Aucassin et Nicolette

Anonyme Moyen-Age · Chapitre 42 sur 45

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Aucassin et Nicolette

Chapitre XXXVIII

 

PARLÉ : RÉCIT ET DIALOGUE

Quand le roi de Carthagène entendit Nicolette parler ainsi, il lui jeta les bras autour du cou :

« Ma très chère amie, fit-il, dites-moi qui vous êtes ; n’ayez pas peur de moi.

— Seigneur, répondit-elle, je suis la fille du roi de Carthagène et fus enlevée dans ma petite enfance, il y a plus de quinze ans.

Ces mots les persuadèrent qu’elle disait la vérité ; aussi la fêtèrent-ils avec éclat et la conduisirent-ils au palais au milieu des plus grands honneurs, comme il convient à une fille de roi. Pour époux ils voulurent lui donner un roi païen, mais elle ne désirait pas se marier.

Elle resta bien trois ou quatre jours. Elle réfléchissait au moyen qui lui permettrait de partir à la recherche d’Aucassin. Elle se procura une vielle dont elle apprit à jouer. Mais arriva le jour où l’on voulut la marier à un puissant roi païen : elle s’enfuit de nuit et, descendue au port, logea chez une pauvre femme au bord de la mer. D’une herbe qu’elle cueillit, elle s’enduisit la tête et le visage si bien qu’elle devint toute noire et perdit son éclat. Elle se fit faire une tunique, un manteau, une chemise, une culotte, et se déguisa en jongleur. Elle prit sa vielle, s’adressa à un marin dont elle obtint qu’il l’embarquât. Ils hissèrent les voiles et naviguèrent tant en haute mer qu’ils abordèrent au pays de Provence. Et Nicolette de débarquer avec sa vielle. À force de vieller à travers tout le pays, elle parvint au château de Beaucaire, la résidence d’Aucassin.