Féral : cette force qui existe en nous

Partie 1 : La préparation

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Chapitre 1

 

VOCATION : Destination naturelle de quelqu’un. Penchant,

aptitude spéciale pour un genre de vie.

 

S I J’AI TRACÉ MA ROUTE JUSQU’À LA PORTE DU GIGN, c’est tout simplement parce que telle était ma vocation . Ce terme à connotation religieuse a ici son importance. Il conditionne tout, car on peut ajouter à la

définition du dictionnaire que cette « destination naturelle » oblitère tout le

reste. Inutile d’aller plus loin dans l’aventure si vous n’avez pas cette

flamme qui brûle en vous. Il n’existe ni potion magique ni recette miracle

pour l’allumer à votre place.

Si vous voulez intégrer une unité d’élite, réaliser un exploit sportif ou

fonder une entreprise, cela doit devenir votre unique objectif et rien ni

personne ne doit pouvoir vous en détourner. Ainsi, ce 26 décembre 1994,

quand au dîner j’annonce à mon père que j’ai désormais un but dans la vie,

sa réponse claque comme un coup de fouet :

« Tu veux rejoindre ces gars-là ? Donne-t’en les moyens ! »

Ces gars-là, ce sont ceux du GIGN qui viennent de libérer 229 otages en

montant à l’assaut d’un avion à l’aéroport de Marignane, près de Marseille.

Je comprends illico que je ne pourrai compter que sur moi-même. Mais je

m’enflamme peut-être, car la barre est haute. Aussi, cette nuit-là, je décide

d’établir un plan de bataille pour mener à bien mon projet. Je dois d’abord

me documenter sur l’unité, son histoire, ses faits d’armes et surtout ses

épreuves de sélection. Je m’assieds à mon bureau et j’écris. Réfléchir,

quand on se définit un objectif, ne sert à rien puisque notre cerveau a cette

faculté naturelle de ne pas analyser nos défauts. À l’inverse, écrire nous met

en face de nous-même. Bien sûr, mes critères sont assez basiques puisque je

n’ai que 16 ans, mais ils vont me permettre de conduire ma première auto-

évaluation.

 

Je pense avoir un mental à toute épreuve, mais si je fouille un peu en

écrivant la liste des adversités que je vais devoir affronter, je me rends

compte bien vite que mes certitudes risquent d’être ébranlées par le regard

des autres. En effet, quand j’annoncerai à mes copains que je veux entrer au

GIGN, je trouverai face à moi la masse des jaloux et des envieux. Je les

vois déjà essayer de me ramener dans la fosse commune de la médiocrité.

Je sais que certains tenteront de me décourager tout simplement parce qu’ils

auront peur que ma progression ne me fasse sortir de leur cercle d’amis. Je

pressens également que ce sera la même chose dans mon entourage proche. Pour un membre de ma famille qui me soutiendra, dix m’instilleront le

doute sans forcément s’en rendre compte. Or, la clé de base qu’il faut

toujours garder en tête c’est qu’il s’agit d’un objectif individuel. En cas

d’échec, celui-ci n’impactera que vous. Dans ce cas-là, vous n’aurez droit

qu’aux habituels « Ben nous on le savait, que tu allais te planter ! » en lieu

et place des « Tu as mis toute ta famille dans la mouise pour satisfaire ton

caprice ! ». Rares sont ceux qui vous diront : « Écoute, nous on y croyait

aussi, tu n’as pas de regrets à avoir, tu as tout fait pour y arriver. » C’est la

principale raison pour laquelle les objectifs les plus ambitieux se fixent le

plus tôt possible, bien avant d’avoir une famille à charge.

 

J’écris donc. Je liste mes qualités et mes défauts, au premier rang

desquels je place la susceptibilité. C’est vrai que je réagis au quart de tour à

la moindre remarque. Bien apprivoiser ce défaut pourrait devenir une force

en développant ma réactivité. Il me faudra pour cela savoir entendre la

critique. C’est un aspect de la préparation à ne pas négliger, car elle vous

accompagnera une grande partie du chemin. Quelle que soit la personne qui

vous l’adresse, ami, formateur, camarade de combat, mettez-y un filtre. Ne

la prenez pas pour argent comptant. Ainsi, pendant le stage GIGN, les

sarcasmes dont vous ferez l’objet de la part de vos instructeurs n’auront

pour but que de tester votre motivation. À vous de faire la part des choses et

de ne pas succomber au torrent d’observations négatives dont vous serez

abreuvé. Je verrai des hommes ne pas y résister, alors qu’ils avaient pourtant leur place au Groupe, du moins physiquement. Ils craqueront et

partiront, abandonnant leur rêve alors qu’ils touchaient au but.

Dans la colonne des qualités, je note la persévérance et la sincérité. Cette

dernière me coûtera cher. Pour avoir dit ce que je pensais de leur attitude,

quelques-uns de ceux que je croyais être mes amis me tourneront le dos. Je

décide également de fuir les plaintifs. Cette race-là vous entraîne en

permanence dans le négatif. Je ne suis pas un bon public pour tous ceux qui

se complaisent dans les gémissements. Il faut toujours affronter l’adversité,

quelle qu’elle soit. Je vais avoir besoin d’être entouré de personnes qui ne

véhiculent que des sentiments positifs ! Il me faut donc rallier à ma cause et

à mes ambitions les « bienveillants », ceux sur lesquels je pourrai compter

dans les moments de doute. À ce train-là, je m’aperçois très vite que je vais

me retrouver pratiquement seul. Eh bien, tant mieux ! La solitude, il faut

apprendre à l’apprivoiser et à s’en faire une amie. Croyez-moi, il vous

faudra savoir souffrir en solitaire et en silence et ne compter que sur vous-

même. Les choses changeront quand vous serez admis dans le Saint des

saints, car vous aurez l’assurance que votre vocation sera partagée par tous

et que, parmi vos frères d’armes, il y en aura toujours plusieurs qui seront là

en cas de coup dur.

 

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V OULANT ME FAIRE MÉDITER SUR MON AVENIR et, accessoirement, me donner les moyens de m’offrir un scooter, mon père m’a trouvé cette année-là un job d’été sur l’île d’Oléron. « Tout se mérite, m’a-t-il dit,

travaille donc pour te le payer ! »

L’un de ses collègues profs, Monsieur P., qui possède une petite société

de location de bicyclettes, m’a ainsi proposé de venir en juillet-août afin de

distribuer les vélos à ses clients le matin et de les remettre en état l’après-

midi. Le tout payé au SMIC, heures supplémentaires en sus, logement sous

la tente au camping local. Le rêve ! Ça c’est la théorie, passons à la

pratique.

Nous sommes deux à faire tourner la boutique. Mon collègue est un

jeune mécano qui répare non-stop les malheureuses machines ruinées par les touristes. C’est hallucinant de voir à quel point les gens ne prennent

aucun soin des vélos qu’ils louent. Dans leur esprit, la casse fait partie du

prix de location. Entre les jantes pliées par les sauts de trottoirs et les

dérailleurs forcés, le travail ne manque pas. D’ailleurs, impossible de

fermer à 18 heures si l’on veut que les bicyclettes soient prêtes pour l’afflux

de vacanciers matinaux. Si l’on ajoute à cela que nous sommes en plein

Tour de France en ce mois de juillet et qu’en chaque touriste sommeille une

âme de coureur qui s’ignore, pas étonnant qu’ils soient nombreux chaque

matin à aller se mesurer au redoutable dénivelé de l’île d’Oléron ! En

attendant, nous, on est surbookés ! Mais mon collègue et moi avons une

mentalité de crève-la-faim, et nous accumulons les heures supplémentaires

sans rechigner. Arrive le jour divin de la distribution de la fiche de paie de

juillet et, là, c’est un autre discours que nous sert ce bon Monsieur P. Avec

l’air d’un patron du CAC 40 annonçant une baisse des dividendes à ses

actionnaires, il nous éclaire sur notre avenir financier.

« Les gars, c’est compliqué… Je ne vais pas vous mentir, les chiffres

sont mauvais. Je vais faire un effort en vous payant au SMIC, mais je ne

vais pas vous payer vos heures sup, vous les récupérerez sur le mois

d’août ! »

J’accuse le coup, mais je ne dis rien. Je vois bien que son commerce

marche du feu de Dieu et qu’il cherche à gonfler sa marge sur notre dos. Le

dernier week-end de juillet, je passe à la maison pour changer mon linge et

j’en profite pour faire calculer par ma mère mon décompte d’heures. Elle

est comptable et manie les chiffres comme un croupier battrait les cartes.

« Tu as fait tellement d’heures supplémentaires qu’il ne te reste que

quatre jours à travailler pour avoir l’équivalent de deux mois de salaire ! »

Mon père pressent que la longue amitié qui le lie à ce collègue va bientôt

s’éteindre.

« Philippe, je bosse avec lui, il ne faudrait pas que ça se passe mal. Vas-y

doucement, ne le brusque pas et fais-moi signe si la situation s’envenime, je

l’appellerai. »

J’acquiesce, mais pour moi la messe est dite. Monsieur P. va devoir

ouvrir son tiroir-caisse. D’autant plus que j’apprends que son épouse, elle

aussi, a un magasin florissant sur l’île. Je repars et le lundi matin, dès que

mon négrier pointe sa bonne tronche au milieu des bécanes dévastées par un

week-end sans entretien, je l’entreprends.

« Monsieur P., j’ai fait le calcul, il me reste quatre jours à travailler !

J’arrête donc à la fin de la semaine et vous, vous allez me payer mon salaire

d’août intégralement ! »

Plus de son, plus d’image. Monsieur P. reste sans voix et cherche ses

mots. Oh, je sais ce qu’il pense, l’esclavagiste : Voilà un ado que

j’embauche pour rendre service à son père et je me retrouve avec le leader

de la CGT ! Ben non, t’as pas compris, Monsieur P. ! Un contrat est un

contrat et le tien, crois-moi, tu vas le respecter. Ça y est, il revient à lui !

« Ah non, non, non ! Ce n’est pas comme ça que ça se passe ! Tu fais ton

mois, tu ne fais pas d’heures sup, et je te paierai le SMIC fin août.

 

– Vous n’avez pas compris, là… Vous allez me payer ce que vous me

devez comme convenu. Je m’attendais à 8 000 francs et j’en ai eu à peine la

moitié. Donc on apure les comptes !

– Je connais ton père…

– Cela n’a strictement rien à voir ! On avait un accord, vous devez le

respecter !

– Ton accord, tu peux t’asseoir dessus !

– Bien, dans ce cas je vais vous dire ce qui va se passer. Votre femme a

un magasin en ville, j’y vais et je prends la caisse, là tout de suite ! Alors,

qu’est-ce qu’on fait ? »

Sur ce, sans hésitation, j’enfourche un vélo – pensez donc, un braquage à

vélo, cela aurait eu de la gueule ! – et je me prépare à partir. Monsieur P.

agite les bras.

– C’est bon, je te paie ce que je te dois, mais tu n’auras aucune heure

supplémentaire en août. »

Pas de souci, car chaque soir j’arrête à l’heure légale, pas une minute de

plus. Il m’a collé à repeindre toute sa flotte de vélos en jaune, une

provocation à laquelle j’ai fièrement répondu en lui chantant Le

Poinçonneur des Lilas toute la journée. J’y remplaçais d’ailleurs « des

petits trous » par « des vélos jaunes »…

Quelle que soit la qualité de celui qui a signé un engagement avec vous,

n’éprouvez aucune faiblesse à le faire respecter. Moi, j’ai retenu la leçon.

Cela dit, il n’a plus jamais fait appel à moi, l’ingrat !

 

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À L’ISSUE DE CES VACANCES, j’inscris mes objectifs sur une feuille de papier : m’inscrire dans un club de boxe pieds-poings (full-contact), obtenir mon bac scientifique pour prouver que mon cerveau n’est pas une

coquille vide, faire mon service militaire afin de connaître l’armée et, enfin,

entrer au GIGN. Au bas de la feuille, j’ajoute ce qui pourrait ruiner mes

efforts : « quelques bagarres au lycée1 », qui font tache dans mon dossier.

Pourquoi la boxe ? J’ai pratiqué le karaté pendant mon adolescence, mais

cet art martial n’autorise aucun contact physique. Moi, il me faut de la

percussion ! C’est la raison pour laquelle je préconise pour tous les

candidats à une unité d’élite un sport de combat autorisant le contact.

D’ailleurs, lors des tests de sélection, le candidat sera notamment jugé sur

un affrontement s’apparentant au MMA ou au jiu-jitsu brésilien avec coups

à volonté.

Du haut de mes 16 ans, je crois avoir fait le tour des difficultés que je

vais devoir affronter. L’objectif est désigné et le chemin tracé. J’omets juste

un détail, qui s’appelle le doute. Pour moi, à cette époque, ce sentiment

étrange n’a pas cours lorsqu’on est un opérationnel confirmé. Mais il peut

se rencontrer tout au long d’une phase d’apprentissage. Nous avons vu que

la critique pouvait, si on s’y laissait prendre, générer une perte de confiance

en soi. Mais il n’y a pas pire incertitude que celle que l’on s’inflige à soi-

même.

 

Trois ans plus tard, peu de temps avant mon incorporation au 1er RCP, je

participe à la demi-finale des championnats de France de full-contact. Les

rencontres se déroulent à Nantes dans un immense gymnase. Lorsque

j’entre dans les vestiaires, mes concurrents sont déjà là. Deux d’entre eux

au moins sont mes futurs adversaires, car j’exclus de ne pas aller en finale.

Quand je les dévisage, tout bascule ! Je vois au moins trois têtes de tueurs

autour de moi. Si j’ai encore une tronche de poupon, eux ont déjà les arcades défoncées, le nez cassé plusieurs fois et le visage couturé de

cicatrices. Aucun ne me serre la main. Ces types sont déjà dans le combat.

Quand je pénètre enfin dans la salle pour la demi-finale, c’est pire.

Suivi de mon coach, j’avance vers le ring qui s’offre à la vue de

plusieurs centaines de personnes. Mon adversaire n’est pas là. Il se fait

attendre telle la star locale. Pour meubler ce vide, l’arbitre me fait

remarquer que je viens en demi-finale avec des gants Décathlon. Sacrilège !

À cette époque, porter de tels gants vous vaut le statut de débutant. Aux

premiers rangs, le public se fout de ma gueule et rigole à qui mieux mieux.

Tout à coup, la musique retentit et les lumières s’éteignent. Un type

encapuchonné arrive alors, faisant des moulinets rapides, la silhouette

éclairée par un projecteur de poursuite. On se croirait dans un Rocky !

Le doute survient aussitôt. Ai-je bien ma place ici ? Les autres ont l’air

d’avoir un niveau bien supérieur au mien…

Il me rejoint et salue le public, qui l’acclame. Il enlève son peignoir. Oh,

putain ! Il est taillé, ce con ! Moi je suis toujours en T-shirt. Mon coach me

voit hésiter.

« Qu’est-ce qu’il y a ? C’est parce qu’il est musclé ?

– … Oui !

– On s’en fout de ça ! Tu crois que ce sont les muscles qui font la

différence ? Et puis tu es aussi baraqué que lui ! Enlève-moi ce T-shirt,

bordel ! »

Je m’exécute sous le regard de mon adversaire. Maintenant, il se frappe

la tête avec les gants, histoire de me faire comprendre qu’il ne craint pas les

coups. Je sens que le mec a la rage et que son coach l’encourage en lui

tapant dans le dos.

Bang ! Le gong résonne. C’est parti ! Moi, je fais comme à

l’accoutumée : gauche deux fois, droite, coup de pied circulaire dans les

côtes… Le type ne bronche pas. Le doute a instillé son poison. Sans même

que je m’en rende compte, je n’y crois plus. Mes frappes sont molles,

téléphonées, et mon adversaire évite facilement mes coups. Trois secondes

avant la fin du premier round, je reçois ! Une droite en plein menton qui me

fait vaciller. L’étincelle bleue, celle du KO, vient de briller dans mon

cerveau. La foule hurle, sûre de me voir m’écrouler. Instinctivement, je

monte ma garde, mais tout tourne autour de moi, je vais tomber. Bang ! fait

le gong. Je titube en regagnant mon coin. Là, j’entends la voix du coach.

« Eh ! Repose-toi un peu. Mais quand le combat reprendra, tu auras dix

secondes pour le mettre KO, sinon c’est mort, c’est lui qui va te coucher !

Qu’est-ce que tu as foutu ? Tu as le niveau pour le pulvériser, mais tu ne

frappes pas ! Depuis que l’on se connaît, tu n’as jamais eu besoin d’aller

jusqu’au deuxième round, tu les as tous envoyés au tapis avant ! Dix

secondes, tu auras dix secondes ! »

Je me remets sur mes jambes et avance vers mon adversaire. Il est hors

de question de mettre un genou à terre, je veux vaincre ! Brutalement, les

images de Rocky à la dérive sur son ring me traversent l’esprit. Alors que

tout semblait perdu, il a relevé la tête et marché sur son adversaire. Moi

aussi, je veux survivre ! Je ne suis plus le même, fini le doute. Là, je cogne

pour de vrai ! Je redouble mes coups, très fort, comme si je voulais

transpercer l’homme en face de moi sur le ring. Crochets à la tête, au foie,

uppercuts au visage… Tout à coup, du coin de l’œil, je vois une serviette

rouge passer. C’est son coach qui jette l’éponge. Je m’en fous, je continue

le massacre jusqu’à ce que l’arbitre vienne m’enserrer de ses bras et me

gueuler dessus. À ce moment-là, je n’étais plus un sportif, mais un

gladiateur qui jouait sa vie.

Mon adversaire partira sur une civière. Moi, c’est sous la douche que je

m’évanouirai, avant de me réveiller plus tard allongé sur un banc. J’ai boxé

avec la rage, mais j’étais bel et bien KO à la fin du premier round. Si j’ai

continué le combat dans cet état, c’est parce que mon coach m’a entraîné de

multiples fois à supporter des grêles de coups jusqu’à en être KO debout. Et

c’est à cet instant qu’il se mettait à hurler : « Reste sur tes jambes, monte ta

garde et protège-toi ! Ta lucidité va revenir ! » Ce jour-là, le discours du

coach m’a ôté le doute que je m’étais moi-même infligé, tandis que les

heures passées sur le ring à me préparer pour ce combat ont fait le reste. Ce

discours, j’aurais dû me le tenir intérieurement en demeurant dans ma bulle,

sans me laisser influencer par mon environnement. Douter, c’est se mettre

soi-même en situation d’infériorité. Ce jour-là, Rocky, dont je regardais

toujours quelques passages avant un combat, est venu me tendre la main au

pire moment. La référence vaut ce qu’elle vaut, mais il est toujours bon

d’en avoir une en mémoire.

Lors de ma première auto-évaluation, le soir du 26 décembre 1994, je

n’ai pas pensé un seul instant, hormis mon entraînement à la boxe, à une

préparation physique plus générale. Et pourquoi donc ? Je suis jeune, sportif, il ne devrait donc pas y avoir de souci. Je sais que le premier des

sports pratiqués dans l’armée – et les gendarmes sont des militaires –, c’est

la marche. Basique, hein ! On marche dans toutes les unités d’élite du

monde parce que la marche c’est l’endurance et la rusticité. Une grande

partie des infiltrations et des exfiltrations se font à pied et le plus souvent de

nuit. Il faut donc au plus tôt s’entraîner aux déplacements à pied avec des

charges lourdes. Cette activité ne devrait pas me poser de problème puisque

je pratique la randonnée depuis l’âge de 9 ans avec mon père. Mais là où le

bât blesse, c’est pour la course à pied. Je n’aime pas cela, mais alors pas du

tout. Or, à travers mes nouvelles lectures, j’apprends que le footing fait

partie de l’entraînement quotidien. Confiant dans mes capacités physiques

qui suffiront bien à me faire trottiner quelques kilomètres, je décide de faire

l’impasse sur ce sport pour lequel je n’ai aucune appétence. Grave erreur !

Vous découvrirez plus loin que je vais le payer très cher quelques années

plus tard.

 

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1. Voir GIGN, confessions d’un ops, Philippe B., avec Jean-Luc Riva (Nimrod, 2019).

Évaluation de ma détermination

 

QUESTIONS SUR MA VOCATION

► Suis-je prêt à me remettre en question à tout moment, car mon projet

demande l’excellence ?

► Suis-je prêt à servir au péril de ma vie pour préserver celle

d’inconnus ?

► Suis-je prêt à être très grièvement blessé et à tomber dans l’oubli ?

► Mon engagement sera-t-il compatible avec une vie de famille ?

► Suis-je prêt à accepter la souffrance au-delà de ce que j’estime être

du domaine du raisonnable pour atteindre mon objectif ?

 

Auto-analyse

 

CE QUE JE PENSE DE MOI :

Évaluation de mes qualités et de mes défauts

 

CE QUE LES AUTRES PENSENT DE MOI :

Du plus proche (amis, famille) à la simple connaissance

Du plus impartial au plus jaloux

 

LEURS CRITIQUES SONT-ELLES OBJECTIVES ?

Je les prends en compte en partant du principe qu’il n’y a pas de fumée sans

feu

Évaluation de mon potentiel

 

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Synthèse du chapitre 1

 

CONNAISSANCE DE MON OBJECTIF. Exemple : si je veux intégrer une unité

d’élite, je dois tout connaître de ses caractéristiques, traditions, mode de

sélection, équipements, missions, entraînement. Je dois être capable de

donner le nombre et le nom des opérateurs morts en mission et à

l’entraînement.

 

EST-CE DU DOMAINE DU POSSIBLE POUR MOI ? SUIS-JE APTE SUR LE PLAN

MÉDICAL ? J’ai défini mon objectif, mais jusqu’où suis-je prêt à aller pour

l’atteindre ? Quel niveau de sacrifice suis-je prêt à consentir pour y

parvenir : vie de famille, amis, loisirs, confort… Ce niveau est-il en

adéquation avec l’objectif que je me suis fixé ?

 

EN SUIS-JE CAPABLE MENTALEMENT ET PHYSIQUEMENT ? Qu’est-ce qui peut

me freiner ou m’en empêcher ? Je fais le point sur mes qualités et mes

défauts et je constate qu’aucun ne constitue un frein réel à ma progression

vers le but que je me suis fixé. Attention, des qualités peuvent se

transformer en défauts durant certaines phases. La bienveillance, par

exemple, peut se retourner contre moi lors des périodes d’élimination au

cours desquelles je suis en concurrence avec d’autres candidats – donc ne

pas avoir trop d’empathie. Certains défauts tels que l’individualisme ou la

vanité sont rédhibitoires et peuvent entraîner une élimination sans coup

férir. Les individus ayant un fort ego sont acceptés, les divas sont rejetées !

JE FAIS LE POINT SUR MES PHOBIES : claustrophobie, peur du vide, etc.

 

AI-JE BIEN LA VOCATION ? JUSQU’OÙ SUIS-JE PRÊT À ALLER ? Il ne fait aucun

doute que mon choix va m’amener à côtoyer la mort, c’est-à-dire qu’il me

faudra être prêt à la recevoir et à la donner. Mais il me faut aussi envisager

la blessure, celle qui vous cloue dans un fauteuil roulant et qui, après la

poignée de main d’un ministre, vous laisse seul avec votre poche à merde,

oublié de tous.

 

QUELS SERONT MES SOUTIENS ? QUEL SERA MON ENVIRONNEMENT ? SERA-T-IL

FAVORABLE OU DÉFAVORABLE À MON OBJECTIF ? Je dois faire un tri dans mes

relations, de telle sorte que seules continueront à m’entourer les personnes

qui auront sur moi une influence positive. En effet, je vais subir de multiples pressions familiales et amicales qui voudront me faire renoncer à

mon projet au motif que « Tu n’es pas fait pour ça… C’est dangereux…

T’es pas bien là, avec nous ?… Tu vas bousiller ta jeunesse », etc. À moi

d’évacuer les amis qui souhaitent mon échec pour des raisons diverses, et

d’expliquer aux membres de ma famille que je suis déterminé et que rien ni

personne ne me fera changer d’avis. Ceux qui m’aiment, il faudra que je les

rallie à ma cause car il me faudra avancer en équipe et ce sont eux qui me

donneront le coup de boost nécessaire dans les moments de doute.

 

MA PRÉPARATION PHYSIQUE ET MENTALE. LES MOYENS MIS EN ŒUVRE. QUEL

VA ÊTRE MON CHEMINEMENT PROFESSIONNEL ET PERSONNEL ? Avant toute

chose, un contrôle médical s’impose. Tout d’abord pour m’assurer que je

suis en bonne santé et capable d’affronter un entraînement qui, au fil des

années, s’avérera de plus en plus difficile, mais également pour avoir la

certitude de ne pas souffrir d’un problème de constitution qui me ferait

déclarer inapte lors de la visite de contrôle prévue pendant les tests de

sélection. Rien de plus désastreux pour le moral que de se préparer pendant

de longues années pour se voir déclarer inapte en raison d’un problème que

personne n’avait décelé jusque-là. Vous découvrirez au fil des pages

suivantes le processus de préparation physique. Mais un seul conseil

auparavant : ne prenez jamais aucun produit pour améliorer vos

performances. Au GIGN, les instructeurs détectent très rapidement ceux qui

utilisent de telles substances. C’est facile, car leurs performances sont en

dents de scie. Vous pouvez vous autoriser quelques protéines et autres

compléments alimentaires, mais rien de plus ! Au début, essayez d’être

accompagné lors de vos entraînements afin de prévenir tout accident.

Effectuez plusieurs marches afin d’identifier les emplacements de

frottements qui pourraient survenir, en particulier au niveau des pieds. Une

fois les endroits d’échauffement reconnus, placez-y des straps de type

Élastoplast avant de commencer votre entraînement. De l’état de vos pieds

dépendra votre aisance dans le processus de sélection. Quant à

l’équipement, ayez toujours à l’esprit que vous devez rester rustique. Il est

donc inutile d’investir dans du matériel superflu pour s’entraîner.

 

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