Aucassin et Nicolette

Anonyme Moyen-Age · Chapitre 15 sur 45

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Aucassin et Nicolette

Chapitre XI

 

CHANTÉ

Comme le comte Garin voit maintenant

que son enfant Aucassin

ne pourra se détacher

de Nicolette au visage lumineux,

il l’a emprisonné

dans un cachot souterrain

fait de marbre gris.

Dès qu’Aucassin y arriva,

il éprouva la plus grande douleur de sa vie ;

il commença à se lamenter

ainsi que vous pourrez l’entendre :

« Nicolette, fleur de lis,

ma douce amie au lumineux visage,

tu es plus douce qu’un grain de raisin

ou qu’une tranche de pain trempée en une écuelle de bois.

L’autre jour, je vis un pèlerin,

natif du Limousin,

qui était atteint de folie,

et gisait au fond d’un lit,

fort mal en point

et gravement malade.

Tu passas devant son lit,

tu soulevas ta traîne,

ta tunique fourrée d’hermine,

ta chemise de lin blanc,

si bien qu’il vit ta jolie jambe :

guéri, le pèlerin

recouvra une santé plus parfaite que jamais.

Il se leva de son lit,

retourna dans son pays,

en bonne santé et complètement guéri.

Ma douce amie, fleur de lis,

si belle lorsque vous allez et venez !

si belle lorsque vous jouez et badinez !

si belle dans la conversation et le plaisir !

si douce dans vos baisers et vos étreintes !

Personne ne pourrait vous haïr.

C’est pour vous que je suis emprisonné

dans ce cachot souterrain

où je mène grand tapage ;

il m’y faudra maintenant mourir

pour vous, mon amie. »