Desserts et autres gourmandises sucrées

Marie-Josée Bettez · Chapitre 4 sur 107

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Desserts et autres gourmandises sucrées

Dédicace

Des parents déterminés peuvent changer le monde…

à tout le moins pour leur enfant.

À ma mère, Denise, et à mon père, Pierre,

pour leur détermination et leur appui indéfectible.

Préface

 

La prévalence des allergies est à la hausse. On explique cette situation par un meilleur diagnostic, mais possiblement aussi par la présence d’un plus grand nombre d’allergènes dans notre alimentation en bas âge. Pourtant, même si l’on en parle davantage, l’allergie alimentaire est un sujet encore mal compris et rempli de mythes du genre : « Les enfants allergiques sont capricieux »…

Pour ma part, je n’ai aucune allergie, sauf à quelques rares individus et encore… Comme pour toutes substances allergènes, j’essaie d’éviter. Deux choses cependant me relient intrinsèquement à la problèmatique des allergies alimentaires. Je suis nutritionniste : les termes atopie, allergène, intolérance et anaphylaxie font donc partie de mon vocabulaire depuis l’université, alors qu’étudiante j’en apprenais les définitions. En ce qui concerne les consé-quences, je connaissais déjà.

L’incident remonte à 1970. J’avais huit ans et mon frère cadet, cinq de moins. Un jour, une voisine bien intentionnée lui offre un biscuit contenant du beurre d’arachide. Ou était-ce des noix ? Peu importe. Dans les secondes qui suivent, sa gorge se gonfle, il a du mal à respirer. J’assiste à la scène malgré moi. Ma mère soulève mon frère et l’assoit sur le comptoir de cuisine pour mieux l’examiner. Il faut dire que ma mère est une grande femme et que le comptoir a été conçu pour sa taille (c’est elle qui cuisine, après tout). Ce jour-là, plantée debout au milieu de la pièce, il me paraît encore plus haut qu’à l’habitude. La respiration de mon frère se fait de plus en plus difficile. En quelques secondes, son visage prend une teinte bleutée et l’air n’arrive plus à pénétrer dans ses poumons.

Je suis clouée sur place, assez grande pour comprendre qu’il se passe quelque chose de grave, mais trop petite pour réagir. Je ne suis même pas sûre si maman sait que je suis derrière elle. Vous ai-je dit qu’en plus d’être grande, elle est aussi infirmière ? Cela aide en pareilles circonstances. Je me rends compte que, tout en gardant son calme, elle cherche désespérément une solution. Elle sait qu’il lui faut agir, et vite. L’idée de pratiquer une trachéo-tomie lui traverse l’esprit, mais représente trop de danger. C’est à ce moment que mon frère réussit tant bien que mal à aspirer un mince filet d’air, puis un autre et un autre. Nous haletons avec lui. Son visage retrouve bientôt sa coloration normale. Il est sauvé, maman aussi. Une chance inouïe.

Toutes les histoires ne finissent pas si bien. Pour ma part, jamais je n’oublierai cette scène dans la cuisine familiale. Ce jour-là, je compris que certaines allergies alimentaires pouvaient être fatales. À cette époque où le sandwich beurre d’arachide et confiture faisait fureur dans les boîtes à lunch et dépan-nait merveilleusement bien les parents, ce n’était déjà pas évident de vivre avec une allergie alimentaire. On en entendait très peu parler. L’auto-injecteur d’adrénaline n’existait même pas. À l’épicerie, les étiquettes contenaient très peu d’information sur les ingrédients. Et à la pâtisserie, lorsque nous deman-dions si un gâteau avait été confectionné avec des arachides ou des noix, notre question passait dans le beurre, pour ainsi dire. La préposée au comp-toir (encore une histoire de comptoir !) y répondait nonchalamment, ignorant sans doute que la présence de pâte d’amandes, de pralin, de crème frangi-pane ou de nougatine pouvait mettre la vie de mon frère en danger. Moi, la seule évocation de ces mots me fait saliver… tout comme le nouveau livre sur les desserts de Marie-Josée Bettez, que vous tenez entre les mains !

Dans un style vivant et enjoué, l’auteure nous sert un assortiment comprenant pas moins de 83 desserts et gourmandises sucrées sans la moindre culpa-bilité – fait rarissime de nos jours. Elle fait même fi des œufs et du lait pour réussir ses crêpes, ses gâteaux, ses mousses et ses beignets. Quel culot ! À ces nombreuses recettes alléchantes s’ajoute l’expérience inestimable d’une femme et d’une mère dévouée et passionnée.

À la parution de son premier ouvrage, en 2002, Marie-Josée m’avait avoué qu’elle et son conjoint avaient écrit le livre qu’ils auraient souhaité trouver lorsqu’ils ont découvert les multiples allergies alimentaires de leur fils unique. Déjouer les allergies alimentaires demeure, depuis sa publication, mon livre de réfé-rence sur le sujet : une mine d’or de conseils et de renseignements pratiques, en plus d’une délivrance gourmande pour les personnes allergiques.

Quelle belle surprise de la voir répéter l’expérience, cette fois dans l’univers du sucré… Exit les tabous ! Son livre fera le bonheur de tous ceux et celles qui doivent composer au quotidien avec le problème des allergies alimen-taires et qui doivent pratiquement tout cuisiner à la maison. Parce qu’elle apprécie les mets savoureux et qu’elle y croit, Marie-Josée Bettez nous rap-pelle ici que manger doit toujours demeurer un plaisir et un moment de partage privilégié avec les personnes que l’on aime. Avec ou sans allergies.

Hélène Laurendeau

Nutritionniste et animatrice