Féral : cette force qui existe en nous

Prologue

 

Seul ! Je suis seul face à ce mur qui risque d’être bientôt pour moi celui

des lamentations. Un mur de 5 mètres de haut qui me surplombe comme

une montagne. Sa paroi lisse, fouettée par la pluie froide qui tombe à verse,

ressemble à une patinoire. La flotte a transpercé mon treillis, j’ai les bras

qui s’ankylosent et le souffle coupé. Devant moi pend une corde quatre

brins censée me faire passer l’obstacle. Regard circulaire. L’instructeur est

là, l’air goguenard, qui m’assassine d’une phrase :

« Toi, si tu ne montes pas ce mur maintenant, tu vas retourner d’où tu

viens ! »

À cet instant, plié en deux, les mains ensanglantées sur les genoux pour

reprendre ma respiration, je sais que je joue ma vie. Mon rêve de gamin est

là, derrière l’obstacle. Il y a neuf ans, le 26 décembre 1994, lorsque du haut

de mes 16 ans j’ai vu monter les hommes du GIGN à l’assaut de l’Airbus

sur l’aéroport de Marignane 1, j’ai su qu’il me fallait intégrer cette unité

d’élite. Depuis ce jour, rien d’autre n’a compté. J’en ai bavé à un point que

vous ne pourriez pas imaginer. J’ai tout sacrifié pour en être là aujourd’hui :

week-ends, vie de famille, loisirs… Huit ans d’efforts ininterrompus pour

entrer au GIGN ! Huit ans d’efforts et de privations inutiles, puisque je suis

en train d’échouer au pied de ce putain de mur !

Deux échecs ! Il me reste une dernière et unique tentative. Il n’y aura ni

repêchage ni accommodement, la compassion ne figurant pas parmi les

standards de la maison. Pourtant mon corps est prêt, j’en suis sûr. J’ai

travaillé chaque muscle, fait plus de tractions et de pompes que

Schwarzenegger et Stallone réunis, grimpé des cordes de toute nature et avalé des milliers de kilomètres à pied. Mais ce n’était qu’un début. Il m’a

également fallu appréhender le vide en faisant des rappels et des tyroliennes

sans assurance, escalader des parois, marcher sur des poutres à plus de

20 mètres de hauteur et faire des courses d’orientation la nuit dans la forêt.

Malgré tout cela, je n’étais pas au bout du compte. Entraîne-toi au tir,

m’avait-on dit, de jour et de nuit, de près et de loin, au fusil et aux armes de

poing. J’ai aussi nagé pieds et mains liés, appris à ramper dans des tunnels

étroits et à résister au froid, mais cela ne suffisait pas. Sache où tu vas. Tu

dois tout connaître de cette unité d’élite, son histoire et son fonctionnement,

ses hommes et ses matériels. Cultive-toi. Intéresse-toi à la géopolitique et

aux grands problèmes du moment, me disaient encore mes chefs.

Arrivé ici le corps affûté et la tête bien pleine, mon rêve risque pourtant

de s’arrêter. Au pied de ce mur. Terminus ! À moins que…

 

1. Le 26 décembre 1994, le GIGN donne l’assaut à un Airbus chargé de passagers qui a été détourné par quatre terroristes armés. Les passagers sont libérés sains et saufs, neuf membres du GIGN sont blessés, les quatre terroristes sont tués.

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