Homo Question so

Gilles Dauve · Chapitre 7 sur 34

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Homo Question so

À New York, fin e xix-début e…

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Classes laborieuses 1

À New York, fin e xix-début e xx siècle, les hommes ayant

des relations sexuelles avec des hommes ne vivaient pas

cette pratique à l’écart de la société. Ce qu’ils avaient de

spécifique faisait partie d’une « culture de la rue » majori-

tairement ouvrière, centrée sur les quartiers noirs, mais

aussi ceux peuplés d’immigrés irlandais, allemands, ita-

liens et juifs, employés dans des activités industrielles et

commerçantes, liées au port notamment. Nombre de ces

prolétaires, travailleurs migrants, déracinés, sans domi-

cile, ex-détenus aussi, vivaient hors mariage et sans famille.

Métropole industrielle, New York était en partie a city of

men.

Bien plus que dans leurs logements exigus et inconfor-

tables, la vie sociale des classes laborieuses se déroulait

dans les lieux publics, où moralistes et policiers ne man-

quaient pas de voir une menace pour l’ordre.

Cet espace, les homos en faisaient usage. Ils vivaient

dans un milieu populaire et leur socialisation empruntait

à ce milieu : les saloons leur servaient de centres sociaux

ou de foyers permettant de s’informer, de se divertir, de

trouver un travail, éventuellement un partenaire, remplis-

sant ainsi une fonction identique à celle qu’y trouvaient les

autres habitants du quartier. Et les mêmes saloons accueil-

laient généralement homos et non-homos.

Au sein de cette vie urbaine populaire à dominante

ouvrière, l’homosexuel a une place. Non pas que la classe

 

1. La working class dont parlent les historiens anglophones est plus large que la

« classe ouvrière » : au-delà des ouvriers (d’usine, du bâtiment, d’entretien…),

elle englobe l’ensemble des travailleurs manuels pas ou peu qualifiés,

hommes et femmes, y compris le conducteur d’autobus, l’employée de

magasin, l’aide-soignante, etc. Tous les habitants des « banlieues ouvrières »

françaises n’étaient pas non plus ouvriers. En plus de « classe ouvrière »,

nous avons donc eu recours aux expressions « classes populaires », « milieu

populaire », et « classes laborieuses », terme aujourd’hui désuet mais adéquat

au New York de 1910.

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ouvrière new-yorkaise de 1900 ait été spécialement tolé-

rante et sexuellement libérée. Mais, en raison notamment

de leurs conditions matérielles, le mode de « régulation

des mœurs » subi et perpétué par les prolétaires divergeait

de celui des bourgeois sur bien des points : vie de famille,

logement, rôle de la rue, et séparation entre sphères privée

et publique.

Une particularité des quartiers populaires, c’est la visi-

bilité publique du (ou de la) fairy. Le mot désigne d’abord

une fée (celle des contes), mais s’applique aussi à un homme

d’allure ou de manières dites efféminées : s’il n’est pas indif-

férent qu’il ait des rapports sexuels avec des partenaires

masculins, ce fait est secondaire.

L’homme habillé en femme, et/ou se comportant

comme on l’attend d’une femme, était une figure familière

de ces quartiers, et relativement acceptée, au point d’être

la bienvenue aux bals « normaux », mais aussi la vedette

de bals masqués et de drags où les fairies sont l’attraction

principale.

À partir de 1926, à Harlem, le bal costumé de la Hamil-

ton Lodge est l’occasion de la plus grande réunion d’homos

hommes et femmes de New York, attirant des milliers de

travestis, la plupart d’origine ouvrière, surtout dans les

années 1930, avec une présence homosexuelle de plus

en plus marquée. En 1929, on compte 2 000 danseurs et

3 000 spectateurs, en majorité de jeunes ouvriers noirs.

Les participants seront 8 000 en 1937, dont un grand

nombre d’hommes habillés en femmes, mais également

des femmes costumées en hommes. Les homos des deux

sexes détournaient une pratique de la société « normale » :

ils y ont trouvé une place, avant d’en venir à l’organiser

eux-mêmes.

Une frange de la « bonne société », des célébrités, des

artistes assistaient à ce grand événement mondain au sens

inévitablement contradictoire. Car le paradoxe de cette

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mise en scène, c’est que le travestissement tournait en

dérision l’image de l’homosexuel comme efféminé tout

en la perpétuant sous forme caricaturale. Le carnaval,

c’est le mélange des genres, des classes aussi, le dérègle-

ment cathartique, l’inversion d’une nuit. Le spectacle du

renversement coexiste avec la norme et la renforce. Tout

en rendant mieux visible l’artificialité des rôles sexués, la

féminité outrancière des fairies confortait le stéréotype de

la femme.

 

« Je ne suis pas une femme »

Le ou la fairy se conduit comme aucun homme ne devrait

le faire, mais comme tout homme authentiquement « viril »

pourrait souhaiter qu’une femme le fasse.

Le quartier populaire accepte la fairy comme une ano-

malie plus amusante que repoussante : la fairy ne menace

pas la hiérarchie des sexes, elle est autre, homme incom-

plet et femme impossible. Pire, sa féminité affichée et son

mépris des qualités féminines « traditionnelles » de pudeur

et de réserve la font ressembler à une prostituée.

Du choix vestimentaire jusqu’aux gestes dans la rue,

la féminisation est ici le critère essentiel. L’« anormalité »

consistait d’abord à renoncer aux privilèges et obligations

typiques du statut d’homme, et seulement ensuite à cher-

cher des partenaires amoureux ou sexuels masculins. De

son côté, l’homme répondant aux avances d’une fairy

n’était pas considéré comme « anormal » tant qu’il restait

fidèle à ce qui était supposé définir la masculinité. Cela

permettait à des hommes, seuls ou non, mariés ou non,

vivant dans des communautés immigrées avec une forte

séparation des sexes, de pratiquer parfois régulièrement

des rapports sexuels avec des semblables, sans pour autant

risquer de perdre leur statut d’« homme ».

Un procès célèbre à l’époque l’illustre bien. En 1919,

désireuse d’éliminer la « sodomie » de sa base de Newport,

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l’Us Navy recrute dans ses rangs une douzaine de marins

choisis pour leur jeunesse et leur beauté, chargés de

séduire des homos afin de les faire passer en jugement.

L’affaire se soldera par dix-sept condamnations. Selon

leurs témoignages, les marins ayant servi d’« appâts » n’ont

eu aucun problème à commettre des actes sexuels avec des

hommes qui pour eux n’étaient pas vraiment des hommes,

seulement des êtres efféminés face auxquels ils tenaient le

rôle masculin.

Le sexe du partenaire sexuel n’était pas encore un critère

discriminant, mais il allait le devenir, la division entre fairy

et homme « normal » cédant la place à celle entre homo et

hétéro – différenciation apparue plus tôt dans les classes

moyennes ou supérieures que chez les prolétaires.

 

Distinction de classe

Aux États-Unis, l’hétérosexualité exclusive est en effet

devenue dans les classes sociales aisées une condition

nécessaire de « normalité », deux générations avant de

gagner les couches populaires noires et blanches.

Lors des premières décennies du e xx siècle, la situa-

tion et les revenus des classes moyennes offrent à leurs

membres masculins une sphère privée plus large que celle

des prolétaires. L’homme « bien élevé » est en mesure de

se conformer aux normes de discrétion et d’autocontrôle

qui règnent dans son milieu, voire pour les plus privilégiés

d’adopter une posture de gentleman et de fréquenter des

artistes. L’homme qui préfère les hommes doit et peut ne

pas le montrer, détachant ainsi sa préférence sexuelle de

son image « en société ». Les marqueurs sexués indiquent

aussi la distinction sociale.

La fairy exhibe vulgairement (c’est-à-dire à la façon des

gens du peuple) aux yeux de tous une différence sexuelle :

l’homo d’un « bon » milieu (le queer au sens d’alors) masque

cette différence avec élégance, souvent derrière la façade

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d’une vie de couple hétérosexuel très conventionnelle, et

ne la révèle qu’aux initiés.

Apparence et respectabilité font partie des conditions

d’existence et de travail des classes moyenne et bourgeoise :

vêtement, langage, sérieux, façon d’occuper l’espace,

autant de signes distinctifs de supériorité attestant leur

fonction de commandement. Et si beaucoup d’ouvriers

aspirent à la respectabilité, peu en ont les moyens maté-

riels. L’homme capable de s’offrir une garçonnière ou un

bon hôtel préservera mieux les apparences, dans l’adultère

comme dans le cas d’amours homophiles.

 

Choix d’objet

L’ouvrier prouvait sa virilité en jouant le « rôle masculin »

avec un homme comme il le faisait par ailleurs aussi avec

une femme. L’homme de classe moyenne, lui, s’est repré-

senté de plus en plus sa virilité comme dépendant d’une

attirance exclusive pour les femmes. On peut y voir un

aspect de la moralisation des classes laborieuses entamée

au e xix siècle.

Encore fallait-il que cette vision s’impose socialement.

D’abord, à en croire les enquêtes sociologiques, les rap-

ports homosexuels ou hétérosexuels hors mariage étaient

bien plus fréquents chez les ouvriers que dans la classe

moyenne.

D’autre part, dans la première moitié du e xx siècle,

le discours médical change dans sa définition des rôles

sexuels. Jusque-là, le désir sexuel était considéré comme

moins important que la façon (active ou passive, notam-

ment) de le satisfaire : l’« inverti », homme à l’envers comme

le mot l’indique, était celui qui se comportait comme une

femme, et pour échapper à l’inversion il suffisait à un

homme de tenir un rôle dominant.

Désormais, être un « homme » ne consiste pas seule-

ment à se conduire comme un homme (c’est-à-dire ne

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pas se conduire en femme), c’est avant tout n’avoir de rap-

ports sexuels qu’avec des femmes. Freud théorisera cette

évolution en distinguant le but (ce que cherche la pulsion

sexuelle, pas forcément d’ailleurs un acte sexuel au sens

courant, une « pénétration » par exemple) de l’objet (le

moyen d’obtenir satisfaction, entre autres par le choix

du partenaire). La psychiatrie ne théorise plus l’inver-

sion mais l’homosexualité, définie par l’attirance pour le

même sexe, conception contraire à ce que vivaient alors

les milieux populaires.

S’il a fallu attendre pour que le discours savant se tra-

duise dans les comportements, c’est que la « biopolitique »

n’est pas affaire de mots. C’est seulement après 1945

qu’une nouvelle perception de la sexualité a peu à peu pré-

valu, grâce à sa diffusion par l’ensemble des institutions

de sécurité sociale et de santé publique, ainsi que dans les

mœurs et l’opinion.

Mais il n’y aurait pas eu transformation des pratiques

sexuelles sans un changement profond de la place et donc

de l’image de la femme, dû à la tendance à l’égalisation

– partielle et contradictoire – des conditions masculine

et féminine. La quasi-totalité des sociétés précapitalistes

imposent à la femme des fonctions spécifiques qui l’en-

ferment dans un statut à part, secondaire et minoré. En

faisant travailler des femmes hors du foyer, et de plus en

plus dans des métiers et à des postes « d’homme », le sala-

riat moderne ne supprime pas mais atténue la hiérarchie

des sexes. Dans la représentation dominante en Occident,

la femme n’est plus cet être enchaîné au foyer, passif,

éternelle mineure, face à un homme « vrai » travailleur et

actif. En conséquence, si la femme n’est plus systémati-

quement subordonnée, se conduire comme une femme

(est supposée le faire) devient moins symbole et synonyme

d’infériorité. Ici la « question homosexuelle » croise celle

plus générale du rapport homme/femme.

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Il fallait cette évolution pour qu’une réalité historique

appelée hétérosexualité en vienne à exister face à une autre

appelée homosexualité. En 1948, le professeur Kinsey

affirmait à ses compatriotes étonnés que plus d’un tiers

des mâles étasuniens avaient connu dans leur vie au moins

une expérience qualifiable d’homosexuelle. Contesté et

dénoncé pour ses méthodes comme pour ses bonnes ou

mauvaises intentions, le « rapport Kinsey », énorme succès

de librairie, avait en tout cas valeur de symptôme : doré-

navant, les hommes « normaux », qu’ils aient d’ailleurs ou

non des relations sexuelles occasionnelles avec d’autres

hommes, se vivraient (et seraient socialement perçus)

comme « hétéros ».

 

Et dans le Sud profond

Tout semble opposer New York au Mississippi, un des

États américains les plus religieux et les plus racistes, qui,

en 1955, avait même étendu aux rapports hétérosexuels sa

loi anti-sodomie de 1839. Il y a pourtant plus d’un point

commun entre la métropole emblème de la modernité et

l’État réactionnaire.

Si les hommes attirés par les hommes ne disposaient pas

au Mississippi, contrairement à New York et à San Fran-

cisco, de lieux voués en permanence à leurs rencontres, ils

se trouvaient et se retrouvaient grâce à des réseaux infor-

mels, entre autres facilités par les moyens de transport

modernes, la voiture en particulier.

Il était couramment admis que les garçons traversent

une phase de bisexualité, jusqu’à ce que l’intérêt pour les

filles l’emporte chez la plupart d’entre eux. Tant qu’elle

pouvait passer pour du jeu et n’impliquait pas d’adulte,

cette sexualité était acceptable.

Dans les années 1930, l’adolescent qui sortait en ville

en compagnie de son ami (qui pouvait être aussi ce que

nous appellerions son amant), habillé en corsage et en

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jupe, suscitait le rire des passants. On tolérait l’excentri-

cité qui ne remet pas en cause l’ordre familial et social. Le

travestissement était accepté comme jeu, interdit comme

transgression des démarcations sexuées.

À la même époque, les church drags, parodies de mariage

en pleine église avec homme déguisé en future épouse,

amusaient beaucoup les paroissiens. On pense aux bals

costumés de Harlem, ou aux travestis des spectacles pour

militaires en 1914-1918 comme en 1939-1945. Les écoles

organisaient des concours de beauté masculine, là encore

avec scène de mariage entre garçons. Plus d’un lieu et

d’une occasion servaient de prétexte à tourner l’hétéro-

sexualité en dérision.

À condition de ne pas « en faire trop ». Celui qui se mon-

trait trop souvent en robe, trop consentant aux jeux sexuels,

trop pénétré, se faisait traiter de queer, mot désignant beau-

coup plus que l’homosexualité, car recouvrant de multiples

expressions et gestes non conformes (voire franchement

opposées) aux normes sexuées. En particulier, il ne fallait

pas violer « la règle implicite de l’impénétrabilité mascu-

line 2 » : être « homme » était assimilé à être actif, donc celui

qui pénètre sa ou son partenaire.

Au terme d’une longue et difficile évolution que

nous ne pouvons résumer ici, le Mississippi a fini par

renoncer à criminaliser les amours masculines. Alors que

les Mississippiens de 1950 ne pensaient pas en termes

« homo ou hétéro », mais de « péché », ceux du e xxi siècle

reconnaissent (ce qui ne veut pas dire acceptent) un

fait social, l’homosexualité, fondée sur une orientation

vers le même sexe. La dualité homo/hétéro prévaut à

Jackson comme à New York : l’homosexualité n’est plus

vécue comme un ensemble d’activités sexuelles entre

hommes, mais comme un mode d’être, éventuellement

 

2. John Howard, Men like that: a southern queer history*.

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lié à un mode de vie spécifique. Il en va de même pour

l’hétérosexualité. 

 

Question de mots

Au début de son livre sur New York, George Chauncey

avertit qu’il emploiera des mots ayant « maintenant une

connotation péjorative qui de prime abord peut choquer

le lecteur 3 ». Dans les premières décennies du e xx siècle,

fairy et queer étaient les termes les plus employés par et

pour les homosexuels new-yorkais. Les hommes attirés

par une personne de même sexe, et non par un homme

féminisé (le ou la fairy), s’appelaient queer, sans y donner

un sens négatif, voulant signifier par ce mot (« bizarre » ou

« étrange » en anglais) qu’ils se situaient hors de la norma-

lité statistique des hommes attirés par les femmes. Par

ailleurs, à l’époque, « bisexuel » ne signifiait pas être attiré

par les hommes et les femmes, mais être à la fois masculin

et féminin.

En parallèle, l’Américain se voulant « normal » renonçait

aux sentiments ou aux conduites susceptibles de le faire

passer pour homosexuel… et de se voir qualifié de queer.

Ce terme lui-même cédait peu à peu du terrain, en par-

ticulier parmi les homos jeunes, tandis que progressait

l’appellation gay, d’usage de plus en plus fréquent dans les

médias à partir des années 1960, jusqu’à devenir le qualifi-

catif courant sinon obligé, dont la prééminence supposait le

nouvel horizon mental basé sur la différence homo/hétéro.

L’homosexualité cessant d’être « anormale », elle perdait

son caractère bizarre, queer, d’où l’abandon du nom, puis

sa reprise ultérieure par les plus radicaux quand « gay » a

trop ressemblé à une nouvelle norme (nous y reviendrons

au chapitre 13).

 

3. George Chauncey, Gay New York*.

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Question d’être

Dans la classe ouvrière new-yorkaise du début du e xx,

l’hétérosexualité ne faisait pas partie des critères et condi-

tions indispensables pour « être un homme ». Le désir d’un

homme pour un autre homme révélait autant et aussi peu

sur sa personnalité sexuelle que de savoir s’il préférait les

femmes brunes ou blondes.

Était homosexuel l’homme qui se conduisait comme

une femme (est supposée se conduire). Sauf que, juste-

ment, on ne parlait pas d’« homosexuel », mot au sens

précis qui ne s’est répandu qu’à partir du moment où le

critère de démarcation est devenu « même sexe/autre sexe ».

Aujourd’hui, est homosexuel l’homme qui fait l’amour avec

un homme et – mieux encore – qui vit avec un homme une

vie comparable à celle des couples homme-femme, paren-

talité comprise. Alors que la fairy renforçait par contraste

un modèle familial qu’elle ne pratiquait généralement pas,

l’homosexuel(le) contemporain(e) revendique de pouvoir

mener comme tout le monde une vie de famille « normale ».

Il n’y a pas si longtemps, le stéréotype et la caricature

de l’homosexuel, c’était la féminité affichée des fairies.

À notre époque, avec la culture, voire le culte, du corps,

c’est l’image de l’homme délibérément masculin qui l’em-

porte. La folle, le drag, l’outrance provocatrice valent pour

la Gay Pride, pour le spectacle et la fête, mais chacun sait

ces exhibitions secondaires comparées à la fréquentation

régulière d’une salle de gym où chacun entretient son capi-

tal-corps, quelle que soit sa sexualité.