Féral : cette force qui existe en nous

Partie 3 : Ma vie d’après

OceanofPDF.com

Chapitre 14

 

« Vis ! Ce qui est vraiment bon, c’est de se battre avec

persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec

classe et vaincre en osant parce que le monde appartient à

celui qui ose ! La vie est beaucoup trop belle pour être

insignifiante ! »

Charlie Chaplin

 

J e dissimule et je simule. Après mon opération aux cervicales, je mens en disant que tout va bien et en essayant de faire comme si rien n’était jamais arrivé, mais j’avale quantité de médicaments pour atténuer les

douleurs qui surgissent à l’improviste. Les médecins du Groupe ne sont pas

dupes mais, alors qu’ils auraient pu exiger visites et contre-visites, ils

décident de suivre l’avis du spécialiste parisien qui m’a déclaré « apte avec

un retour très progressif à l’emploi opérationnel ». Seule obligation qu’ils

m’imposent : celle de porter à l’entraînement un casque un peu plus léger

que les autres.

À la rue il y a un an, je suis maintenant revenu dans le peloton de tête et

mes performances s’améliorent de jour en jour. Si j’en suis là, c’est grâce au

GIGN, qui m’a aidé à me reconstruire sans jamais me mettre la pression. Je

profite intensément de chaque jour passé avec les hommes en bleu, je me

donne à fond dans chaque mission, car le décompte a déjà commencé. Je

vais vivre pleinement ces cinq ans au cours desquels les interventions se

succéderont à un rythme effréné, entrecoupées de missions dans des pays à

risques, Irak – où je serai blessé – et Libye 1. Je continue à sauter en

parachute avec le groupe de chuteurs opérationnels, redoutant à chaque fois

les chocs à l’ouverture et à l’arrivée au sol. Chez nous, la majorité des

exercices aéroportés se font avec des charges lourdes et passer en cinq

secondes de 200 à 20 kilomètres/heure avec 60 kg de matériels n’est pas

vraiment recommandé pour des cervicales en mousse comme les miennes !

 

Au GIGN, les aptitudes acquises ne sont jamais définitives. Vous devez

sans cesse montrer que vous êtes toujours au top dans toutes les activités

qui font le quotidien des ops de l’unité. Aérocordage, explosifs,

franchissement, cent fois j’ai titillé l’extrême limite avec la crainte d’une blessure. Mais pendant ces cinq années, le dieu des guerriers a veillé sur

moi pour ne m’abandonner qu’une seule fois en Irak, mais c’était mérité !

Revenir au meilleur niveau opérationnel et y rester n’est plus mon

unique objectif. Je dois préparer le coup d’après, celui où je passerai pour la

dernière fois la porte de la caserne Pasquier et me retrouverai face au vide

de l’existence. La reconversion d’un ops peut être problématique, voire

carrément casse-gueule. Retourner au quotidien d’une brigade territoriale

ou à celui d’un escadron de gendarmerie mobile n’est pas le choix de la très

grande majorité d’entre nous. La sélection, notre formation et notre vécu

ont fait de nous des êtres à part dont le commandement s’apparente à de la

microchirurgie. Notez que certains s’accommodent très bien d’un retour aux

sources, mais ils restent le nombre epsilon de la statistique.

Une affectation dans une antenne GIGN est certes beaucoup plus

motivante, mais après des années passées au GIGN, le vrai !, ce n’est pas la

majorité des choix non plus. Pour beaucoup, c’est en général une nouvelle

carrière dans une vie civilo-militaire puisque nos compétences sont prisées

et recherchées dans le vaste monde de la sécurité de haut niveau et de la

protection. J’ai d’ailleurs été contacté dès l’annonce de mon intention de

quitter le GIGN afin d’intégrer un groupe de dimension internationale pour

y occuper un poste à l’étranger. Mais là n’était pas mon chemin.

Je me suis alors retourné vers mon carré de fidèles, ceux qui me suivent

depuis le début et qui m’ont accompagné dans les bons et les mauvais

moments. Ils sont toujours présents, les Ben, mes compagnons d’enfance

Julien et Karim Clémenceau, pour eux aucun doute, mon choix est le bon.

À ces amis du premier cercle s’ajoutent quelques frères d’armes du GIGN.

Quand je leur fais part de mon projet, c’est l’incrédulité totale.

« Phil, t’es pas sérieux, là ? »

J’ai beau tenter de les convaincre, la mayonnaise ne prend pas. Essayez

donc d’annoncer à vos amis que vous voulez être acteur ! Vous verrez qu’il

y a de fortes chances pour que vous essuyiez une franche rigolade en guise

de réponse. C’est à ce moment-là que le tri se fait entre les déterminés et les

autres. Accorder de l’importance à ceux qui vous prédisent l’échec vous y

mène tout droit. Leur réaction est cependant compréhensible, rien ne relie le

GIGN au métier d’acteur – du moins au premier abord… Je décide alors de

tout leur dévoiler.

« J’ai déjà commencé ! Cela fait six ans que j’y pense sérieusement,

depuis 2011 ! »

C’est vrai. Se lancer dans cette carrière peut sembler fou, il s’agit

pourtant d’un acte mûrement réfléchi auquel j’apporte autant de soin dans

sa préparation que je l’ai fait pour passer les tests du GIGN. Être acteur,

c’était mon rêve d’enfant. Bruce Lee, Schwarzenegger, Belmondo et bien

d’autres sont les idoles de mon adolescence. Au GIGN, j’avais d’ailleurs

une bande patronymique (celle que l’on accroche sur le treillis) au nom de

Josselin Beaumont, le personnage joué par Belmondo dans Le

Professionnel ! Cela avait été mon choix spontané quand, à la sortie de la

période de formation, nos chefs nous avaient demandé de ne jamais afficher

nos véritables noms sur nos tenues. Pour autant il me reste du chemin à

parcourir pour réaliser ce rêve.

Cette vocation, car pour moi c’en est bien une, exige une remise en cause

totale. Je décide donc d’appliquer le même processus que celui qui m’a

conduit à intégrer le Groupe. Mais les critères ne sont plus les mêmes.

Aujourd’hui, j’ai deux enfants et ma famille est installée. Mon choix les

entraîne dans l’aventure, mon échec serait aussi le leur et pourrait mettre

mon couple en péril et ma famille à la rue ! Ma situation financière est très

loin d’être bonne, en raison de mauvais choix immobiliers. Je dois

m’évaluer de la manière la plus objective possible, comme je l’ai fait pour

me préparer au GIGN. Je dois savoir si ma détermination à atteindre ce

nouveau but est bien réelle, si je ne suis pas en train de m’enflammer pour

une chimère pour laquelle je n’ai aucune disposition. Mon épouse, comme

elle l’a fait pour mon entrée au GIGN, est la première à m’encourager dans

cette nouvelle voie. Elle l’a fait dès le début, dès 2011, en m’incitant à

profiter de chaque opportunité pour rencontrer ce milieu du cinéma qui

m’attire tant. J’ai suivi son conseil, prenant quelques contacts quand

l’occasion se présentait, pour me « frotter » à ce monde dont je ne

connaissais rien.

À cette époque, chaque week-end où je suis libre ou lors de mes

permissions, je fréquente les plateaux de tournage. Cela me vaudra un petit

rôle dans le film Forces spéciales, un rôle de figuration bien sûr, mais cela

me permet de mettre un pied dans la porte et d’observer d’un peu plus près

« la grande famille du cinéma ».

Pas terrible !

En fait de famille, j’ai plutôt l’impression d’assister à un assemblage de

circonstance de plusieurs individualités dont certaines me semblent avoir un

ego nettement surdimensionné ! Même si c’est quelque chose que j’ai déjà

vu ailleurs que sur un plateau de tournage, il règne dans ce milieu une

ambiance de « chacun pour soi » exacerbée, mais quoi de plus normal pour

un métier où le comédien « joue sa peau » à chaque casting ? C’est la

sélection la plus impitoyable qui soit. Vedettes bankable exceptées, tout le

monde y passe. Combien en ai-je fait, de ces maudits castings ? Jusqu’à

l’écriture de ce livre, plus d’une centaine pour, au final, n’être retenu que

cinq ou six fois ! C’est un moment où il faut savoir accepter la désillusion,

elle fait partie du job. Parmi ceux que j’ai réussis à mes débuts, celui de

Détective pour M6 et une figuration dans Arès, une série reprise ensuite par

Netflix. Mais ces petits succès n’occultent pas les manques qu’il me faut

combler si je veux progresser.

 

___________________

 

Q uand je procède à mon évaluation, il me faut bien admettre qu’hormis ces quelques expériences, je ne peux pas encore cocher la case « apprentissage ». Avoir une bonne tête et venir du GIGN ne suffit

évidemment pas à faire de moi un acteur, il me faut travailler d’arrache-pied

si je veux pouvoir lutter à armes égales avec mes concurrents. C’est un

métier où la gestuelle du corps et la maîtrise de la voix sont essentiels.

Aussi, les soirs où je ne suis pas d’alerte au GIGN, je file aux studios

Pygmalion à Montrouge pour assister aux cours du stage « Face à la

caméra ». De nombreuses vedettes du cinéma ont suivi ce même chemin :

Sophie Marceau, François Cluzet, Marion Cotillard et bien d’autres.

Philippe Bonnier est un cadreur-scénariste expérimenté qui a été le directeur

photo de La Mentale.

Avec lui, j’apprends la grammaire cinématographique, le placement

devant la caméra, le mouvement, l’intensité du jeu, le regard, l’influx, la

concentration, etc. Je suis le premier étonné de voir que les années passées

au Groupe m’aident énormément. Au GIGN, j’ai appris à mémoriser, à ne

pas me déconcentrer dans des situations tendues et à hiérarchiser les

urgences. Pour être complet sur ce sujet, je dois ajouter que je sais aussi me contenter de peu et ce dernier point aura son importance plus tard car, dans

ce métier, le réalisateur et son staff passent une bonne partie de leur temps à

gérer les caprices de divas. Et ce sont souvent les jeunes acteurs qui se

révèlent les plus pénibles !

Partout où j’irai, j’appliquerai ce qui était mon quotidien au Groupe. On

se salue tous, on s’écoute et on se respecte. Peu à peu j’arrive à maîtriser

mon placement devant une caméra et à jouer avec l’objectif tout en récitant

du texte. Un soir vient ma récompense. Alors que nous sommes tous les

deux en train de regarder les scènes tournées dans la journée, Philippe

Bonnier me dit, en voyant mon visage à l’écran :

« Ça, c’est une gueule de cinéma… »

Pas grand-chose, me direz-vous, mais ces mots me boostent. Et j’en ai

bien besoin, car je suis en pleine période de doute. Eh oui, cela m’arrive

aussi ! Je prends des cours à chaque fois que je le peux et j’ai énormément

de mal à me projeter dans cette nouvelle vie. Plus j’avance et plus il

m’apparaît que l’objectif s’éloigne, tant tout y est aléatoire. Les camarades

que je croise aux studios Pygmalion courent le cachet, ne sachant trop de

quoi demain sera fait. J’ai besoin de faire le point et d’être rassuré sur mon

choix.

Pour entrer au GIGN, il faut passer des tests et suivre la formation, le

cinéma c’est beaucoup plus nébuleux et je n’aime pas ça. Je m’accroche en

suivant un nouveau stage avec Philippe Bonnier. Les rencontres avec les

acteurs professionnels se multiplient et me permettent de me jauger. En fait,

même si je me sens de plus en plus à l’aise dans ce milieu, l’avenir

m’inquiète.

En 2015, je suis remarqué par plusieurs agences de modèles tels Wanted,

Dynamite, Alter Ego, qui me font travailler pour des campagnes

publicitaires. Je participe à quelques castings, mais sans grand succès. Ne

pouvant tourner que lors de mes périodes de congés, l’offre est forcément

restreinte ! Mais je continue à y croire et à aucun moment je ne baisse les

bras. Les professionnels qui m’entourent chez Pygmalion m’encouragent en

m’assurant que j’ai ma place dans ce métier, à condition de savoir quoi y

faire.

« Postule pour des rôles qui te conviennent, et ce ne sera pas

nécessairement le côté brute épaisse ! », me disent-ils.

Gonflé à bloc, je repars de plus belle en préparant un plan d’action pour

l’année qui va suivre mon départ du Groupe. En attendant, Paul Périer me

remarque et me fait jouer dans un court et dans un long métrage, Une sale

mort et Museum Créatures (titre provisoire). Avec lui, j’en apprends

beaucoup sur ce que doit être le jeu de l’acteur et l’investissement que

celui-ci doit mettre dans la préparation du personnage qu’il va interpréter.

 

On me demandera un jour de prendre 15 kg et d’avoir un ventre flasque

et rebondi juste pour un teaser de film ! Deux mois et demi de

transformation physique pour deux journées de tournage. Vous ne

soupçonnez pas la quantité astronomique de hamburgers dont je me suis

goinfré pour parvenir à ce résultat. Il m’a fallu deux autres mois pour les

perdre, avec un régime à base de viande blanche (poulet, dinde) et de

haricot vert uniquement !

Mais c’est la règle dans ce métier, l’acteur, quel qu’il soit, doit se plier

aux exigences du réalisateur. Quand vous pensez que pour jouer le Joker

dans le film de Todd Phillips, Joaquin Phoenix a perdu 23 kg ! Et qu’il a

étudié assidûment tous les médicaments pris par le personnage pour en connaître les effets secondaires afin d’adapter son interprétation au plus

juste. C’est là aussi une question à se poser lors de l’évaluation : Jusqu’où

suis-je prêt à aller pour incarner un personnage ? Il y a dans ce métier un

sens de l’engagement, différent bien sûr de celui que l’on peut trouver dans

une unité spéciale, mais qui a sa propre échelle de valeurs. Quand vous,

spectateur, vous vous enthousiasmez pour un film ou pour une série, c’est

parce que vous jugez que les acteurs ont été « crédibles » et qu’ils se sont

investis à fond dans leur personnage.

Certains vont parfois trop loin. Si l’on reprend l’exemple du Joker – je le

cite volontiers, car tout le monde a vu au moins une fois un Batman dans sa

vie –, l’une des vedettes du rôle, Heath Ledger, s’y est perdu. Pour préparer

le film The Dark Knight, il tenait un journal très détaillé dans lequel il notait

tous les éléments qui l’inspiraient pour jouer ce rôle, comme des images et

des sons d’hyènes dont il étudiait le cri pour le rire du Joker. Juste avant le

tournage, il s’est enfermé dans une chambre d’hôtel pendant un mois, ne

dormant que deux heures par nuit et s’entraînant sans relâche pour trouver

la gestuelle exacte correspondant au personnage tel qu’il l’imaginait. « J’ai

fini par atterrir dans l’univers d’un psychopathe, qui n’avait pas

conscience de ses actes. Un sociopathe absolu, un clown au sang froid et un

tueur de masse… Rien ne l’intimide, et tout est une grosse blague pour

lui », disait-il. Sans que l’on puisse établir un lien de cause à effet avec son

interprétation jusqu’au-boutiste du Joker, on le retrouvera mort dans son

appartement en raison d’une surdose médicamenteuse, le corps entouré de

reliques du film.

Décédé avant même la sortie officielle de celui-ci, c’est sa famille qui ira

récupérer l’Oscar posthume gagné avec The Dark Knight.

 

___________________

 

J e suis très loin de ces préoccupations sur ce que doit être le métier d’acteur quand je rencontre Alain Figlarz. C’est un chorégraphe de scènes d’action et un acteur talentueux, célèbre pour sa série L’Insider qui a

fait découvrir au grand public les forces spéciales du monde entier. Cela se

fait lors de la première édition du « Fittest Cop », une compétition de fitness organisée par des policiers bénévoles, destinée à lever des fonds au profit de

l’enfant du couple de policiers assassiné à Magnanville. Entre nous, le

courant passe immédiatement et il me présente à Luc Besson, qui prépare le

casting de son prochain film, Anna. Me voilà engagé, une nouvelle aventure

commence. Bien sûr il ne s’agit là que d’une apparition, mais c’est à chaque

fois une marche de franchie.

C’est aussi un grand monsieur du cinéma aujourd’hui disparu, Jean-

Pierre Mocky, qui s’intéresse à moi et me fait tourner dans deux de ses

longs métrages, Vénéneuses et Votez pour moi ! J’arrive à ma dernière

année de présence au GIGN et le saut dans l’inconnu se profile. On m’a

souvent demandé s’il était difficile de quitter une telle unité. La réponse est

double, c’est effectivement compliqué sentimentalement, car on ne sort pas

indemne de toutes ces années. Les épreuves passées ensemble ont forgé,

malgré nos différences, une communauté de frères d’armes. Leur dire adieu

est un déchirement, mais l’objectivité m’amène à conclure que la chose est

inéluctable.

Vient alors le passage au bureau « Reconversion » de la gendarmerie.

C’est une des spécificités de l’Arme que d’aider ceux qui la quittent à se

réinsérer dans la vie civile au moyen d’une aide financière destinée à payer

les frais de formation de votre futur emploi. Et je sais qu’avec ma seule

retraite et mes crédits à rembourser, j’aurai du mal à financer la dizaine de

cours qu’il me reste à suivre. Après un passage chez l’assistante sociale

devant laquelle j’expose ma situation financière, c’est la démarche assurée

que je me présente devant deux charmantes dames auxquelles j’explique, le

sourire aux lèvres, que ma destinée prochaine, c’est d’être acteur. Pensez

donc, acteur ! Et pourquoi pas astronaute ? C’est bien aussi, astronaute !

Les yeux de mes interlocutrices s’écarquillent tandis qu’elles cherchant en

vain cette profession dans le catalogue des postes pouvant prétendre à une

aide à la reconversion.

« Je l’ai pas, acteur… Je l’ai pas… Ce n’est pas référencé… Tu l’as, toi ?

– Non plus… Ah ! J’ai trouvé !

– Quelle référence ? », demande celle qui traduit l’avenir des personnels

en nomenclature. L’autre balance un chiffre qui la fait plonger tête la

première sur son écran :

« Ah, mais ce n’est pas acteur, ça ! Ce n’est pas loin, mais ce n’est pas

acteur !, s’exclame-t-elle.

– Non, mais conseiller technique, c’est bien aussi ! », annonce,

triomphante, la découvreuse de talents.

Je les arrête tout de suite. Ce métier est certes intéressant, mais pas ici,

pas en France. Je le sais parce qu’on me l’a déjà proposé. En creusant un

peu, j’ai vite vu qu’à la différence de leurs homologues américains les

réalisateurs français ne prennent pas la peine de préparer leurs acteurs aux

scènes d’action. Inutile de leur expliquer que l’à-peu-près qui y prévaut nuit

à la crédibilité du film, la plupart s’en moquent. Sur un plateau le temps

presse toujours, aussi, bien souvent, l’équipe technique n’exige pas la

perfection nécessaire à un rendu parfait des séquences violentes ou

techniques.

Quand je leur soutiens mordicus que je veux vraiment être acteur, c’est

le désarroi général.

« Alors on ne peut pas vous aider…

– C’est-à-dire ? Pas de cours d’acteur ?

– Non, comme il n’y a pas de stage prévu vous ne pouvez pas prétendre

à une subvention pour votre reconversion. »

Je n’espérais certes pas grand-chose, mais là, j’ai droit à du rab. Pour

finir, celle qui semble cheffer la cambuse m’assène : « Votre projet n’est pas

viable ! »

Fermez le ban ! On n’investit pas sur vous. J’avoue quand même

qu’après plus de vingt ans au service de la Nation, dont plus de quinze dans

une unité où l’on expose sa vie, crédule, je m’attendais à un traitement

différent. Peut-être qu’avec une carrière de gérant de la bibliothèque du

cercle de garnison derrière moi et l’ambition d’une reconversion au rayon

surgelés de Leclerc, j’aurais eu ma chance. Mais là, non ! J’encaisse la

claque sans mot dire – que dire, d’ailleurs ? – mais avec la ferme intention

de ne pas tendre l’autre joue à l’étape suivante.

Je ne peux donc compter que sur moi-même pour assurer la partie

financière de ma reconversion et nous sommes déjà à la fin de l’année

2017. Il n’y a pas le feu au lac, mais presque, car si je veux être prêt à

entamer une carrière d’acteur lors de mon retour à la vie civile en décembre

2018, il faut que je puisse me perfectionner dès maintenant et prendre des

contacts. Pour cela j’ai besoin de temps, et ce n’est pas moi qui suis le

maître des horloges, ce sont mes chefs. Me voici donc frappant à la porte

des services administratifs du GIGN pour voir si, à tout hasard, j’aurais un reliquat de quelques jours de permission. Le gendarme fouille mon dossier

et m’annonce, avec un sourire en coin :

« 180 !

– Quoi, 180 ?

– Tu as 180 jours de perm à prendre ! Une demi-année ! » J’avais

complètement oublié le rythme de travail au Groupe, les congés et les

week-ends à l’étranger et en intervention. Le temps passé sur le terrain n’est

pas rémunéré en heures supplémentaires, nous sommes des soldats, mais les

permissions non prises doivent l’être dans un délai de deux ans, c’est la

règle.

Je vais donc les mettre à profit pour me former et préparer mon avenir,

encore faut-il que je puisse les utiliser à ma guise. C’est ce qui va se passer,

mes chefs au GIGN vont me laisser une totale liberté pour gérer ces

journées en fonction des impératifs que sont mes cours et les castings

auxquels je me présente. Je les en remercie.

Ma toute petite notoriété aidant, je suis alors approché par un agent, l’un

de ceux que l’on appelle « 10 % », comme la série du même nom. Ces

gens-là coachent des dizaines d’acteurs, qu’ils envoient participer à des

castings auxquels ils ont, selon eux, de grandes chances d’être retenus pour

tourner dans un long métrage en préparation. Si c’est le cas, ils empochent

10 % sur ses gains. Elle, c’est une femme, me dit avoir vu la totalité du peu

de films dans lesquels j’apparais et, pas de doute, je suis fait pour ça,

m’assure-t-elle. L’idylle ne va pas durer bien longtemps. Quelques mois et

dix castings plus tard, 10 % m’appelle :

« Voilà, Philippe, il vaut mieux pour tous les deux que nous en restions

là. Ton métier au GIGN t’a enlevé toute spontanéité et ça, c’est 90 % du

talent de l’acteur. Désolée, mais on arrête ! »

J’accuse le coup. Je n’avais pas besoin de ça. Tout défile dans ma tête,

les échecs que n’arrivent pas à compenser les petits succès, la concurrence,

qui est impitoyable, et mon manque de réseau dans ce milieu. Et si elle

avait raison ? Si je n’étais pas fait pour ce métier ? Le coup de blues passé,

j’appelle mon premier cercle et notamment Alain Figlarz, qui est une

personnalité « brut de décoffrage ». Si je n’ai aucun avenir dans le cinéma,

il me le dira sans hésitation. Sa réponse est immédiate.

« Des conneries ! Je t’ai vu plusieurs fois, tu as du talent, mon pote !

Faut que tu bosses, c’est sûr, mais le foncier est là ! Vas-y ! »

Même son de cloche chez mes profs de Pygmalion et les réalisateurs

pour lesquels j’ai tourné, ainsi que du côté de Julien Seri et Tomer Sisley. Je

fais alors une analyse des quelques mois passés avec elle pour m’apercevoir

que la madone des castings m’a bien souvent envoyé au casse-pipe. En fait

d’analyse, il s’agit plutôt d’une évaluation. C’est un exercice que je vous

recommande, en particulier quand tout va bien. Cela prend peu de temps et

aide à se positionner face aux réalités. Le succès, quelle que soit votre

profession, a un effet grisant qui a tôt fait de vous enlever toute objectivité.

Il est donc bon de temps à autre de s’auto-évaluer afin de redescendre sur

terre. Je l’avais fait au GIGN à une époque où, tout jeune opérationnel, tout

me souriait et où mes frères d’armes me portaient aux nues. Je me voyais

trop beau. Un bref appel à mes intimes du premier cercle, Julien et Karim

Clémenceau en l’occurrence, m’avait vite fait retrouver le sens des réalités

et la modestie. Alors, quand tout va mal, s’évaluer est le moins que l’on

puisse faire !

Je réfléchis donc aux castings auxquels mon agent m’a fait participer. À

chaque fois, il s’agissait de trouver un acteur censé jouer dans un film où le

muscle et le côté militaire sont assimilés à des brutes épaisses. C’est

exactement ce que je combats depuis toujours ! Le cinéma est ainsi fait

qu’il vous met très souvent dans une case en raison de votre apparence, de

votre physique ou de votre passé, et une fois rangé dans cette case, il est très

difficile d’en sortir. En fait, depuis le début, je sais ce que je veux. Je rêve

d’une carrière à la Stallone entremêlée de rôles à la Brad Pitt, Di Caprio ou

encore Tom Hardy. Rêvons, cela ne coûte rien !

Prétentieux, me direz-vous ! Mais si je me fixe comme ligne d’horizon la

participation à une figuration dans une suite éventuelle des Visiteurs, je

finis dans une pub pour des poissons panés ! Voir loin et haut ! Pourquoi

Stallone ? Cela peut en surprendre plus d’un, puisque je viens de vous

parler du côté brute épaisse que j’exècre. Mais c’est justement parce que

Stallone, ce n’est pas ça. C’est en voyant qu’on veut le cantonner à des

personnages de second plan qu’il écrit le scénario de Rocky. Quand il le

présente aux producteurs, il leur dit que sa seule exigence est de tenir le

rôle-titre. Immédiatement séduits par le film, ils lui font des ponts d’or pour

le lui acheter tout en expliquant qu’il faut impérativement une vedette

confirmée pour jouer Rocky. Des noms circulent alors, Robert Redford,

James Caan et bien d’autres, rien à faire, Stallone refuse : c’est lui ou rien !

Il faudra deux ans avant qu’ils lui fassent enfin confiance. Rocky remportera trois Oscars ! Avec Rambo, Stallone s’attaquera bien avant tout

le monde au syndrome post-traumatique, mais surtout, outre les multiples

récompenses remportées par le film, les Américains retrouveront grâce à lui

une fierté perdue depuis l’échec du bourbier vietnamien.

Aucune raison donc de baisser les bras, bien au contraire, mais mon

manque de réseau me laisse dans l’ombre, aucun appel. Pour parodier

Michel Audiard, je me rends très vite compte qu’il en est de ma notoriété

comme de la Sainte Vierge, si on ne la voit pas de temps en temps, le doute

s’installe… Et brusquement – ces choses-là arrivent souvent au moment où

on s’y attend le moins – le téléphone sonne. Julien Seri, un scénariste

réalisateur (Scorpion, Yamakasi, etc.), m’appelle afin de me faire participer

à un casting pour une série sur Arte. Il s’agit d’un rôle de preneur d’otages !

J’ai toujours été face à eux dans la vraie vie, mais il y a un début à tout !

Le jour des essais, je décide de mettre le paquet. Et c’est là, devant

Bastien, le directeur de casting, que j’entre en état féral ! À force d’en

fréquenter, des preneurs d’otages, j’ai eu le temps de les observer, et ces

gens-là ne font ni dans la tendresse ni dans la compassion.

Bastien s’avance vers moi pour m’expliquer la séquence.

« On tourne le plan où le type que tu vas prendre en otage est devant toi

et ne se doute de rien. Il doit passer de la sérénité totale à la peur la plus

absolue.

– OK, qui joue l’otage ?

– Moi ! »

Il vient de le faire huit fois de suite avec d’autres candidats et cela s’est

déroulé presque tranquillement. Beaucoup trop, à mon goût.

Dans ma tête, je suis déjà parti chercher mes émotions d’ops, mais cette

fois, c’est moi le terroriste. Il me suffit d’inverser la machine et de libérer

tout. L’envie peut nous prendre en intervention de tuer le type d’en face

parce que c’est la pire des ordures, mais cela ne se passe jamais comme

cela. Nous avons été structurés et formatés pour amener des gens devant la

justice, pas pour la rendre. Cependant, aujourd’hui, pas de retenue ! C’est

moi, le salaud, et je lâche tout ! Ils ne me voient pas, j’ai tourné le dos à

toute l’équipe, mais je suis la bête, je suis capable de défoncer le premier

qui viendrait à s’interposer.

« Moteur, action ! »

Quand je me retourne, Bastien prend peur. Il me le dira plus tard : « Je ne

t’ai pas reconnu ! » Je sors un pistolet automatique que je lui plante sous la

gorge et, de l’autre main, je le soulève pour le plaquer violemment contre

un mur.

« Ferme ta gueule ou je te crève ! »

Il ouvre la bouche pour protester parce que je lui fais mal, mais je n’en ai

rien à foutre, je joue la scène jusqu’à la fin. Dans ma tête, une petite

musique résonne pour me dire que moi aussi je joue ma peau sur ce coup-là,

qu’il me faut faire mes preuves pour décrocher enfin un beau second rôle.

J’y vais donc à fond.

« À genoux ! »

Il ne comprend pas, le « dir cast » (comme on dit dans le milieu), car

personne ne lui a demandé ça les fois précédentes. Un coup sec derrière les

genoux le plie en deux. Alors que je commence à lui indiquer en quelques

mots ce que j’attends de lui, j’entends : « Coupez ! »

Je relâche lentement Bastien tout en inspirant profondément pour quitter

cet état féral et retrouver mon enveloppe à moi, celle d’Aton.

Quand je regarde le staff technique, c’est le silence total et la

stupéfaction dans la pièce. Je réalise alors que je suis allé trop loin. Je me

retourne vers Bastien pour m’excuser, il ne me voit même pas.

« On envoie la séquence à Ziad, tout de suite ! », ordonne-t-il au cadreur,

puis il me fixe droit dans les yeux :

« Putain, quelle peur ! Toi tu m’as surpris, je ne m’y attendais pas ! Tu

m’as tellement projeté dans la situation que j’ai limite pensé à me

défendre… T’imagines ? »

Quand je rentre chez moi, Edwige m’interroge, sans grand espoir :

« Alors ?

– Il faut attendre, une petite semaine, je pense. C’est entre les mains du

réalisateur. »

La décision viendra dès le lendemain. En fin de matinée, Ziad Doueiri

(Baron noir, L’Insulte, etc.) m’appelle pour me dire que oui, c’est fait ! Je

serai Antoine dans Cadres noirs aux côtés d’Éric Cantona et d’Alex Lutz.

Je n’aurais pu rêver meilleur cadeau de départ pour quitter le GIGN, car

cette fois c’est fait !

 

___________________

 

L e jeudi 6 décembre 2018, entouré de mes frères d’armes, je fais mes adieux au Groupe. Ma femme, mes fils, mon père, mes amis, mes frères d’arme,

Il y a bientôt vingt-quatre ans naissaient en moi une vocation et une

détermination sans faille à vouloir être UTILE.

Marignane, un exploit collectif où les actions individuelles ont eu une

importance capitale.

Je pense forcément à mon parrain Thierry Prungnaud, qui est entré en

tête avec son MR 73 à la main.

Je pense également à un autre Thierry, Thierry Lévêque, blessé au bras,

qui deviendra mon recruteur-instructeur avec Jean-Luc. Je n’oublie pas

Roland, Puce, Christian, La Jauge, tous les autres et surtout les dix blessés.

J’ai eu ce jour-là un exemple concret de ce que sont le courage,

l’abnégation et l’audace !

À partir de là, j’ai tout mis en œuvre pour faire partie de cette élite. Je

ne vous raconterai pas ma vie ce soir… Pour ceux qui veulent en savoir

plus, tout est dans le livre GIGN, confessions d’un ops, que j’ai eu le plaisir

d’écrire avec mon ami Jean-Luc Riva. Un peu de pub !

Je disais donc… Il faut plus qu’une envie ! Au-delà d’une volonté, c’est

un choix de vie. Ça a été dur et c’est normal. On n’accède pas au GIGN

dans la facilité. Ça se mérite, comme dit mon père.

Il faut avoir un ego dimensionné, il faut croire en soi pour ensuite croire

en la force du Groupe.

J’ai dû m’intéresser aux origines du Groupe, à sa création. J’ai

découvert son père fondateur, Christian Prouteau, et sa fine équipe. Putain

de merde ! Depuis vingt ans, des mecs s’entraînaient dans l’ombre comme

des dingues pour sauver des vies menacées. Sauver les vies de personnes

qu’ils ne connaissent même pas, en allant parfois jusqu’à donner leur

propre vie. J’ai cherché à comprendre. Je sentais ce truc en moi qui

poussait à se dépasser, à offrir sans compter. Est-ce « normal » ? Est-ce de

la folie ?

Ceux qui me connaissent savent que je ne m’encombre pas trop avec ce

que l’on appelle LA NORME. Du coup, j’ai pris l’engagement de réussir et

de donner à mon tour. Tout était bon à prendre pour m’endurcir et étoffer

mon CV… Je passe les détails et les quelques conséquences de mes actes et

autres entraînements en conditions réelles.

Stallone, Schwarzy, Van Damme et bien sûr Jean-Paul Belmondo n’ont

pas tardé à être rejoints par ceux que je qualifiais de héros. Je dis

volontairement « qualifiais » car il n’y a pas de héros dans notre métier. Il y

a des hommes qui saignent, qui souffrent, mais qui apprennent et reçoivent

énormément. En fait, c’est un échange, un partage.

J’ai appris sur moi, j’ai dû me surpasser et faire confiance. Pour le fils

unique élevé à la méthode « spartiate », qui était en marge, il a fallu faire

beaucoup d’efforts.

J’ai fait des rencontres qui m’ont fait gagner en maturité, qui m’ont fait

évoluer. J’ai gagné des frères et, malheureusement, j’en ai perdu.

J’ai eu la chance de participer à des missions extraordinaires, aussi bien

avec la Force Intervention qu’avec la Force Sécurité Protection ou la

Formation. Je vous remercie tous pour votre confiance et pour votre

patience. Je suis ce qu’on appelle un atypique pour être poli, d’autres

diront un casse-couilles, un connard. Mais quel pied j’ai pris avec vous !!!

J’ai été sans doute un peu dur à cerner, à commander, à canaliser parfois.

Certains s’en sont sortis plus ou moins bien. Mais au final, j’estime qu’on

ne s’en est pas si mal tirés, vous et moi. J’ai eu le privilège de commander,

de former et de côtoyer les meilleurs, dont certains restent mes idoles.

Je laisse une trace de mon passage avec des couteaux, le Glauca

B1 mais surtout le WING, que j’ai développé avec mon ami Édouard de Wildsteer. C’est une fierté pour moi de le voir porté par certains d’entre

vous.

En ce qui concerne mes actes, mes coups d’éclat, je les dois à mes frères.

Dans une équipe de foot (Dieu sait si je ne suis pas footeux, mais l’analogie

est explicite), le « buteur » doit la réussite à celui qui lui fait la passe, aux

défenseurs qui jalonnent sa trajectoire et à l’entraîneur qui a préparé

l’équipe et qui a mis la stratégie en place.

Aujourd’hui, je vous quitte le cœur léger. Je suis heureux de mon

parcours et d’avoir travaillé avec vous. Je n’en sors pas indemne, mais je

n’ai aucun regret. Je suis fier de ce qu’on a réalisé. Je suis riche de vous,

du GIGN. Notre expérience est à jamais gravée en moi.

Je fais désormais partie du passé de notre belle unité. C’est une réalité

qu’il faut accepter. Je crois en vous à la condition que vous croyiez en vous-

mêmes ! C’est une période difficile, comme il y en a eu d’autres dans

l’histoire du GIGN. Votre excellence sera votre rempart face à l’ignorance

de certains dirigeants. Ne laissez pas le doute s’installer ! Le GIGN est un

outil comme on dit, une force humaine. C’est avant tout une volonté

commune de faire le BIEN, d’agir là où la raison opterait parfois pour le

renoncement.

« Seul, on va plus vite. À plusieurs, on va plus loin. » Fixez-vous

l’objectif d’aller vite et loin.

Je remercie tous les services, vulgairement appelés PHR, qui m’ont

toujours soutenu quand les « ops » n’avaient plus le temps. Quand on passe

le relais, celui qui avance doit regarder devant ! C’est obligatoire.

Là, j’ai pu découvrir notre base arrière, notre refuge. Ne les négligeons

pas. Ce sont eux qui posent la couverture sur nos épaules d’ops usés. Un

grand MERCI à eux.

Le GIGN, la gendarmerie, la carrière s’arrête. Un nouveau départ et

une ancienne passion, la première, resurgit. Le CINÉMA. Elle ne m’a

jamais vraiment quitté.

Rassurez-vous, mes amis, mes frères, je suis entre de bonnes mains. J’ai

des projets et je compte sur mes amis présents ici pour concrétiser de belles

aventures prévues. On en a déjà réalisé et on en fera d’autres. Vous

connaissez ma détermination…

Le cinéma est pour moi un moyen de porter un message, un moyen de

crier son espoir, sa rage de vaincre, sur certaines choses… Un autre combat, en somme.

 

La lumière me donnera peut-être l’opportunité de dire qui vous êtes et à

quel point je vous aime. Pas l’habitude de le dire, mais si je ne le dis pas

aujourd’hui, quand pourrai-je le dire ?

Bref, avançons !

Mon dernier mot, et pas des moindres, revient à ma force ainsi qu’à ma

faiblesse : ma famille.

Restons pudique et discret… Vous-mêmes vous savez. Merci d’avoir

supporté l’insupportable MOI, merci d’avoir soutenu l’instable MOI,

l’insatiable MOI, merci… Ma femme, merci… Mes fils…

La main dessus !

 

Réponse du général commandant le GIGN au discours de Philippe.

 

Philippe,

Vous avez gagné des combats, beaucoup, beaucoup et vous en gagnez

encore un ce soir face à votre bien naturelle émotion. Vous avez gagné des

combats dans votre vie personnelle, vous avez gagné des combats ici et

vous nous avez fait gagner des combats. Non, vous ne quittez pas vraiment

le Groupe, car il y en a qui restent un peu plus longtemps dans la mémoire

collective et vous, vous en faites partie avec tous vos défauts.

Vous êtes un homme de combat, mais il y en a un que vous ne gagnerez

pas comme tout le monde, c’est celui contre le temps. Ce soir, c’est votre

tour de partir, mais je vous dis que vous n’êtes pas vraiment parti. Vous

avez toujours été un acteur de votre vie et vous allez bien sûr, continuer

dans ce nouveau combat, dans cette nouvelle vie pour devenir un acteur

formidable à regarder, à admirer et à jalouser.

C’est vous, bravo et merci d’être et de rester vous. Merci pour tout,

Philippe et à bientôt !

 

Une longue et belle aventure se termine, une autre commence.

 

___________________

 

F évrier 2019. Ma vie change peu à peu, au moins le temps d’un tournage. Le contact avec les deux « stars » de la série, Cantona et Lutz, d’abord froids et distants, se réchauffe très vite. Ils font tous les deux

le maximum pour me mettre à l’aise et chaque jour passé sur le plateau me

fait gagner en confiance. Mais ce coup de pouce du destin ne va pas

s’arrêter là ! Alors que nous sommes en plein tournage, le portable du

réalisateur se met à vibrer. Lorsque, une heure plus tard, il consulte ses

messages, l’un d’eux lui demande de rappeler la production de toute

urgence. Ce n’est jamais bon signe. Silence sur le plateau. Tout le staff a les

yeux tournés vers lui quand il passe son appel.

Au sourire qui s’affiche alors sur son visage, on se dit que la nouvelle ne

doit pas être si mauvaise. Il nous apprend que la série vient d’être achetée

par Netflix Monde ! Là, nous montons d’un sacré cran ! Il s’agit d’être bons

et même super-bons, nous dit-il, plein de malice. Toutes les maisons de

production, agences de casting, réalisateurs, tous vont regarder les images de cette série. Je travaille mon rôle d’arrache-pied, j’apprends mon texte,

même s’il y en a peu, au cordeau, mais surtout je propose. Ziad Doueiri a su

nouer avec chacun d’entre nous une relation amicale qui nous permet de

nous libérer et de proposer un jeu un peu différent du découpage prévu.

Lorsqu’il s’agit de scènes violentes, il s’en remet à moi. On se demande

pourquoi !

Je m’aperçois que même si la production fait tout pour nous faciliter la

vie, ce travail est harassant. Un taxi vient me chercher et me ramène, les

repas sont constitués en fonction de nos goûts et, sur le plateau, tout le

monde est aux petits soins. Mais je me lève à 5h30 tous les matins pour

rentrer chez moi à 23 heures.

Ce métier exige une qualité physique qui s’étiole avec l’âge :

l’endurance. Ce n’est pas dans ma nature de me laisser aller physiquement,

bien au contraire. Il me faut quelques jours pour mettre sur pied une

stratégie d’entretien physique destinée à conserver mon potentiel

musculaire et me permettre de supporter les longues heures d’attente entre

les prises de vues.

La base de tout étant le cardio, je pratique à chaque occasion qui m’est

donnée course à pied en fractionné, burpees, montées de genoux, saut à la

corde, etc. Comme je n’ai pas de journées régulières, mes objectifs sont

hebdomadaires. Vous trouverez ce programme en annexe, il est simple et

s’adresse à tous. Bien évidemment, je passe à la salle de sport dès que j’ai

quelques minutes pour y travailler muscles, souplesse et étirements mais

chacun, où qu’il se trouve, peut adapter ces exercices à son environnement.

La seule contrainte, c’est de se lancer, car personne ne les fera à votre

place !

Je tiens compte bien sûr des limitations que m’impose ma prothèse aux

cervicales, mais la pratique assidue du sport me permet d’affronter une vie

bien moins stable que ne l’était celle que j’avais au GIGN. Le sport et une

bonne hygiène de vie sont les garants de notre capital santé. Je ne suis pas

un ascète, loin de là, je suis plutôt du genre bon vivant, mais si

l’entraînement intensif que j’avais au Groupe me permettait de résorber

immédiatement le moindre écart, ce n’est plus le cas dans la vie civile. Je

n’ai jamais pensé non plus à peser mes aliments ni fait de savants calculs

pour connaître le nombre de calories et de protéines avalées, mais je pense à

équilibrer mon alimentation. Pour beaucoup, la vie civile est synonyme de sédentarité et celle-ci vous conduit à une mort lente. C’est deux fois plus

vrai pour ceux qui avaient une activité physique intense auparavant, car leur

corps stocke deux fois plus vite. Pour ceux qui n’ont aucune prétention à

vouloir se présenter à des tests de sélection aux forces spéciales, profitez

mais dépensez ! Voilà le mot d’ordre !

Le tournage de l’adaptation de 2 Cadres noirs touche à sa fin et j’en sors

enrichi de trois semaines d’expérience qui valent tous les cours du monde.

Au pot de fin de tournage, Doueiri me lance : « On va se revoir très vite ! »

Il m’appellera en effet trois semaines plus tard pour me demander de

prolonger des scènes en « voix off ».

« Je n’avais pas prévu ça, mais ton personnage mérite de prendre encore

un peu plus d’ampleur ! »

Pendant ce temps, Alain Figlarz a parlé de moi à Olivier Marchal, qui est

en train de préparer son prochain film, Bronx. Il a su se montrer

convaincant puisque Marchal demande à visionner des extraits de mes

précédents tournages. Et c’est de lui que vient le coup de fil. Il me dit qu’ils

finalisent la liste d’acteurs retenus pour le film dont le tournage commence

fin septembre 2019 et m’indique qu’il va donner mon numéro à sa

directrice de casting. Celle-ci me rappelle pour me proposer de tourner un

bout d’essai le plus rapidement possible. C’est à Paris, dans les bureaux de

l’agence Di, qui en profitera pour me recruter, que pendant plus d’une

heure, seul face à la caméra, je récite du texte et me livre à des

improvisations. Inutile d’en raconter, rien n’échappe à l’œil exercé de cette

professionnelle, qui me regarde jouer sans m’adresser un seul commentaire.

Puis, brusquement :

« Maintenant, je veux le silence, ton regard doit nous parler, nous

écouter sincèrement. »

…

« J’ai aimé ce que tu as fait et je pense qu’Olivier aimera aussi. Je te

mets sur la short-list, c’est largement mérité. Pour le rôle qui te concerne,

vous n’êtes plus que deux en concurrence. L’autre est un acteur un peu plus

expérimenté, c’est Marchal qui va décider. »

S’il y a une corrélation à faire entre ce métier et celui d’opérationnel au

GIGN, c’est celle de l’attente. Prises d’otages, forcenés, arrestations,

protection avec mes frères d’armes de la FSP, à chaque fois il faut savoir

attendre. Attendre, cela veut dire durer ! Si elle n’est pas gérée, l’attente est

un mal qui ronge. Au Groupe, nous apprenons à attendre sans nous

déconcentrer, à rester vigilant sur notre objectif sans qu’aucune pensée

extérieure vienne polluer notre esprit. Au cinéma, l’attente fait aussi partie

du métier. Celle qui règne sur les plateaux où, pour une raison ou pour une

autre, les horaires ne sont jamais respectés et où, tout à coup, le réalisateur,

voulant rattraper le temps perdu, nous demande de « lâcher les watts » sur

un claquement de doigts, cette attente-là est facile à gérer. L’autre l’est

beaucoup moins. Je parle de celle que l’on consacre à regarder un téléphone

portable qui ne sonne pas alors que « promis, juré, tu auras des nouvelles

avant la fin de la semaine ! »…

La parole donnée n’a pas ici la même valeur que lorsqu’elle est

prononcée dans un cadre militaire. Mais cela peut aussi se comprendre, les

contingences liées à la réalisation d’un film sont si multiples qu’il ne faut

s’enflammer qu’une fois le contrat signé !

Olivier Marchal décidera. Trois mois plus tard, j’apprends que le rôle a

été confié à David Belle (Banlieue 13). Je suis un peu déçu, mais tout de

même, avoir participé à un casting pour un long métrage d’Olivier Marchal

trois mois après avoir quitté le GIGN, c’est déjà en soi une belle

performance.

Le fait d’avoir frisé la place de numéro un du podium me rassure

complètement sur mes chances de succès futurs.

C’est alors que Julien Seri me téléphone… Un nouveau film m’attend !

 

___________________

 

L orsque j’embarque le 15 janvier 2020 à destination de Los Angeles, je suis loin de me douter que ce vol va avoir des conséquences désastreuses à la fois sur ma santé et sur l’objet de ce voyage. Je vais aux

États-Unis pour y parfaire mon anglais, une langue indispensable afin de

poursuivre ma carrière d’acteur.

Je m’installe plus précisément au 1118 N Cahuenga Boulevard à

Hollywood, à moins d’un demi-mile de Hollywood Boulevard. Je suis dans

ma petite chambre de location Airbnb, modeste mais dotée de tout le

confort nécessaire. Dehors résonnent les sirènes des voitures de flics

américaines, les mêmes que j’entendais dans ma télé il y a peu de temps

encore. J’y suis !

Mais, dès le lendemain de mon installation, je suis fébrile, je transpire

énormément et je me sens fiévreux. J’imagine que la climatisation de

l’avion m’a été fatale. Bon, ce n’est sans doute qu’un gros rhume. Mon nez

commence à couler et une enclume me tient lieu de cerveau ! Pris d’une

extrême fatigue malgré l’euphorie de mon arrivée, je mets mon coup de

barre sur le compte du « jet lag ». Mais quatre jours plus tard, rien n’a

changé. Je tousse comme jamais et ma capacité pulmonaire se réduit. J’ai

comme un poids sur la poitrine. Inconcevable d’aller voir le médecin

puisque nous sommes aux États-Unis où le prix d’une consultation ruinerait

mon enveloppe dédiée à ce voyage. Je comprends pourquoi les Américains

regrettent que Lourdes ne soit pas situé chez eux !

Je passe chez C.V.S, un magasin où l’on vend des médicaments comme

on vend des chips au Leclerc. On me conseille de l’Ibuprofène et un spray

nasal. Sympa ! Me voilà équipé sans ordonnance et pour pas trop cher. J’ai

l’habitude de me débrouiller par moi-même pour me soigner mais, malgré

les doubles doses d’anti-inflammatoires que je m’enfile, je ne constate

aucune amélioration. Cela fait maintenant deux semaines que le simple trajet du lit à ma salle de bain m’essouffle. Rien ne sort quand je tousse,

pire j’étouffe. À ce moment précis, je pense à une pneumonie.

Je prends contact avec mon médecin qui n’est pas du tout rassuré.

« Phil, je n’ignore pas que la facture va être salée, mais un avis médical

et des examens me semblent utiles dans ton cas.

– Tu en sais plus sur ce Coronavirus ?

– Non, ce sont un peu les symptômes de la grippe, mais on en apprend

tous les jours…

– Tu crois que c’est ça ?

– Ça m’étonnerait car il arrive tout juste d’Europe, mais bon… Tu me

tiens au courant, hydrate-toi et reste au repos. Je suis à ton écoute. »

Lorsqu’un soir, en dégustant des sushis achetés 15 dollars les huit quand

même (!), je m’aperçois qu’ils n’ont ni goût ni odeur, je mets cela sur le

compte de mon nez bouché. Idem pour le café. Le phénomène va durer un

mois et demi au cours desquels je perdrai 10 kilos !

À mon retour en France, mon médecin me dira que j’ai effectivement eu

le Covid-19. C’est là que j’apprendrai que l’Ibuprofène était le pire remède

contre cette saloperie. Alors les doubles doses… Ce fut pour moi une

expérience au cours de laquelle j’ai eu la chance de croiser un ange gardien

en la personne de ma colocataire, Bam, une adepte des aliments naturels.

Pour me retaper, j’applique un principe simple : la règle des 4. Bien

boire, bien manger, bien dormir et avoir une activité physique adaptée. Bam

me donne des infusions dont elle a le secret et me prépare des repas avec

des produits « organic » – c’est ainsi que l’on appelle le bio aux États-Unis.

Après quinze jours de ce régime, je suis de nouveau apte à reprendre le

sport de manière progressive. Les exercices cardio me font retrouver peu à

peu ma capacité pulmonaire et je commence à récupérer ma masse

musculaire.

Avec le recul du temps, je pense avoir eu beaucoup de chance. Se battre

contre un virus qui a mis hors de combat l’équipage d’un porte-avions et

que la médecine connaît mal est précisément une expérience – pour les

malades comme pour ceux qui n’en sont pas atteints. À titre personnel, les

vieux réflexes ont instantanément refait surface. Je me suis repositionné par

rapport au but que je m’étais défini en arrivant ici. Tout l’investissement et

l’espoir mis dans ce voyage ne pouvaient être réduits à néant par la maladie,

donc je me suis adapté et j’ai surtout positivé. Cette pensée positive est indispensable pour combattre une affection. Elle ne garantit pas à elle seule

la guérison, mais elle y contribue largement. Pour cela, je médite et me

visualise en pleine forme, respirant l’air pur et courant sur une plage. À

chacun son exemple…

Je reviens en France le 17 mars 2020, par l’un des derniers avions

puisque le gouverneur de Californie décide de confiner la population trois

jours plus tard. La veille, la France prenait une décision identique.

Vivre à plusieurs dans un même endroit pendant une longue période est

une chose fréquente dans les forces spéciales et chez les militaires en

général. Les maîtres incontestés de la discipline étant les sous-mariniers. On

serait tenté de croire que cette promiscuité serait plus facile à supporter

pour des couples qui, à priori, sont composés d’individus qui ont choisi

librement de partager leurs existences.

En fait, cet exercice exige des qualités mentales que l’on utilise peu dans

la vie courante. Il est en effet commode, lorsque la tension monte, de

s’accorder des « respirations » en allant au sport, en sortant ou en pratiquant

son hobby favori. En situation de confinement, rien de tout cela n’est

possible. Vous faites « équipe » et la première des recommandations que

l’on peut donner, c’est de respecter l’autre. Beaucoup appellent cela faire

des concessions, ce qui veut dire qu’il vous faut accepter que la personne

avec qui vous vivez ces moments difficiles soit différente de vous. Pas

facile, car l’époque est au regroupement par affinité, comme sur les réseaux

sociaux, ce qui laisse peu de place à la contradiction.

Je me suis retrouvé plusieurs fois dans un pays en guerre, Irak, Libye,

Kosovo, à partager une chambre avec un frère d’armes dont les habitudes

étaient aux antipodes de ma façon de vivre, et ceci 24/24, pendant trois

mois. Bien entendu, pas question de sortir en dehors des missions.

Il faut donc s’installer dans la durée, ériger mutuellement des règles et,

surtout, s’astreindre à les respecter. Parfois, on peut aussi se fixer des

objectifs communs. Chaque partie de la journée doit être segmentée par une

série d’occupations précises qui n’ont souvent rien de bien enthousiasmant

pour un super-héros, mais qui sont néanmoins indispensables si l’on veut

survivre. Nettoyer le lieu de vie, laver le linge, avoir une hygiène

irréprochable, ne rien laisser traîner dans la (les) pièce(s), avoir une activité

sportive, intellectuelle et surtout parler. Combien de fois ai-je partagé une

piaule avec quelqu’un aux idées politiques à l’opposé des miennes ou avec telle autre personne qui ne supportait pas la musique alors que moi j’aime

l’écouter plein pot ! C’est le moment d’accepter la contradiction et de

s’interroger sur nos propres convictions, bref de s’enrichir de son

semblable. N’oubliez pas que la France est un pays qui compte plus de

60 millions d’individus qui détiennent la vérité !

 

Ce genre d’épreuve invite à un retour sur soi-même tel que je vous l’ai

expliqué au début de ce livre. Il peut donc être utile de coucher sur le papier

nos points forts, nos faiblesses, nos objectifs, tout ce qui peut nous sembler

nécessaire pour nous aider dans un instant difficile. C’est bien là de

résilience dont il s’agit, c’est-à-dire de votre faculté à affronter un stress

intense et à vous adapter à une situation compliquée. Le stress, on se

l’inflige le plus souvent nous-mêmes, tout est question de positionnement et

de relativisme. J’aime savoir où je suis, avec qui je suis et si je suis en

mesure d’agir sur mon environnement.

Si la réponse est oui, alors je pose les choses de manière pragmatique.

Si c’est non, je me retire de toute implication inutile et néfaste à ma santé

mentale. Cela s’appelle « lâcher prise ». En effet, pourquoi se stresser ou

s’énerver au sujet d’une situation que l’on ne maîtrise pas ?

Prenons l’exemple du Covid 19. Chaque jour, les médias nous abreuvent

de statistiques anxiogènes sur lesquels nous ne pouvons agir autrement

qu’en restant chez soi, nous dit-on. C’est le moment de filtrer les

informations et de mettre de la distance par rapport à celles-ci. Faites

comme les militaires. Apprenez à classifier le renseignement. Celui-ci va de

A à Z selon la fiabilité de la source. Un renseignement A1 est donc une

information vérifiée que l’on peut prendre en compte et partager. Pendant

toute la période qu’aura duré cette épidémie, nous aurons assisté à une

avalanche de renseignements F12, faits d’intox et de fake-news.

Le monde lui, pendant ce confinement, est en stand-by. À la sortie, on

retrouvera deux catégories d’individus : ceux qui auront optimisé leur

temps et ceux qui l’auront perdu… Triste réalité. Sans occupation et sans

objectif, l’homo-sapiens cogite le plus souvent de manière négative et, pour

beaucoup, l’après-Covid est synonyme de doute. À chacun de se réinventer

sans attendre que l’État le prenne par la main. Agir maintenant, c’est faire

un pas vers le monde que l’on désire. Pour ma part mon choix est fait

depuis longtemps.

L’histoire a des exemples pas si lointains que notre vie de faux-confort

nous a fait oublier. Cette même histoire pourrait bien vite nous y faire

replonger, alors autant vous y préparer.

 

___________________

 

P lus d’un an après mon départ du GIGN et la parution de GIGN, confessions d’un ops , je me dois de faire le bilan. J’ai rencontré énormément de monde en 2019, j’ai reçu de nombreuses sollicitations en

tout genre et les choses se sont enchaînées très vite. J’ai fait beaucoup

d’interviews sur YouTube, beaucoup de partages. Mon compte Instagram a

explosé au rythme des ventes. De ces rencontres sont nées des amitiés,

notamment avec Jean-Luc, mon talentueux co-auteur, auquel je dois

beaucoup.

Et parfois, des coups durs, car la bienveillance n’est pas partout. On m’a

porté aux nues et on m’a aussi craché dessus. La provenance des coups m’a

parfois surpris. Il est arrivé que les tirs viennent de pas très loin et que des

coups dans le dos me soient donnés par des gens dont je n’aurais pas

soupçonné qu’ils avaient une once de méchanceté en eux. Passons, j’ai

appris sur l’Homme. J’ai passé cette année à porter la bienveillance sans

uniforme. Je n’ai médit de personne, même de mes détracteurs les plus

virulents. Je ne me suis vengé de rien. Aurais-je gagné en sagesse ? Je ne

sais pas, mais une chose est certaine : je suis en paix avec moi-même et j’ai

confiance en mon destin. Pour ce qui est des attaques, elles viennent de

derrière et je n’ai pas d’énergie à perdre en me retournant pour riposter.

Alors je laisse le Karma s’en charger. Le temps joue en ma faveur parce que

je suis sincère et je prie pour que cela continue. Je donne le meilleur de

moi-même et je fais le maximum de bien autour de moi, sans jamais me

forcer. La raison me guide. Non, je ne suis pas adepte de je ne sais quelle

secte ou idéologie. Je sais simplement où je vais et je m’aperçois que tout est possible, pour tous. L’apaisement mène à la lucidité et la lucidité à

l’optimisation de son potentiel. Je n’avance plus avec la colère ou le

ressenti. Je bannis le négatif et je prône le positif. J’avance avec l’ambition

et le désir de délivrer un message favorable à notre collectivité pour une

majorité qui voudra bien l’entendre. Je vois que j’inspire de plus en plus de

monde et j’en prends la pleine mesure ainsi que la responsabilité. Cela me

confère un devoir d’exemplarité et me dicte comme une ligne de conduite.

Attention, je m’autorise toutefois l’erreur car je suis comme tout le monde,

c’est-à-dire un homme… Je suis soumis aux mêmes tentations, aux mêmes

émotions. Je suis bon vivant et je compte jouir de tout ce qui s’offrira à moi.

Je n’oublie pas d’où je viens et j’ai conscience que la vie peut nous retirer à

tout moment ce qu’elle nous a apporté. Cela force à l’humilité et aux

remerciements. On n’obtient rien sans rien. Désormais, je sais là où je veux

être et j’espère un jour vous livrer non pas les confessions d’un acteur, mais

plutôt les confidences de ce dernier. J’espère que chacun d’entre vous

saisira les clés contenues dans ce livre et que j’ai eu plaisir à partager.

Chacun est comme il est, ce qui convient à Pierre ne convient pas forcément

à Paul. Mais l’inspiration vient de partout, et si je peux vous inspirer par

cette méthode qui est la mienne, alors j’en serai très fier.

À vous qui avez pris le temps de lire cet ouvrage, dites-vous que votre

vie est importante et courte. Le temps vous appartient et il passe vite.

Vous êtes le seul maître de votre destin et de son chemin.

 

___________________

 

D ans cette dernière partie du livre, j’ai tenu à vous décrire ce qu’a été mon entrée dans le monde du cinéma et tenté de vous convaincre que là comme partout ailleurs, « no pain, no gain » . On n’a rien sans rien.

Personne ne fait les choses à votre place et votre degré d’implication

dans un job ou dans une préparation à des tests de sélection dépend de votre

motivation, qui découle implicitement de votre vocation. Tout se tient.

C’est la raison pour laquelle, dès le premier chapitre, j’insiste

(lourdement !) sur la sincérité de celle-ci. Dans la vie, il est bon de douter

car le doute génère toujours une remise en question. Sur la vocation, jamais ! Une fois celle-ci solidement établie, foncez ! Pensez à segmenter

votre parcours futur en étapes courtes et rapprochées.

Capitalisez sur vos succès et progressez avec vos échecs. Vous ne

manquerez pas d’entendre, à chaque fois que vous vous lancerez dans une

nouvelle entreprise, des « amis » vous dire que ceci ou cela n’est pas pour

vous. « Trop dur, trop compliqué, tu es cent fois mieux où tu es ! »

N’écoutez rien ni personne ! Ne pas avoir essayé est le pire reproche qui

vous hantera bien des années plus tard.

N’oubliez pas que physique et mental ne vont pas l’un sans l’autre et que

leur développement nécessite un entraînement régulier. Si cela tombe sous

le sens pour le premier, c’est beaucoup moins le cas pour le second. Les

anciens parlaient de « se forger le caractère ». À l’heure des smartphones,

GPS et autres assistants numériques en tous genres, la formule est tombée

en désuétude. Et pourtant, c’est là-dessus que se fera la différence.

Je vois chaque jour un grand nombre de jeunes fréquenter les salles de

sport, mais ne pas mettre un pied dehors dès qu’il pleut. Inutile d’avoir des

bras comme des essieux d’autobus si vous ne supportez pas les intempéries,

la rusticité et la fatigue. Un physique de guerrier au service d’un mental de

vainqueur ! Soyez de ceux qui suscitent l’envie parce qu’ils ont su mettre en

adéquation leurs moyens et leurs ambitions.

Enfin, pour revenir au titre de ce livre, il vous faudra aller chercher au

plus profond de vous les ressources nécessaires pour retrouver et maîtriser

le « sauvage » qui sommeille en chacun de nous. Si vous intégrez le GIGN

ou une autre unité, vous allez affronter un monde fait de haine et de

violence, mais n’oubliez jamais que, lorsque vous agissez sur le territoire

national, vous êtes des soldats de la loi et votre action doit toujours être

proportionnée au danger qui vous menace.

Jamais personne ne vous pardonnera d’être allé plus loin que la situation

ne l’exigeait.

Vous en serez parfois frustré, car votre entraînement et l’idée que vous

vous faites de votre métier vous auraient conduit à user de la force jusqu’à

donner la mort.

Ne tombez pas dans cette facilité, restez fidèle à la plus belle devise du

GIGN : « Le respect de la vie ».

1. Pour la description des missions, voir GIGN, confessions d’un ops (Nimrod, 2019).

2. Diffusée sous le titre Dérapages.

 

OceanofPDF.com