Homo Question so
C’est Hélène qui avait dit : «…
180 homo
C’est Hélène qui avait dit : « Les queers sont les maoïstes du
genre 17. »
Elle a vu que c’étaient des gauchistes. Elle a toujours eu des
positions… très fidèles à l’is.
Et le queer, qu’est-ce que tu en penses ?
Comment dire ? Le concept même… tout le monde est
queer, quelque part, parce que je pense qu’on est tous yang
et yin, homme et femme.
La polysexualité…
Oui, je suis toujours là-dessus. Après, quand on assassine
des trans, je suis d’accord pour manifester. Comme quand
Kara, cette trans arrêtée pendant le mouvement contre
la loi « Travaille », détenue au printemps 2016 dans une
prison pour hommes, est restée en plus sans hormones
pendant je ne sais combien de temps… Je suis toujours
concernée par la répression de ce genre de chose, mais
le combat séparé, les crispations identitaires ne m’inté-
ressent pas. Et puis on n’a jamais lutté sur la question
du droit.
Explique.
À la fois, bien sûr, j’étais contente qu’on autorise l’avor-
tement et qu’on décriminalise l’homosexualité. Mais la
lutte pour les droits n’est qu’une petite étape d’une lutte
plus générale pour la libération de toutes les sexualités.
Je n’ai jamais partagé l’idée que c’était là-dessus qu’il fal-
lait se battre en priorité. Faut pas se tromper d’ennemi.
Ça fait partie du combat général pour l’émancipation de
l’humanité, la fin de l’exploitation. S’émanciper du travail,
c’est aussi s’émanciper de la division du travail, c’est aussi
17. « Les queers sont les maoïstes du genre », entretien disponible sur le site
blogs.radiocanut.org
questionsociale et questionsexuelle 181
du coup s’émanciper de la division sexuelle. C’est quelque
chose de plus général.
Nous, on ne demande rien à l’État ! Donc, on n’a jamais
été se battre pour des droits. La Marche des fiertés homo-
sexuelles, la Gay Pride… D’un côté, l’affirmation de ces
choses-là est forcément intéressante, mais, pour moi, une
Gay Pride qui ne réunit que des gays, ou, au mieux, des
gays et leurs amis, comme ils disent… je n’ai jamais participé
à ça. En plus, leur musique est à chier ! Ils ont beau être
d’accord pour que ce soit ouvert, ça reste dans la sépara-
tion de ce combat-là. Si on ne crie pas « À bas la division
sexuelle ! », « À bas la société du travail ! », pour moi ça n’a
pas de sens, pas le sens que moi je souhaite.
Tu demandes beaucoup, là.
Je demande beaucoup, oui, mais… Un front lgbt contre
le capitalisme, à la limite, je peux le comprendre. Un front
pour la libération des lgbt ne m’intéresse pas. Comme j’ai
dit au début, le front homosexuel d’action révolutionnaire,
ça me va bien, mais le front de libération des homosexuels
ne m’intéresse pas. J’ai toujours eu cette position-là – moi et
d’autres. Mes copains homos n’étaient pas définis comme
des homos, mais comme des combattants parmi nous, qui
se trouvaient, en plus, avoir une répression à combattre,
personnellement un peu plus rude, mais qu’on enten-
dait combattre ensemble comme on combattait aussi ma
répression en tant que femme, ou ma répression en tant
que travailleuse. Tout ça, pour moi, c’est un ensemble. Et
j’ai bien retenu la leçon de l’is, je suis contre la séparation,
et donc je continue à avoir ce regard-là. Ça ne veut pas dire
que je regarde ça avec antipathie, je comprends, mais ça
m’a toujours semblé être quelque chose de contre-révolu-
tionnaire, en fait.