Féral : cette force qui existe en nous
Chapitre 7
TESTS : Examens, ou épreuves standardisées et étalonnées,
permettant d’évaluer des aptitudes physiques ou
psychologiques chez un individu donné.
C E DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2003, à 17 heures, nous sommes trente candidats rassemblés au pied du célèbre bâtiment du GIGN en forme de flèche, prêts à affronter la semaine de tests. Un peu plus tard, installés
dans l’amphi, il nous faut rédiger une lettre de motivation répondant à la
question « Pourquoi voulez-vous entrer au GIGN ? », puis on nous distribue
un premier questionnaire sur l’unité. Cela permet de juger le degré de
connaissance de chacun sur l’histoire du GIGN. Comment, en effet,
postuler si l’on ne connaît pas les opérations qui ont fait la gloire du
Groupe, le nom de ses commandants d’unité ou de ses morts ? Tout cela, je
l’ai appris en lisant les nombreux livres et revues concernant le Groupe.
Incollable ! À mon grand étonnement, ce n’est pas le cas de tout le monde.
Vient ensuite un autre questionnaire qui porte sur la géopolitique. À ne pas sous-estimer ! Ici, on attache une grande importance à la bonne
compréhension des principales crises qui agitent le monde.
Fréquemment appelés à se rendre dans des pays hostiles afin d’en
évacuer nos ressortissants ou d’y protéger le personnel diplomatique, les
opérationnels doivent pouvoir se fondre dans la population sans accroître la
tension ambiante. Une bonne connaissance des ethnies, de l’économie et de
l’environnement politique de la région considérée est indispensable à la
réussite de la mission. Je découvrirai plus tard que les ops de la Force
Sécurité Protection sont des experts dans ce domaine. Là aussi, j’ai
sérieusement bossé le sujet en m’attardant sur les pays du Moyen-Orient et
de l’Europe centrale1, et je rends une copie que j’estime quasi parfaite
même si elle n’arrache pas la moindre émotion à l’examinateur.
Laisser le candidat dans l’incertitude est d’ailleurs une constante durant
les épreuves de sélection. Inutile de guetter la moindre réaction chez des
opérationnels aguerris dont le souci est d’évaluer ceux qui affronteront le
danger à leurs côtés. Il s’agit pour eux d’un véritable challenge, celui de ne
recruter que des candidats auxquels ils auront la certitude de pouvoir
accorder leur pleine confiance en opération. Investir sur un gendarme qui se
révélerait défaillant à l’épreuve du feu serait un échec. Pour les prétendants,
un seul mot d’ordre : il n’y a pas d’épreuve mineure. Il ne faut donc jamais
se relâcher !
Moi qui croyais que nous allions subir une semaine d’enfer avec des
nuits blanches, pas du tout ! C’est à 8 heures que nous nous retrouvons le
lundi matin au gymnase. Même si celui-ci regorge d’appareils de musculation en tous genres, les tests physiques ne portent que sur le « poids
de corps ». Au programme, donc, pompes, tractions, abdominaux et grimper
de corde. Là non plus, pas de sophistication, du rustique !
« Tu me fais un max de tractions. Ensuite, tu auras deux minutes pour
faire un max d’abdos et ensuite tu me fais un maximum de pompes sans
limite de temps. Quand c’est fini, on passe au grimper de corde ! »
Bien avoir en tête cette dernière épreuve !
Beaucoup veulent épater la galerie en explosant le nombre d’abdos ou de
pompes qu’ont enchaînés les candidats juste avant eux : ceux-là se
retrouvent ensuite tout « secs » en bas de la corde.
Pour ma part, j’enchaîne 30 tractions et 100 abdominaux, puis les
pompes. Ces dernières se réalisent en décliné, les pieds posés sur un banc et
les mains au sol : l’instructeur m’arrête à 80.
Le grimper de corde est une épreuve technique qui demande un bon
apprentissage. L’erreur à ne pas commettre est de faire des brassées trop
grandes qui exigent un travail des bras intensif, source de fatigue des
tendons. Ne pas oublier que ceux-ci vont être soumis à rude épreuve au
cours de la semaine. Enfin, le mouvement des jambes est capital, c’est lui
qui donne le rythme et l’impulsion. Il s’effectue dans l’axe de la corde en
montant alternativement les genoux le plus haut possible pour détendre
aussitôt la jambe vers le bas d’un coup sec. Sept mètres ! Ce sont donc deux
mètres de plus que la longueur des cordes de la plupart des gymnases. Le
dosage de l’effort est important et quelques candidats n’arrivent pas en haut,
faute d’avoir trop forcé sur les bras dans les exercices précédents.
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Je suis maintenant au départ d’un incontournable des tests militaires : la
marche commando. Pour le coup, il s’agit de boucler non pas 8 kilomètres,
comme cela se fait habituellement, mais 10 kilomètres en moins d’une
heure, en tenue de combat, le sac lesté à 13 kg. Pour ceux d’entre vous qui
s’attendent à trottiner sur un parcours plat comme la main, ôtez-vous tout de
suite cette idée du crâne.
Ça descend et ça monte (surtout), ce qui oblige le candidat, qui ignore
tout du tracé, à adapter sa foulée et sa respiration en permanence. Et là, il y
a des bons ! Dès le départ, cinq ou six de mes camarades au profil de
marathoniens me laissent sur place. Essayer de suivre leur rythme me
mènerait à coup sûr à l’asphyxie. Et ce n’est pas fini ! Car j’en vois encore
quelques-uns me griller dans les deux derniers kilomètres. Là, c’en est
trop ! Juré, je vais faire appel à un spécialiste pour progresser en course à
pied. Seul, je n’y arrive pas. S’entraîner à courir sans les conseils qui vont
bien ne mène à rien. Je dois être fin prêt pour le pré-stage !
Je termine dixième. C’est un coup dur pour quelqu’un comme moi qui
s’imaginait finir premier des tests ! Dans mon esprit, nous sommes dans un
concours où seuls les meilleurs seront retenus, les autres condamnés à
retourner dans leur unité d’origine. Je ne sais pas encore que le tri ne se fait
pas ici. C’est durant le pré-stage que les affaires se corseront.
La piste d’audace de Mondésir. Je la connais un peu pour m’y être
entraîné clandestinement. Eh oui, on se prépare comme on peut ! C’est ici
que, plusieurs dimanches de suite, j’ai grimpé des dizaines de fois le long
de la gouttière sans assurance, joué à l’équilibriste avec les tyroliennes et
rampé dans la buse. Je ne vous conseille pas d’en faire autant, mais de vous
y préparer en choisissant des obstacles les plus proches possible de ceux qui
vous attendent aux tests. De préférence jamais seul, pour le cas où vous
resteriez coincé dans une buse ou une cheminée…
Le programme de préparation de Karim fonctionne à merveille. J’ai un
excellent rapport poids/puissance, je soulève en développé couché, deux
fois de suite, 170 kg alors que j’en pèse à peine 75 ! Inutile de venir ici si
vous n’avez pas travaillé la musculation sérieusement et répété des dizaines
de fois les franchissements qui vous attendent. Si vous voulez vraiment être
au top pour les épreuves, il va aussi falloir consentir quelques
investissements. L’achat d’une corde de rappel d’une longueur de 50 à
60 mètres en 10/11 mm de diamètre et statique, c’est-à-dire qui ne s’allonge
pas (on pourra également la transformer en quatre brins, que l’on attachera
à deux points fixes avec un nœud de huit et des mousquetons en acier).
Prévoyez également l’acquisition d’une échelle spéléo car celle-ci demande
une pratique particulière que nous verrons plus loin.
Pour cette piste d’audace, même si vous pensez posséder les pouvoirs de
Superman, évitez de jouer au matamore en posant des questions du style :
« L’assurance est-elle obligatoire ? », sous peine de vous voir infliger une
réponse cinglante de la part de l’examinateur qui suit votre parcours. Vous
n’avez jamais fait cette piste d’audace, les cadres du GIGN qui vous
accompagnent ne connaissent pas vos capacités physiques, alors ne posez
aucune question susceptible de faire lever les sourcils des instructeurs. La
vie est considérée comme précieuse au GIGN et les cadres ne feront jamais
courir aucun risque sur des exercices que le candidat ne maîtrise pas encore.
Lorsque vient mon tour de m’engager sur la piste, je ne montre aucune
hésitation. Là aussi, la technique de franchissement joue un grand rôle et
permet de ne pas trop tirer sur les bras. Il faut avoir à l’esprit en
permanence qu’il est indispensable « d’en garder sous le pied », car le
parcours est long. La gouttière peut se révéler redoutable si son
franchissement n’a pas été étudié auparavant. Je suis donc attentif à la
position de mes pieds, à ne faire que des brassées courtes pour saisir le
tuyau et à monter à un rythme continu. À peine franchi la ligne d’arrivée et
alors que je me dirige vers le bus qui nous a amenés, un ordre tombe :
« Vous restez sur place ! »…
On nous distribue une ration de combat que nous avalons vite fait et
nous attendons la tombée de la nuit. Le parcours stress est une épreuve
nocturne pour laquelle peu de candidats s’entraînent au prétexte qu’elle ne
comporte pas de difficultés physiques. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il s’agit
essentiellement d’une infiltration individuelle à réaliser après avoir
mémorisé un itinéraire. Une fois l’objectif atteint, en général une habitation,
il faut l’observer sans se faire détecter, puis revenir au point initial pour y
effectuer un compte rendu. Le tout dans une ambiance de stress puisque à
chaque pas l’ennemi rôde. Il faut donc progresser en sûreté en évitant les
carrefours et réagir avec vivacité si l’on est attaqué. Bien évidemment, c’est
ce qui se produit avec chaque candidat et à chaque fois au moment où il s’y
attend le moins. Mon agresseur est un spécialiste du judo qui tente de me
mettre au sol, tandis que je cherche de mon côté à lui coller une droite !
Quel que soit votre niveau en sport de combat, faites face et ripostez !
C’est en constatant mon agressivité que mon « terroriste » préfère rompre le
combat.
Dans cet exercice, le plus important arrive à la fin. Au retour, un
examinateur me demande de restituer avec un maximum de précision ce
que j’ai vu pendant la phase d’observation. Dans mon cas, il s’agissait
d’une habitation dans laquelle deux terroristes complotaient. Il me fallait
donc ramener l’image et le son, ce qui imposait de m’approcher au plus
près de l’objectif, jusqu’à pouvoir coller mon oreille au bas de la fenêtre
ouverte. Quand les voix s’éloignaient, je jetais un regard furtif afin de voir
ce qui traînait dans la pièce. J’ai décomposé mon observation en trois
secteurs, gauche, centre, droit. À chaque fois, j’imprimais dans mon
cerveau la vision des divers éléments que j’apercevais.
La mémoire est un muscle qui s’exerce et je n’avais pas attendu cette
nuit pour découvrir cette discipline. Voilà bien longtemps que je m’astreins
à exécuter des exercices de restitution d’objets : trente secondes pour
observer une table remplie de matériels divers, puis une minute trente pour
les décrire sur une feuille de papier. Cette faculté de mémoriser une vision
fugitive est un atout considérable pour qui veut intégrer l’unité. Dans un
contexte opérationnel, un seul coup d’œil doit suffire à marquer les
emplacements des otages et ceux des terroristes. Lors d’une investigation,
c’est la mémorisation du plan que l’on a longuement observé qui nous
guide à travers un bâtiment.
Je fais un compte rendu complet de ma mission à l’examinateur, mais
l’épreuve ne s’arrête pas là. Vient ensuite le visionnage d’une vidéo d’une
quinzaine de minutes, à la suite duquel on demande à chaque candidat de
décrire par écrit le maximum d’éléments qu’il a pu mémoriser de la
projection. Il faut donc aller de l’essentiel au secondaire, c’est-à-dire des
personnages et de l’armement, s’il y a lieu, à la tasse de café qui traîne dans
un coin. Trop de candidats se noient dans des détails secondaires et oublient
de reporter sur le papier ce qu’il y avait de capital dans les différentes
scènes qui leur ont été présentées. N’oubliez pas que le son y a également
son importance. Une chose est certaine : n’interprétez pas ! Tenez-vous en
aux faits et à votre observation. Vous n’êtes pas sur un plateau télévisé avec
pour objectif d’asséner des jugements péremptoires ou des conclusion
hâtives pour faire de l’audimat.
Au GIGN, quel que soit le niveau du candidat comme tireur, on
considère que tout est à reprendre à zéro en la matière. Les épreuves de tir
ne sont donc là que pour détecter des postulants qui présenteraient des
défauts physiques ou psychiques les rendant inaptes au tir. Comme je voulais « gratter » le maximum de points dans toutes les disciplines, je m’y
suis préparé seul. Impossible en effet de bénéficier en unité d’un traitement
de faveur qui permettrait de tirer en « open bar » sous prétexte que l’on
prépare les tests du GIGN. J’ai donc suivi le conseil des anciens 2 et acheté,
un an plus tôt, un pistolet à plombs ! Croyez-moi, c’est une solide école de
tir, à condition d’acquérir la bonne arme. Le poids et les organes de visée
sont déterminants dans le choix. Ayant peu de moyens, j’ai opté pour la
réplique d’un Smith & Wesson avec lequel je me suis d’abord exercé au tir
de précision. Jusqu’au départ du coup, rien ne différencie la réplique de son
modèle.357 Magnum. Prise en main, maîtrise de la respiration, position du
corps, concentration, action du doigt sur la queue de détente, j’ai pu tout au
long de l’année décortiquer mes tirs et repérer mes erreurs, en notant mes
résultats et en me filmant au ralenti pour voir mes défauts. N’ayant pas un
salon très grand, je tirais dans la diagonale de la pièce afin d’augmenter la
distance de tir. J’ai commencé par le tir de précision pour poursuivre avec le
tir de riposte. Je sais qu’au GIGN le tir à l’arme de poing se limite à deux
cas de figure précis : le tir de riposte, qui doit permettre de riposter à une
agression, et le tir de précision, qui, lui, doit permettre de neutraliser un
adversaire distant. Mes efforts sont payés de retour. Au tir au pistolet à
15 mètres, j’obtiens les meilleurs résultats !
Mes tirs au fusil à 200 mètres sont corrects, sans être exceptionnels. Pas
d’affolement, nous disent les instructeurs, car, à la différence du pistolet (ou
du revolver), il faut peu de temps pour former un bon tireur fusil dans un
créneau allant de zéro à 200 mètres. C’est une autre affaire dès que l’on
allonge la distance.
Mon retour d’expérience me fait dire que pour la majorité des « mauvais
tireurs », le problème vient avant tout d’un manque d’équilibre. Le
positionnement du corps a une importance capitale. Beaucoup tirent comme
s’ils se trouvaient sur un bateau et qu’ils tentaient de toucher une cible
stable sur la berge. Travaillez votre équilibre sur un Bosu 3 ou un cousin
d’équilibre de kiné.
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V U À LA TELE ! C’est l’une des épreuves mythiques des tests : les 50 mètres de nage, chevilles et poignets liés. Elle date de la nuit des temps, de 1974 pour être précis. C’est le maréchal des logis-chef Rémy, un
ex-commando marine devenu gendarme, qui, pour placer les hommes du
GIGN en situation de difficulté, décide au cours d’une séance de piscine de
leur attacher les poignets et les chevilles. Il leur demande ensuite de progresser dans l’eau. Jugée sélective, cette épreuve est depuis inscrite aux
tests d’admission.
Je m’y suis entraîné plus d’une trentaine de fois avec Yves, le commando
marine. Ici, attention, danger ! Le comportement des candidats est scruté à
la loupe par les instructeurs. Un soupçon d’affolement sous l’eau et c’est la
fin du rêve. Comment faire ?
Montons un peu le niveau ! Que disait Archimède au sujet de sa célèbre
« poussée » ? « Tout corps plongé dans un fluide au repos, entièrement
mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale,
dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé. » Si
l’on applique cela au corps humain, dont la densité s’approche de celle de
l’eau, il se produit une sorte d’équilibre. Le corps ne flotte ni ne coule. En
inspirant goulûment à chaque sortie de la tête de l’eau afin de remplir ses
poumons, on s’assure une bonne flottabilité. Il ne reste plus qu’à onduler
afin de se déplacer. CQFD.
Il est donc inutile de s’affoler puisqu’on va finir par remonter ! Du
moins, tant qu’on a de l’air dans les poumons, of course !
Un grand bol d’air avant la plongée initiale, et me voilà parti. Je crève
l’eau de la piscine de Saint-Germain-en-Laye, les poumons bien remplis,
remonte et me mets sur le dos. Là, j’aspire au maximum pendant que mon
corps et mes jambes ondulent. Il me suffit de répéter inlassablement les
mêmes mouvements pour avancer ! Oh, pas bien vite, mais il est inutile de
se presser, car ce qui compte c’est l’accomplissement des 50 mètres, et lui seul. Je reste calme en veillant à bien garder le rythme, concentré sur ma
respiration et mes mouvements. Lorsque je touche le bord du bassin, je vois
l’examinateur cocher d’une croix mon nom sur sa tablette tout en
m’adressant un signe de tête, OK ! La plupart de ceux qui passeront cette
épreuve en nageant sur le ventre et les poumons vides seront éliminés.
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M AIS VOILÀ LES LACRYMOS ! Objectivement, les candidats venant de la gendarmerie mobile ont ici une longueur d’avance. L’accoutumance aux gaz lacrymogènes se pratique dans les escadrons de moblots. Je
conseille aux autres d’y goûter au moins une fois, pour voir ! Le test est
d’une simplicité confondante. Un instructeur détaille une série d’opérations
à réaliser à l’intérieur d’une maison, rien de plus. Attention, il ne répète pas
les choses deux fois, d’où l’intérêt là aussi de bien mémoriser les ordres. Et
c’est parti !
Lorsque j’entre, les poumons pleins, l’odeur âcre et caractéristique du
CB4 me saisit à la gorge. Pas de doute, c’est du lourd, et il est diffusé à
haute dose. Je me concentre aussitôt sur les différentes tâches que m’a
confiées l’examinateur. Fouille de bureau, ouverture de tiroirs, observation
des photos et des tableaux accrochés au mur, le tout en expirant lentement.
Mais il me faut bien reprendre mon souffle et aspirer un peu de ce bon air
vicié. Je n’emplis mes poumons qu’à demi, me déplaçant lentement afin de
limiter ma consommation en oxygène ou ce qui y ressemble.
Combien de temps faut-il tenir dans cet enfer ? Dans mon cas, quatre
minutes. En ressortant, je restitue fidèlement les découvertes faites au cours
de l’exploration de la cambuse pour ensuite aller vomir tripes et boyaux. Il
s’agit là encore d’une épreuve réalisée dans une ambiance stressante au
cours de laquelle la lucidité du candidat est observée. Être méthodique,
appliqué et concentré sur la mission confiée tout en faisant abstraction des
facteurs de diversion – ici les lacrymogènes – est gage de réussite.
Le gaz lacrymogène n’est pas toxique, à l’inverse des fumigènes. Vous
ne risquez donc rien. Il vous faut simplement accepter le fait d’être gêné au niveau de la respiration, peut-être même vomir. Plus vous demeurerez
calme, moins le gaz aura d’effet sur vous.
V OICI L’ÉPREUVE, la hantise des candidats : le parcours bras, où l’échec est éliminatoire. Comme son nom l’indique, ce sont essentiellement les membres supérieurs qui sont sollicités dans ce parcours. Il est important
de s’y préparer soigneusement, car ici les bras seuls ne suffisent pas, la
technique joue un grand rôle dans la réussite de cette épreuve.
Je suis retardé dans mon départ par un événement extérieur (la visite
d’un scénariste à l’unité) et le temps gris qui régnait jusque-là fait place à
une pluie battante. Voici une succession d’échelles, corde et spéléo. Un
principe simple : celles qui n’ont pas de point fixe à leur base se
franchissent latéralement, sous peine de se voir très vite en position
horizontale ! Au détour d’un virage, un moniteur me désigne un trou noir.
La buse ! Ce tuyau de 12 mètres de long et de 40 centimètres de large est un
obstacle redoutable, car son franchissement exige une grosse dépense
musculaire. C’est bien la raison pour laquelle il faut travailler sa technique
de reptation. Il y a un monde entre ramper au parcours du combattant et
progresser dans un tuyau ! J’avance en allongeant les bras devant moi et en
les repliant sous le corps et j’accompagne le mouvement en poussant sur la
pointe des pieds et par de petits mouvements d’ondulation verticaux telle une chenille. En fait, il faut s’arracher ! Il faut sortir de là avec ses tripes,
car l’exiguïté de la canalisation ne permet pas d’utiliser toute sa puissance
musculaire.
Et puis, il y a le mur… Le mur et sa corde quatre brins, rehaussés pour
ma pomme d’un déluge de pluie accompagné d’un glaçage de boue. La
corde quatre brins ? Ce sont quatre brins statiques, chacun d’un diamètre de
11 millimètres, tressés ensemble pour en faire une corde fixée au sommet
d’un mur de 5 mètres de haut et dont il faut s’aider pour le franchir. C’est à
moi d’y aller !
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S EUL ! JE SUIS SEUL FACE À CE MUR qui risque bientôt d’être pour moi celui des lamentations. Un mur de 5 mètres de haut qui me surplombe comme une montagne. Sa paroi lisse, fouettée par la pluie froide qui tombe
à verse, ressemble à une patinoire. La flotte a transpercé mon treillis, j’ai les
bras qui s’ankylosent et le souffle coupé. Devant moi pendent quatre brins
de corde censés me faire passer l’obstacle. Regard circulaire. L’instructeur
est là, l’air goguenard, qui m’assassine d’une phrase.
« Toi, si tu ne montes pas ce mur maintenant, tu vas retourner d’où tu
viens ! »
À cet instant, plié en deux, les mains sur les genoux pour reprendre ma
respiration, je sais que je joue ma vie. Deux échecs ! Il me reste une
dernière et unique tentative, sinon mon rêve s’arrête ici. Au pied de ce mur.
Un candidat qui souffre sur cet obstacle décisif est un mets de choix pour
les examinateurs. Il y en avait un, ils sont trois maintenant. Que des ops !
Eux, ce mur, ils l’ont grimpé ! Il faisait beau, il faisait froid, qu’importe ! Ils
sont montés au sommet. Là, ils se régalent, car tous connaissent mon côté
grande gueule, pour eux c’est du bonheur ! C’est alors que je prends
conscience de la raison de mon échec. Ce ne sont pas mes bras qui font
faillite, mais mon cerveau ! C’est lui qui disjoncte en m’indiquant qu’il
pleut, que ça glisse, que les autres sont passés quand la pluie n’était pas
encore tombée, que du négatif. En fait, je me suis conditionné à l’échec. Je
reprends alors les choses en main.
Mec ! Le mur est sec, il est quasiment plat et tes chaussures ont des
crampons. Ce mur, tu vas le franchir, parce que ta vie en dépend !
Je vide mes poumons à fond tandis que dans mon esprit je me vois déjà
en train d’avaler l’obstacle. Je respire un grand coup et c’est parti. Je ne
m’arrête pas une seule seconde. Bien en opposition sur le mur, mes bras et
mes jambes avancent alternativement jusqu’au sommet, sur lequel je
m’assois avant de me laisser tomber du côté des vainqueurs !
« Tu as eu chaud, tu jouais ton élimination sur ce coup-là ! », me lance
l’examinateur en me voyant franchir la ligne d’arrivée.
Honnêtement, sur le coup je n’ai pas su ce qui m’avait fait franchir ce
mur. Ce n’est que plus tard que j’apprendrai ce qu’est l’état d’exception.
D’homme, j’étais brusquement devenu une bête, j’avais atteint l’état féral5.
Ce jour-là, j’aurais été capable de tuer pour arriver en haut de ce foutu mur
– parce que ma vie en dépendait. Ce stimulus fait appel à notre cerveau
primitif, ou reptilien, qui génère les réflexes nécessaires à la survie et que
nous avons oubliés, dorlotés par le confort auquel nous a habitués notre
civilisation. Cet état fait surface lorsqu’un danger immédiat et létal nous
menace en nous donnant intuition, puissance et rapidité de réaction. Nous
adoptons les mêmes réflexes qu’un homme des cavernes face à l’attaque
d’un tigre à dents de sabre ! Il arrive, dans certaines opérations où ils sont
confrontés à des situations extrêmes, où il s’agit de survivre, que les
opérationnels du GIGN retrouvent brusquement cet état féral.
Ce fut le cas ce soir du 23 novembre 2013, alors que nous roulions à
fond dans les rues de Tripoli. La ville était en feu, des affrontements entre
milices rivales avaient lieu à chaque coin de rue et il nous fallait mettre
l’ambassadeur de France en lieu sûr. Je me demande encore comment
Steph, notre pilote, a pressenti le danger cette nuit-là. Je conduisais le 4x4
appelé « suiveuse » et je l’ai vu piler devant moi, juste avant le carrefour,
sans raison. J’ai écrasé le frein pour ne pas lui rentrer dedans et c’est là que
j’ai vu passer les rafales lumineuses de 14.5 devant sa voiture, tirées par une
mitrailleuse montée sur un pick-up à 100 mètres de là. S’il s’était engagé
3 mètres plus loin, tous les occupants de son véhicule auraient été tués,
ambassadeur compris. Quand nous en avons reparlé, il m’a dit : « Ce n’était
plus moi qui conduisais, je ne réfléchissais plus à rien, tout me venait
naturellement. »
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J E PRENDS UNE PROFONDE INSPIRATION avant de m’élancer sur ce bout de ferraille qui s’avance à 20 mètres au-dessus du vide. « Avance jusqu’au bout… tout au bout. Maintenant, penche-toi vers
l’avant, vas-y, regarde en bas. »
Je m’exécute, sans précipitation ni appréhension. Cette épreuve, je m’y
suis préparé en m’entraînant sur l’un des obstacles du parcours santé d’une
forêt voisine de Satory. Une simple poutre à section carrée, positionnée à
1,50 mètre du sol, qui m’a permis d’acquérir de l’aisance dans mes
déplacements. Ce qui est facile près du sol peut l’être tout autant à
20 mètres à la seule condition, j’y reviens encore une fois et ce sera la
dernière, d’avoir vaincu cette appréhension du vide. Ce test éliminatoire
figure sous une forme ou sous une autre dans toutes les sélections de
personnels prétendant intégrer les forces spéciales.
Lorsque viendra mon tour, quelques années plus tard, d’être de l’autre
côté de la poutre et de faire passer cette épreuve aux candidats, j’observerai
les comportements suivants :
Les fous ! Ceux qui sont prêts à enlever leur assurance et à danser sur la
poutre. Dehors ! Le GIGN a besoin d’opérationnels équilibrés et réfléchis.
Les incertains : ils hésitent, avancent lentement et finissent par se
tétaniser. Un tremblement les saisit alors et il faut l’intervention de
l’examinateur pour les sortir de là :
« Baisse-toi un peu, ramène ton centre de gravité vers le bas. OK, tu ne
trembles plus… Alors, continue à avancer. » Pas très bon non plus, car ils
instillent le doute sur leurs capacités à maîtriser l’appréhension du vide,
doute que l’instructeur se voit obligé de lever en les renvoyant une nouvelle
fois sur la poutre. Et cette fois, ça ne plaisante pas ! « Mets-toi sur un pied,
sur l’autre, reste immobile en regardant en bas ! »
Enfin, il y a ceux qui se sont préparés consciencieusement et pour
lesquels cet obstacle ne présente aucune difficulté. Et c’est vrai qu’il n’y en
a aucune. Aucun effort physique, simplement la maîtrise de ses émotions.
Tout est dans l’esprit. Si vous avez réalisé cette préparation mentale dont je
vous ai parlé dans les pages précédentes, si vous êtes concentré sur ce que
vous faites et non pas sur ce qui vous entoure, en l’occurrence le vide, vous
réussirez. Accommodez votre vue sur la poutre, respirez bien, ne relâchez
pas votre attention et restez décontracté, visualisez toujours l’épreuve dans
votre esprit à la manière de la Patrouille de France préparant un meeting.
E N FIN DE JOURNÉE, je suis appelé comme tous les autres candidats pour passer un entretien avec les cadres. Sur le bureau trône la lettre de motivation que j’ai écrite durant la première heure de mon arrivée au
quartier Pasquier. J’y avais écrit que « mon ego serait flatté si j’entrais au
GIGN ». Croyez-moi, ça ne leur a pas plu du tout, ils n’ont même retenu
que cela ! Et je dois désormais convaincre ces opérationnels et cet officier
que je suis l’homme dont ils ont besoin. Ça commence mal ! On me
demande d’entrée de jeu de m’expliquer sur ma phrase.
« Je me suis tout simplement mis à votre place en imaginant la fierté que
vous avez dû ressentir le jour où l’on vous a remis le brevet !
– Le brevet n’est qu’un début, pas une finalité !, me rétorque l’un des
sous-officiers.
– D’accord, mais en être titulaire voudrait dire que j’ai les capacités et
les outils pour défendre mon pays ! »
L’échange va durer une bonne demi-heure.
L’officier qui assiste à l’entretien est chargé de vous déstabiliser par des
demandes saugrenues et répétées vingt fois du type « T’as pas dix euros ? »,
« On t’a déjà dit que tu avais une tête bizarre ? » alors que vous êtes en train
d’expliquer le tréfonds de votre motivation à vouloir intégrer le GIGN. Je
reste concentré sur l’important, les questions qui ont trait à mon
engagement, et j’ignore les autres.
Suivra une avalanche de questions sur mon parcours d’étudiant puis au
1er RCP et enfin en gendarmerie. La question principale à laquelle doivent
répondre les trois examinateurs est simple : peut-on lui faire confiance ?
Lorsque demain j’aurai ce jeune opérationnel derrière moi dans une colonne
d’assaut, pourrai-je compter sur lui ? Son choix d’intégration est-il bien
réfléchi ?
N’oubliez pas que c’est la lettre de motivation, écrite le premier jour des
tests, qui va servir de support à l’entretien, il est donc important pour vous
de bien la préparer et d’en mesurer les termes. Les réponses ne doivent pas
être calculées, mais au contraire spontanées et franches. Inutile d’essayer de
tricher afin de donner une fausse image de soi, le système est ainsi conçu que votre personnalité est très vite révélée. Surtout avec ce qui vous attend
au pré-stage.
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I L EST TEMPS À PRESENT de rentrer dans le sanglant, le bestial, ces fameuses six minutes que tous les candidats attendent avec anxiété : le test d’agressivité. Retenez bien ce mot, AGRESSIVITÉ, car c’est bien sur
ce critère que vous allez être jugé. Ici, rien d’académique, oubliez le noble
art, vous êtes chez les gladiateurs !
Quand je me présente dans la salle, l’officier qui dirige les débats
m’affecte un coach ! C’est un spécialiste des sports de combat.
« Moi c’est Rosman, et lui en face tu me le défonces ! »
La tactique de l’homme à la rose peut sembler primitive au premier
abord, mais il ne faut pas oublier que votre adversaire est dans la même
disposition d’esprit : vous défoncer ! Beaucoup se sont préparés à cette
épreuve, mais s’ils savent donner des coups, bien peu savent en recevoir. Et
c’est précisément ce qui intéresse les examinateurs. Si votre technique n’est
pas parfaite et que votre adversaire vous surclasse, n’ayez pas trop
d’inquiétude, sauf si… ! Ce qui va être scruté avec attention, c’est votre
comportement dans l’adversité. Mettre un genou à terre et tarder à se
relever, c’est ce moment que les instructeurs vont guetter. Rappelez-vous :
agressivité ! Il faut se comporter en combattant et repartir à l’assaut à
chaque fois que vous irez embrasser le ring !
Mon niveau en sports de combat m’a permis de passer cette épreuve sans
souffrir en ayant gagné deux combats. Car là aussi, lorsque le doute gagne
les instructeurs, ils demandent au candidat pour lequel ils émettent des
réserves de retourner se battre contre un autre de ses camarades, qu’ils
choisissent parmi les meilleurs combattants.
Enfin, comme si notre aptitude à affronter le vide n’avait pas été mise en
évidence avec le passage de la poutre, on nous offre un saut de pont. Vingt-
cinq mètres de haut, un harnais et des cordes. Et, j’allais oublier : ici, pas
d’élastique, pas de ces trucs qui ramollissent, non ! C’est de la bonne corde d’escalade, qui peut vous transformer en eunuque au cas où les « choses de
la vie » n’auraient pas été mises en sécurité avant la chute !
Bien entendu, tout est fait pour troubler l’esprit des candidats avant le
saut. Je me concentre sur l’action à venir et je fais le vide. Pas question de
se laisser influencer par les petites phrases perfides des instructeurs qui
guettent la moindre défaillance.
« Vérifie bien tout, surtout les nœuds, on ne sait jamais ! »
Le doute, c’est bien le poison que les « testeurs » essaient d’instiller tout
au long de la sélection. Poison mortel s’il en est, car il renvoie, pour celui
qui en est victime, à sa vocation initiale : « Suis-je fait pour ce métier ? »
C’est bien la raison pour laquelle les premières pages de cet ouvrage y sont
consacrées. Même dans les pires moments, fatigue, échec dans une épreuve
ou encore en cas de blessure, il ne faut jamais donner l’impression que
votre certitude, votre foi dans le but que vous vous êtes fixé sont ébranlées.
Comparez vos examinateurs à des requins que la moindre goutte de sang va
attirer. Eux savent percevoir la plus petite baisse de régime. Ne perdez donc
jamais de vue qu’il vous faudra montrer en permanence que votre
détermination est intacte.
Sur ce saut de pont, c’est bien elle qui est jaugée. Les candidats qui
tergiversent ou qui ne mettent pas l’impulsion suffisante en se laissant
tomber comme un sac de patates ne seront pas éliminés, mais scrutés à la
loupe. Et dans le cas d’un classement ex-aequo à la fin des tests, la priorité
sera donnée au plus déterminé. Le refus de saut, lui, est interprété comme
un refus d’entrer au GIGN. Pensez à maîtriser votre respiration, ne regardez
pas le vide mais la ligne d’horizon, et concentrez-vous sur ce que vous
faites. Et sautez le plus loin possible ! À la manière d’un plongeur qui ferait
le saut de l’ange depuis les falaises d’Acapulco !
Enfin, la dernière épreuve ne peut être préparée, même si elle le
mériterait. Il s’agit de l’annonce des résultats. De trente au départ, nous ne
sommes plus que six à pouvoir franchir à nouveau, dans quatre mois, le
portail de la caserne Pasquier. Beaucoup y avaient cru, la déception pour
eux est terrible. Si un jour vous vous retrouvez au beau milieu de l’hiver,
sur une esplanade battue par les vents, à attendre qu’un officier supérieur
vienne faire l’appel des noms des candidats retenus et que le vôtre n’est pas
prononcé, ne baissez pas la tête. Pensez à la citation qui figure au début de
ce livre et qui n’est pas là par hasard : « […] Le mérite appartient toujours à celui qui descend vraiment dans l’arène, dont le visage est couvert de
sueur, de poussière et de sang et qui se bat vaillamment, qui se trompe, qui
échoue encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans erreur et échec […].
Mais s’il échoue après avoir tout osé, il saura que sa place n’a jamais été
parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni
l’échec. »
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1. Les grands quotidiens comme Le Monde éditent chaque année un dossier complet sur la situation géopolitique mondiale. Cette lecture, ajoutée à celle de magazines comme Courrier international, est un minimum pour se préparer à cette épreuve.
2. En 1973, à la création du GIGN, la dotation en munitions et en armes de poing étant insuffisante, les premiers opérationnels du Groupe se sont entraînés pendant quelques mois avec des pistolets à air comprimé.
3. Un Bosu se compose de deux parties : une plateforme rigide, et une partie sphérique résistante qui ressemble à un ballon type Swiss Ball coupé en deux. C’est un accessoire qui a été inventé dans les années 90 par l’américain David Weck, pour réaliser des exercices tout en étant instable.
4. Deux scientifiques du Middlebury College (Vermont, États-Unis), Ben Corson et Roger Stoughton, ont donné leurs initiales au gaz qu’ils ont développé en 1928, l’orthochlorobenzaldéhyde malononitrile (C10H5ClN2), qui sera baptisé « gaz CS ». En France, ce gaz lacrymogène sera baptisé « CB ».
5. L’état féral a fait l’objet d’un court métrage au titre éponyme. Nominé pour le prix du Meilleur court métrage aux Oscars en 2014, Feral a remporté des prix au Festival d’Annecy en 2013 et à Anima, à Bruxelles. Signé Daniel Sousa, il raconte l’histoire d’un garçon retrouvé dans les bois à l’état sauvage. Élevé par les loups, il va devoir se faire à son nouvel environnement, mais dès qu’un danger surviendra, il mettra en place la même technique de défense que lorsqu’il vivait en forêt.
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Synthèse du chapitre 7
VOUS CROYEZ CONNAÎTRE LES ÉPREUVES PAR CŒUR ? N’oubliez jamais qu’il
est un facteur que vous ne maîtrisez pas : les instructeurs. Ne les sous-
estimez jamais, car ils sont capables de faire d’une épreuve un enfer. Vous
vous en apercevrez dans l’étape suivante : le pré-stage. Si vous les voyez
plaisanter entre eux, sembler détendus, ne vous y fiez pas. Ils vous
observent sans relâche, guettent le moment où vous baisserez les bras. Leur
mission étant d’écarter les « âmes faibles », ils sanctionnent sans pitié le
manque de combativité. Inutile de jouer les matamores, même si vos
résultats vous le permettent. Dans ce genre d’unité, les grandes gueules
n’ont pas leur place et il serait facile pour les examinateurs, si tel était le
cas, de vous ramener au niveau zéro.
VOS RÉSULTATS SONT LE FRUIT DE VOTRE PRÉPARATION ET DE VOTRE
CONDITION PHYSIQUE DU MOMENT. Vous vous êtes entraîné en fonction des
épreuves que nous venons de décrire, vous connaissez votre corps et vous
savez détecter les signaux d’alerte qu’il vous envoie quand il souffre, très
bien ! Mais encore faut-il que vous soyez en pleine possession de vos
moyens le jour des tests. Le moindre rhume, la plus petite élongation peut
ruiner des mois de préparation intensive. Soyez vigilant sur votre état
physique dans les quinze jours précédant les tests.
SAVOIR SE SURPASSER. Nous avons ouvert ce livre avec mon double échec
aux tests à la corde quatre brins. Un marathonien ne court jamais un
marathon complet dans sa préparation, c’est la même chose pour les tests
d’entrée dans les unités spéciales. Je ne connais personne qui ait fait une
répétition générale sur une semaine entière ! Or, les épreuves ne sont pas
disposées au hasard, le niveau de fatigue s’inscrit sur une courbe qui va
croissant et la difficulté des obstacles suit la même courbe.
Il n’y a que deux solutions pour parvenir au but : se ménager ou se
surpasser. Le premier choix s’avère difficile à tenir, car à chaque épreuve
les examinateurs vont vous demander de vous engager à fond dans les
épreuves. Reste le second : se surpasser.
Je vous ai longuement parlé de l’influence déterminante de l’esprit sur le
corps, de la nécessité parfois de se mettre dans un état d’exception. C’est ce
que j’ai fait pour venir à bout de cette corde quatre brins. Préparez-vous !
Mettez-vous en situation d’échec et surmontez-le comme si votre vie en
dépendait. En fait, c’est votre avenir qui en dépend !
Le principal outil dont disposent les êtres humains pour gérer et dépasser
les souffrances est la capacité à envisager une situation donnée sous un
autre angle et à lui donner un nouveau sens. Les psychologues appellent
cela la « restructuration cognitive ». Nous allons découvrir cela ensemble
dans les chapitres suivants.
MAÎTRISEZ LES TECHNIQUES ÉLÉMENTAIRES DE FRANCHISSEMENT.
Tyrolienne simple, double ou inclinée ne doivent plus avoir de secrets pour
vous, de même que les règles de sécurité à appliquer. C’est le B.A.BA,
évitez de faire perdre du temps aux instructeurs en les obligeant à vous
apprendre comment on s’assure pour franchir un obstacle. La corde quatre
brins est sans conteste l’obstacle le plus difficile. Votre entraînement doit
porter sur la poussée des jambes, en évitant de trop tirer sur les bras,
exactement comme dans un grimper de corde. Il est donc nécessaire que vos
chaussures adhèrent à l’obstacle sur lequel vous effectuez votre appui.
Si je vous conseille d’acheter une échelle spéléo ou au moins de vous
entraîner régulièrement sur celle qui est en dotation dans votre unité, c’est
que son franchissement nécessite une technique particulière : elle se monte
sur le côté, pointes de pied vers l’extérieur. Entraînez-vous avec un sac à
dos, la nécessité d’avoir une bonne technique deviendra alors évidente. SURVEILLEZ VOTRE COMPORTEMENT EN PERMANENCE. Appliquez ce conseil
dès le premier jour des tests et durant les deux ans qui suivront votre
réussite au stage, ce que je vous souhaite. Il vaut pour le GIGN et pour
toutes les unités spéciales dans lesquelles il est très difficile d’être intégré,
mais dont il est extrêmement facile de se faire éjecter. Soyez naturel, mais
réservé. Surveillez votre langage et votre comportement, car rien ne vous
sera pardonné. Les unités d’élite ne sont pas des associations de gros bras
incultes. Les missions auxquelles vous aurez à prendre part exigeront que
vous vous adaptiez à divers milieux : diplomatique, politique, militaire et
autres. Un comportement inapproprié, et c’est la porte ! N’oubliez jamais
que les candidats ne manquent pas et qu’il s’en trouvera toujours un pour
prendre votre place. Ne vous contentez jamais du minimum !
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