions ces villes trapues derrière leurs remparts, la démarche lente des vieilles dans les rues pavées, les paysans aux visages rouges, les fontaines couvertes de mousse, les sculptures au-dessus des porches, la pierre usée par l’homme. Nous nous sommes assis sous les platanes, tentant de comprendre le pourquoi des rires et des éclats de voix mais les six leçons de français que nous avions suivies à l’Alliance française, boulevard Raspail, étaient insuffisantes. Pourtant, nous aimions ces voix, nous aimions ce pays.

Après Aix-en-Provence a commencé la joie du soleil ; la barrière presque bleu sombre des montagnes fermant les plans couverts de lavande, puis les rochers rouges de l’Esterel.

— C’est ici, Martin, ici, répétait Dina.

Nous nous sommes installés dans un petit hôtel à Nice, partant chaque matin, parcourant la Côte et les collines caillouteuses. Dina riait, chantait, ses cheveux dénoués flottaient autour de son visage et elle s’allongeait dans la voiture.

— Je bois le soleil, disait-elle, je vis, je vis.

Je vivais aussi. Nous roulions lentement, nous vagabondions dans le paysage et dans nos rêves. Parfois, dans un éclair, il me semblait que tout cela était incroyable, qu’un cercle de fer allait me saisir à nouveau, me jeter dans une fosse et que j’allais ouvrir les yeux au moment où tomberait sur moi le sable jaune. Mais non, j’entendais la voix de Dina, elle passait son bras autour de mon cou.

— Nous allons trouver, disait-elle. Ce sera une maison, comme une forteresse, presque un château, noble, fière, mais simple, isolée. Il y aura de l’espace, des arbres, un air vif, et le soleil.

Je riais. Elle donnait la vie avec son assurance tranquille dans le bonheur possible et réalisé. Nous avons visité des dizaines et des dizaines de villas, de mas. Dina n’hésitait jamais.

— Ça n’est pas ça, disait-elle. Je sais ce que nous voulons.

Un matin, nous avons quitté la Nationale 7 après Cannes, à Mandelieu ; au-dessus de la plaine s’élevait un massif aux formes lourdes, comme une tache jaune dans le paysage, le Tanneron. Nous sommes montés lentement au milieu des mimosas, dans leur odeur légère, nous élevant vite, découvrant peu à peu la plaque brillante de la mer, la côte, les îles comme des roches sombres.

— C’est beau, répétait Dina, c’est noble.

Nous nous sommes arrêtés, marchant au bord de la route étroite. La mer était là, à quelques minutes, et ici la montagne, les pins, la forêt et par places des étendues vertes et jaunes, les champs, les mimosas. Et brusquement au milieu d’une zone plane nous avons vu la maison, solidement plantée sur la terre, basse et forte, trapue comme une forteresse, large, puissante. Dina m’a serré le bras.

— Voilà, a-t-elle dit, voilà.

Ce ne pouvait être que là, près des arbres, à l’écart, dans une vieille demeure où la vie avait depuis longtemps laissé sa trace, là entre la mer, la terre et l’espace du ciel. La maison paraissait inhabitée.

— Il faut vite savoir, a dit Dina.

Nous sommes redescendus à Cannes. Je connaissais un antiquaire : il nous a renseigné. Ce domaine des Barons avait failli être vendu déjà, mais il appartenait à six propriétaires, il y avait eu des difficultés.

— Est-il toujours ?… a demandé Dina.

Pour la première fois je la sentais anxieuse. Mais le domaine des Barons était encore en vente. Alors j’ai recommencé à courir, tout perdre ou tout gagner, il nous fallait ce domaine et nous l’aurions. Je suis allé d’un propriétaire à l’autre, arrachant leur promesse de vente, passant au suivant, buvant le verre de l’accord : Dina me suivait, m’embrassait.

— Nous y arriverons, Martin, j’en suis sûre. C’est notre maison, je le sais.

Nous ne parlions même pas français et pourtant, en cette seule journée, en traitant avec six propriétaires, nous avons acheté les Barons. Notre maison, notre destin. Le soir, nous sommes retournés la voir, marchant pour la première fois sur cette terre où nous allions vivre, entrant dans ces pièces aux murs énormes qui allaient nous accueillir.

— Notre forteresse, Martin, nous sommes arrivés.

Dina parcourait les petites chambres, elle parlait, parlait, les murs tombaient et là s’étendrait une grande salle avec une cheminée, là des escaliers, là une autre pièce.

— Une salle de musique, Martin.

Je la prenais contre moi, je voyais dans son rêve mon rêve.

— Je me mettrai à la peinture, c’est moi qui décorerai, tu t’occuperas des arbres, des plantes.

Je l’ai soulevée, la gardant dans mes bras, regardant le ciel à travers le toit crevé.

— Nous allons vivre, Martin, vivre enfin.

— Il manque les enfants, ai-je dit.

— Ne t’inquiète pas, les Barons seront pleins de petits Martin.

Pourtant je m’inquiétais. Je voulais ces enfants : ils seraient la revanche de tous les miens, le sourire de mère et de mama, la force de père, je voulais ces enfants à l’image de Dina, pour la retrouver, les retrouver, pour nouer la chaîne entre les miens, elle, moi, l’avenir.

Nous sommes restés encore quelques jours sur la Côte : chaque matin nous montions aux Barons, nous imaginions, nous découvrions le ciel qui change, l’air chargé des odeurs de la mer ou des pins, le souffle brutal du mistral, chaud et sec, le coup de vent glacial venant de l’arrière-pays. Déjà nous aimions ces murs, cette terre. Dina était infatigable, rencontrant les paysans, cherchant un maçon, dressant des plans. Mais il a fallu regagner New York : on ne change pas de vie si facilement, je devais préparer toutes ces années que nous passerions aux Barons. À New York, avec Dina, nous avons vu le docteur Kugel.

— Des enfants, disait-il, ce n’est pas impossible, mais il y a un traitement, une opération peut-être.

Dina était optimiste, moi je ne voulais pas qu’on touche à elle. Un soir, Margaret est venue nous voir avec des clients. Quand ils sont entrés dans le magasin de la Troisième Avenue, Dina et moi nous avons regardé la petite fille qui les accompagnait. Grande, brune, il semblait impossible qu’elle ait pour parents ce couple lourd de bourgeois âgés. Une enfant adoptée, sans doute. Mais Dina s’obstinait : elle voulait tout connaître de ce couple. Elle a téléphoné à Margaret, su qu’ils avaient attendu cette fille treize ans durant et puis, un jour, ils avaient découverts le docteur Gross. Il soignait par le jeûne, le recours à une nourriture exclusivement végétarienne.

— Voilà, a dit Dina.

J’étais un habitué de Manny’s Wolfe Steak House, je dévorais des hamburgers chez P.J. Clark Saloon, le restaurant célèbre de la Troisième Avenue, je m’étais nourri de vodka, j’avais bu de l’alcool de parfumeur. J’étais un mangeur de viande rouge. Tout a changé en quelques jours. Dina m’a entraîné à des conférences, elle lisait à haute voix le matin les livres des naturistes, des végétariens.

— La nature, Martin, ayons une vie naturelle.

Nous avons cessé de fumer. Nous étions joyeux, ivres de notre solidarité, de notre union, nous construisions notre vie à nous, nous la découvrions ensemble, nous abandonnions ces petits plaisirs qui avaient été nos maigres bonheurs solitaires pour communier ensemble, dans notre certitude. Nous avons renoncé à la viande, au sel, nous nourrissant de noix, de pamplemousses, de bananes.

— Je vais bien, Martin, je me sens légère.

Nous renaissions l’un et l’autre, l’un par l’autre. Dans la clinique du docteur Gross, Dina a fait un jeûne de quinze jours. J’étais près d’elle, lui tenant le verre rempli de jus de pamplemousse, je la regardais dormir, je la voyais rajeunir. Puis, un mois plus tard, elle a été enceinte.

— Tu vois, disait-elle.

Elle était contre moi, douce, la peau si lisse.

— Il faut faire confiance. Je crois à la nature.

Je l’embrassais, je caressais son ventre : là était la vie, sa vie, ma vie. Moi aussi, je voulais, je devais me purifier, devenir différent. J’ai commencé dans la clinique de Gross un long jeûne. Étendu, les yeux demi-clos, je me sentais si bien, léger, autre. Le docteur Gross me demandait de dormir, mais comment pouvoir alors que jamais mon esprit n’avait été aussi vif, aussi tournoyant. Je comprenais le sens des choses, je voyais notre vie, là-bas aux Barons, dans le soleil, ces enfants autour de nous qui allaient devenir des hommes vrais. Trente-huit jours de jeûne. Mes associés téléphonaient à Gross, à Dina : « Arrêtez-le, disaient-ils, il va mourir. »

Non, je renaissais. J’abandonnais la poussière du ghetto, je me débarrassais du sable jaune et de la sueur de Treblinka, je rejetais la boue des forêts de Pologne et le sang sec collé à mes mains, je quittais la gangue et la mort. J’ai maigri de 17 Kilos. Jamais je ne m’étais senti aussi jeune : mes os, mes muscles qu’ils avaient frappés, tordus tant de fois, avaient retrouvé une nouvelle souplesse.

— Tu es tout maigre, m’a dit Dina, propre, tout neuf.

Nous étions neufs l’un pour l’autre, l’un par l’autre.

Nicole est née le 27 novembre 1960. Nous avions choisi ce prénom en pensant aux Barons, à la France où elle allait vivre. Nous voulions la voir naître chez nous, par nous, mais à New York c’était impossible. Plus tard, quand viendraient nos autres enfants, dans notre maison, nous agirions seuls, parce que la naissance est l’acte le plus simple et le plus miraculeux de la vie.

Je n’ai pas vu naître Nicole, j’attendais avec d’autres dans la grande salle du Doctor’s Hospital à Manhattan. Hedy et Félix Gluckselig, les grands antiquaires viennois que Dina m’avait fait connaître plaisantaient.

— Tu es comme tous les maris, disait Hedy.

Elle me prenait les mains, elle tentait de me calmer, mais elle savait bien que cette naissance était pour moi plus que pour n’importe qui. Par elle les miens allaient revivre.

J’espérais la vie au nom de tous les miens.

Enfin une infirmière est venue me chercher, avec un grand sourire :

— Une fille, a-t-elle dit.

Merci Dina, pour eux, pour moi.

J’ai suivi l’infirmière, répétant ce prénom, cette vie nouvelle, Nicole, et cet autre prénom, Ida, que nous avions aussi choisi de lui donner pour qu’avec notre premier enfant mère renaisse. J’ai vu Nicole, cette vie livrée aux hommes, ce corps qui ne grandirait que par les autres : Dina, moi. Je ne pouvais plus quitter la chambre, cesser de les voir, Dina, Nicole. Elles étaient ma chair et en Nicole étaient toutes les vies, mère, Zofia, Rivka, mama, vous toutes, enfin sauvées. Merci Dina, pour eux, pour moi.

J’ai vécu ces jours dans l’agitation et la joie : il y avait tout à faire pour que cette nouvelle vie soit protégée. Il aurait fallu changer le monde et si je l’avais pu je m’y serais employé. Mais je n’avais les moyens que de lui préparer ma forteresse, là-bas, aux Barons.

Au bout d’une semaine le médecin-chef du Doctor’s Hospital m’a convoqué. Il secouait la tête.

— Votre femme va sortir, il faut la forcer à manger de la viande, sinon votre enfant va mourir.

J’ai rassuré le médecin : Dina savait, Dina avait raison et Nicole venait de trop loin, elle ne risquait rien. Dina a continué de se nourrir de pamplemousses et de noix, et notre enfant était si belle, ronde, vivante, comme une part de Dina accrochée à son sein.

Je n’avais pas survécu pour rien.

Voici votre témoin, vous tous les miens, voici votre prodige, vous qui avez succombé, voici la vie.

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