Homo Question so

Gilles Dauve · Chapitre 17 sur 34

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Homo Question so

C’est Hélène qui avait dit : «…

180 homo

 

C’est Hélène qui avait dit : « Les queers sont les maoïstes du

genre 17. »

Elle a vu que c’étaient des gauchistes. Elle a toujours eu des

positions… très fidèles à l’is.

 

Et le queer, qu’est-ce que tu en penses ?

Comment dire ? Le concept même… tout le monde est

queer, quelque part, parce que je pense qu’on est tous yang

et yin, homme et femme.

 

La polysexualité…

Oui, je suis toujours là-dessus. Après, quand on assassine

des trans, je suis d’accord pour manifester. Comme quand

Kara, cette trans arrêtée pendant le mouvement contre

la loi « Travaille », détenue au printemps 2016 dans une

prison pour hommes, est restée en plus sans hormones

pendant je ne sais combien de temps… Je suis toujours

concernée par la répression de ce genre de chose, mais

le combat séparé, les crispations identitaires ne m’inté-

ressent pas. Et puis on n’a jamais lutté sur la question

du droit.

 

Explique.

À la fois, bien sûr, j’étais contente qu’on autorise l’avor-

tement et qu’on décriminalise l’homosexualité. Mais la

lutte pour les droits n’est qu’une petite étape d’une lutte

plus générale pour la libération de toutes les sexualités.

Je n’ai jamais partagé l’idée que c’était là-dessus qu’il fal-

lait se battre en priorité. Faut pas se tromper d’ennemi.

Ça fait partie du combat général pour l’émancipation de

l’humanité, la fin de l’exploitation. S’émanciper du travail,

c’est aussi s’émanciper de la division du travail, c’est aussi

 

17. « Les queers sont les maoïstes du genre », entretien disponible sur le site

blogs.radiocanut.org

questionsociale et questionsexuelle 181

 

du coup s’émanciper de la division sexuelle. C’est quelque

chose de plus général.

Nous, on ne demande rien à l’État ! Donc, on n’a jamais

été se battre pour des droits. La Marche des fiertés homo-

sexuelles, la Gay Pride… D’un côté, l’affirmation de ces

choses-là est forcément intéressante, mais, pour moi, une

Gay Pride qui ne réunit que des gays, ou, au mieux, des

gays et leurs amis, comme ils disent… je n’ai jamais participé

à ça. En plus, leur musique est à chier ! Ils ont beau être

d’accord pour que ce soit ouvert, ça reste dans la sépara-

tion de ce combat-là. Si on ne crie pas « À bas la division

sexuelle ! », « À bas la société du travail ! », pour moi ça n’a

pas de sens, pas le sens que moi je souhaite.

 

Tu demandes beaucoup, là.

Je demande beaucoup, oui, mais… Un front lgbt contre

le capitalisme, à la limite, je peux le comprendre. Un front

pour la libération des lgbt ne m’intéresse pas. Comme j’ai

dit au début, le front homosexuel d’action révolutionnaire,

ça me va bien, mais le front de libération des homosexuels

ne m’intéresse pas. J’ai toujours eu cette position-là – moi et

d’autres. Mes copains homos n’étaient pas définis comme

des homos, mais comme des combattants parmi nous, qui

se trouvaient, en plus, avoir une répression à combattre,

personnellement un peu plus rude, mais qu’on enten-

dait combattre ensemble comme on combattait aussi ma

répression en tant que femme, ou ma répression en tant

que travailleuse. Tout ça, pour moi, c’est un ensemble. Et

j’ai bien retenu la leçon de l’is, je suis contre la séparation,

et donc je continue à avoir ce regard-là. Ça ne veut pas dire

que je regarde ça avec antipathie, je comprends, mais ça

m’a toujours semblé être quelque chose de contre-révolu-

tionnaire, en fait.