Aucassin et Nicolette

Anonyme Moyen-Age · Chapitre 45 sur 45

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Aucassin et Nicolette

Chapitre XLI

 

 

CHANTÉ

Dès qu’Aucassin entend dire

de son amie au lumineux visage

qu’elle est arrivée dans le pays,

il est rempli d’une joie qu’il n’a jamais connue.

Il a suivi la dame

sans s’arrêter jusqu’à son hôtel.

Les voici dans la chambre

où Nicolette était assise.

La vue de son ami

la remplit d’une joie qu’elle n’a jamais connue.

Elle se lève pour aller à sa rencontre.

Dès qu’Aucassin la voit,

il lui tend les bras,

la serre doucement contre lui,

lui embrasse les yeux et le visage.

À la nuit, ils la quittèrent

jusqu’au lendemain matin

où Aucassin l’épousa

et fit d’elle la dame de Beaucaire.

Puis ils menèrent longtemps

une vie heureuse.

Maintenant qu’Aucassin et Nicolette

ont trouvé le bonheur,

notre chantefable se termine,

et je n’ai plus rien à dire.

[1]

Pour connaître le contenu de ces différents récits, voir, dans la même collection, le Roman de

Renart.

[2]

Dans Guillaume de Dole, que F. Lecoy date de 1228, Jean Renart se vante d’avoir eu l’idée

d’introduire dans son texte des chansons en guise d’ornement.

[3]

K. Rogger le nie ; A. Pauphilet estime que le texte était récité et mimé par un seul jongleur,

tandis qu’O. Jodogne soutient qu’ils étaient au moins deux acteurs.

[4]

Villon, dans son Testament, se traite de vieil usé roquard, ce nom désignant une rosse, ou un

soldat en retraite, ou même un oiseau de chasse bâtard ou de moins bonne race.

[5]

Nous empruntons ce renseignement à Brunner, Ueber Aucassin und Nicolete, p. 12.

[6]

Nous reproduisons ici une hypothèse que notre collègue et ami Charles Camproux nous a

communiquée en décembre 1971.

[7]

Chevalier au lion :

leiz et hideus a desmesure

einsi tres leide criature…

une grant maçue en sa main…

apoiez fu sor sa maçue…

Aucassin et Nicolette :

… et merveillex et lais et hidex…

… si estoit apoiiés sor une grande maçue.

[8]

Autres exemples : II et VIII (exhortations du père et refus d’Aucassin de se battre), IV et VI

(origine sarrasine de Nicolette), VIII et X (accord du père et du fils), II, VIII et X (devoirs du chevalier), II, V et X (portraits), IV, VI et X (menaces de Garin), VI et XX (rumeurs lors de la disparition de Nicolette). Ces parallélismes sont beaucoup moins nombreux dans la seconde partie (après XXIV). L’auteur veut-il simplement précipiter l’action, pour que soit plus éclatante la parodie du roman d’aventures ? Il les a multipliés dans la première partie, qui est, à notre avis, plus spécialement une parodie de l’épopée.

[9]

Ainsi, VII, 4-5 : nus ne le puet conforter, ne nul bon consel doner ; XX : Je vos donrai bon

consel… ; XXIV : Certes, tu es de bon confort…

[10]

E. Vinaver, À la recherche d’une poétique médiévale, p. 194.

[11]

Dans la Prise d’Orange. Autre exemple : quanque il deüst (II), quanque faire doie (IV),

quanques il dut faire (X).

[12]

Voir, sur ce sujet, J. Rychner, la Chanson de geste. Essai sur l’art poétique des jongleurs.

[13]

K. Rogger y voit une invraisemblance ; c’est surtout la reprise d’un tour très fréquent de la

Chanson de Roland, où il est question d’éperons d’or mier, et d’épées enheldees d’or mer « à la garde d’or pur » (3887).

[14]

L’auteur de la Chanson de Roland emploie 10 fois lance et 45 fois espiet. Il utilise ce dernier

mot chaque fois que les armes sont mentionnées en détail.

[15]

Autres exemples : XVIII et XXIX, XXX, XXXI et XXXII, XL et XLI.

[16]

Dont le nom est signifiant comme celui de nombreux Sarrasins : Bougar, c’est le Bougre (à

l’origine le Bulgare), l’hérétique, voire le sodomite. Garin de Beaucaire porte le même nom que l’ancêtre de Guillaume d’Orange, Garin de Monglane.

[17]

Le siège de Troie n’a duré que dix ans.

[18]

Cette connaissance intime des romans de Chrétien nous inviterait à penser qu’Aucassin et

Nicolette est de la fin du XIIe siècle plutôt que du début du XIIIe.

[19]

Ed. Mario Roques, Paris, Champion, vers 6133 sqq.

[20]

De rien nule ne li sovient – fors d’une seule, et por celi – a mis les autres en obli ; – a cele

seule panse tant…

[21]

Vers 714-724, Traduction de Jean Frappier, le Chevalier de la charrette, Paris, Champion.

[22]

Vers 765-766.

[23]

Traduction de J. Frappier : « On ne verra jamais rien accorder tant d’honneur. L’adoration

commence : ses yeux, sa bouche, son front, tout son visage, il les porte et cent et mille fois… Il les enferme dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair. »

[24]

Voir la traduction de J. Frappier, p. 156.

[25]

Inutile de recourir à des modèles arabes, provençaux et celtiques (Voir Meyer-Lübke dans la

Zeitschrift für romanische Philologie, XXXIV, 1910, p. 518).

[26]

Voir les critiques de Myrrha Lot-Borodine (pp. 78-79) et de K. Rogger.

[27]

Ueber Aucassin und Nicolete, 1880.

[28]

La hutte, la menace du bûcher, la nature entreprenante de l’amante, le choix entre le saut et

le bûcher…

[29]

Nicolette est enlevée par des Sarrasins et vendue au vicomte de Beaucaire.

[30]

Comportement identique d’Aucassin envers Bougar.

[31]

Aucassin est libéré par son père ; c’est Nicolette qui s’échappe.

[32]

Qui devient un gigantesque bouvier dans Aucassin et Nicolette.

[33]

Simple menace dans la chantefable.

[34]

C’est seulement une crainte dans Aucassin et Nicolette où, à aucun moment, Aucassin n’est

le libérateur de Nicolette.

[35]

C’est exactement la fin de la chantefable.

[36]

Autre lieu commun que celui de la blonde Sarrasine se convertissant.

[37]

Dont on trouvera une étude dans notre Adam de la Halle à la recherche de lui-même, Paris,

SEDES, 1972.

[38]

On remarquera la double image et le double diminutif.

[39]

À noter le pluriel mamelettes, plus concret que le mot pis, et l’image originale.

[40]

Ph. Ménard, op. cit., pp. 640-641.

[41]

Voir notre Adam de la Halle à la recherche de lui-même, Paris, SEDES, 1972.

[42]

Voir notre note à propos du morceau XVIII.

[43]

Notons le rôle important des femmes dans la chantefable : Aucassin est réprimandé par sa

mère, la femme du roi de Tore-lore commande l’armée, la vicomtesse de Beaucaire aide Nicolette à réaliser ses desseins.

[44]

Le Livre de Marco Polo, traduit par A. t’Serstevens, Paris, 1963, p. 142 : « Quand les femmes

ont enfanté, elles lavent l’enfant, le mettent dans les langes, puis se lèvent et s’occupent du ménage, pendant que le mari se met au lit avec l’enfant près de lui, et reste couché pendant quarante jours ; et tous ses parents et amis le viennent voir et lui font grande joie et grand soûlas. Ils font cela parce qu’ils disent que, si la femme a enduré grand travail, il est raisonnable que l’homme en souffre aussi sa part. »

[45]

Au contraire de son homologue de Floire et Blancheflor, Aucassin ne verse pas une larme

quand il apprend la mort de ses parents.

[46]

Éclatante dès que l’on compare la chantefable à Floire et Blancheflor.

[47]

Déjà, en 1780, avait été publié un Marcassin et Tourlourette, parodie en trois actes.

[48]

Il m’est agréable de remercier mon collègue et ami, A. Micha, dont les remarques m’ont

permis d’améliorer ces pages.

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