Aucassin et Nicolette

Anonyme Moyen-Age · Chapitre 30 sur 45

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Aucassin et Nicolette

Chapitre XXVI

 

PARLÉ : RÉCIT ET DIALOGUE

Quand Nicolette entendit Aucassin, elle vint à lui, car elle n’était pas loin. Elle entra dans la hutte, elle lui jeta les bras autour du cou, l’embrassa, le serra contre elle.

« Mon très cher ami, soyez le bienvenu !

— Et vous, ma très chère amie, soyez la bienvenue ! »

Ils s’embrassent et s’étreignent : quelle joie délicieuse !

« Ah ! ma chère amie, à l’instant j’étais grièvement blessé à l’épaule, et maintenant je ne sens ni mal ni douleur, du moment que je vous ai avec moi. »

Lui tâtant l’épaule de tous côtés, elle trouva qu’il l’avait démise. Elle la massa tant de ses blanches mains, la tira si bien en tous sens que, selon la volonté de Dieu qui aime les amants, elle la remit à sa place. Elle cueillit ensuite des fleurs, de l’herbe fraîche, des feuilles vertes qu’elle appliqua dessus avec un pan de sa chemise. Ainsi fut-il complètement guéri.

« Aucassin, fit-elle, mon très cher ami, réfléchissez à ce que vous ferez : si votre père demain fait fouiller cette forêt et qu’on me trouve, on me tuera, quel que soit votre sort.

— En vérité, ma très chère amie, j’en serais très affligé ; mais, si je le peux, ils ne vous prendront jamais. »

Il monte sur son cheval et place devant lui son amie qu’il embrasse et serre contre son cœur. Ils gagnent ainsi la plaine.