Féral : cette force qui existe en nous
Chapitre 17
Conseils alimentaires
I l n’est pas dans mon intention de vous abreuver de fiches-recettes adaptées à l’équilibre alimentaire qui doit être celui d’un opérationnel, pour la bonne raison que chacun doit être capable de gérer son alimentation
en fonction de ses besoins et de ses goûts ! Je vais simplement vous faire
part des quelques constatations sur ce sujet tirées de mes missions
effectuées dans diverses zones géographiques du monde.
Les dépenses quotidiennes en calories d’un opérateur des forces
spéciales vont de 2 500 à 3 000 kilocalories (kcal) selon la mission et les
efforts physiques qu’elle exige. Par exemple, en cas de froid extrême, ce
besoin peut varier de 5 000 kcal à 8 000 kcal. Il faut donc adapter son
alimentation à l’environnement terrain et climatique. Une progression en
forêt amazonienne demandera plus d’énergie qu’une infiltration en
Auvergne.
D’autre part, la perte de poids en opération est naturelle et s’accentue
avec la durée de l’opération. Les chercheurs de l’IRBA (Institut de
recherches biomédicales des armées) font référence à une étude 1 sur le sujet
qui fait état d’un amaigrissement de 3 kg en quatre jours chez des soldats
norvégiens partis s’entraîner dans le nord de la péninsule scandinave. Si cet
amaigrissement est moindre en climat tempéré, il est cependant quasi-
identique en zone désertique. Or la perte de poids en opération influe sur la
réussite de la mission par une diminution des performances et une moins
bonne perception de l’environnement. De plus, elle peut être une cause de
fatigue et de blessure.
Vous devez donc avoir le souci d’équilibrer vos apports alimentaires en
fonction des niveaux élevés du déficit énergétique induits par la réalisation
d’activités physiques intenses, surtout si celles-ci s’effectuent sous des
températures inhabituelles. Bien que les rations individuelles françaises
soient prisées par les militaires du monde entier, elles ne suffiront pas à
combler vos dépenses. De plus, sous des climats contraignants, les barres de
chocolat fondent, d’autres aliments s’altèrent et ce sont là des calories
perdues. D’où ce constat sans appel : les militaires et les forces spéciales en
particulier se nourrissent mal sur le terrain.
C’est en identifiant ces problématiques nutritionnelles sur les théâtres
d’opérations où est engagée l’armée française et en adressant un
questionnaire aux unités du COS qu’une jeune entreprise française a conçu
de nouveaux aliments, les MOS Energy Ball (Military Optimized
Superfoods). Les MOS, produits éponymes de la société MOS Nutrition2,
sont des collations sous forme de boules constituées à 100 % de protéines
végétales, qui apportent au moins 100 kcal. Elles ne souffrent pas
d’altérations, quelles que soient les conditions climatiques. Ce produit a été
testé avec succès et adopté par diverses forces spéciales américaines,
européennes et françaises, dont le 1er RPIMa, et est actuellement
expérimenté par le GIGN.
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E nfin, en mission, mangez dès que vous le pouvez, n’attendez pas d’être affamé pour vous alimenter, mais ne vous gavez pas, soyez raisonnable, rappelez-vous qu’une blessure dans un estomac plein est mortelle à tous les coups ! En effet, les organes à haute teneur en air, peu
denses et élastiques, comme le poumon, l’estomac, la vessie, sont plus
résistants aux traumatismes balistiques du fait du faible transfert d’énergie
observé, en l’absence de fragmentation du projectile. Toutefois, un estomac
plein ou une vessie pleine se comportera comme un organe dense au regard
d’un traumatisme balistique et sera le siège de lésions à type d’éclatement
et de broiement 3. Conclusion : mangez souvent mais peu, et allez pisser à
chaque fois que vous le pouvez !
Revenons à notre équilibre alimentaire idéal dans une journée selon la
formule du 421 :
Le 4 correspond à 4 portions de glucides ;
Le 2 correspond à 2 portions de protéines ;
Le 1 correspond à 1 portion de lipides.
Pour des sportifs de haut niveau et des membres des forces spéciales en
opération, l’apport journalier sera fractionné en plusieurs petits bols
alimentaires4.
Tout d’abord, sachez que la digestion des aliments par l’estomac puise
énormément d’énergie, il faut donc diminuer les rations pour les répéter 5 à
6 fois dans la journée. C’est la raison pour laquelle le terme de « bol
alimentaire » est préféré à celui de « repas ». L’idéal dans la mesure du
possible serait de prendre :
1er bol : fruits, sucres lents ;
2e bol : protéines ;
3e bol : sucres lents ;
4e bol : protéines ;
5e bol : sucres lents ;
6e bol : protéines, légumes et fibres alimentaires.
Les six bols alimentaires seront à répartir selon les besoins énergétiques
de la journée et ceux exigés par l’activité sur le terrain.
Un dernier conseil ! Ne cherchez pas à vous comparer,
tout simplement parce que vous êtes unique.
REPAS TYPES POUR OPÉRATEUR
► Chez soi
Petit déjeuner : café/thé, eau, flocons d’avoine/pain
grillé/biscottes/muesli/gâteau de semoule. Beurre/confiture/ miel,
fromage blanc/yaourt/lait/tranche de volaille, compote.
Déjeuner/dîner :
Café/thé/tisane, eau, légumes crus ou cuits, soupe,
viande/poisson/volaille/œufs ou céréales et légumes secs, pommes de
terre/pâtes/riz/lentilles, épinards, brocolis, fruits cuits ou crus,
yaourt/fromage blanc/fromage.
► Sur le terrain
Petit déjeuner : eau, boisson chaude non sucrée, féculents, produits
laitiers/protéines, fruit, matières grasses ou produit sucré.
Déjeuner/dîner : eau, boisson chaude non sucrée, crudités ou légumes
cuits, protéines, féculents, fruit, produit laitier.
1. MOS Nutrition est membre du Cercle de l’Arbalète, une association qui fédère les acteurs de la Défense nationale autour de l’innovation des forces spéciales.
2. Les Traumatismes balistiques (B. Rouvier, B. Lenoir, S. Rigal), hôpital d’instruction des armées Percy.
3. Les Traumatismes balistiques (B. Rouvier, B. Lenoir, S. Rigal), hôpital d’instruction des armées Percy.
4. Le bol alimentaire est une masse d’aliments mastiquée, imprégnée de salive, qui, déglutie, traverse l’œsophage et passe dans l’estomac. Dans le cas présent, ce terme, qui s’apparente à « une bouchée », a été préféré à celui de « repas », qui suppose un menu plus copieux.
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