Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)

> S’autoriser à être heureux et sortir de l’épuisement

Il faut apprendre à nos enfants très tôt dans leur développement à

contempler les mouvements du ciel et à admirer la croissance lente des

arbres. S’offrir le loisir de contempler, se donner la chance de s’émerveiller

ou prendre le temps de savourer… Voilà trois piliers du bonheur qui

gagnent à se transformer en socles d’une véritable éducation au bonheur si

l’on souhaite transmettre à ceux que nous éduquons les moyens de se

maintenir solidement sur ce huitième échelon.

 

> S’autoriser à être heureux et sortir de l’épuisement

Se préoccuper du bonheur de ses enfants, c’est aussi prendre la

résolution de s’occuper de son propre bonheur… Pour être heureux, il faut

en effet d’abord et avant tout décider de l’être… C’est une condition, certes

pas suffisante, mais assurément nécessaire pour espérer pouvoir un jour se

déclarer heureux… Décider d’être heureux, c’est, par exemple, se donner la

force de quitter l’endroit dans lequel on brûle, en cas de burn-out, si rien

dans cet endroit ne semble en mesure de changer. On ne demeure pas dans

le feu quand on veut sortir vivant d’un incendie. Décider d’être heureux,

c’est par exemple aussi se doter de la lucidité suffisante pour activer ses

ressources internes et externes de façon à alimenter une trajectoire de

résilience qui se définit essentiellement par un développement inattendu,

évidemment différent de ce qu’il aurait été sans le traumatisme qui en a

fracassé le cours normal. On ne s’en sort pas en résistant à l’épreuve

comme si elle n’avait pas eu lieu, mais en ne se laissant pas abîmer par elle.

Décider d’être heureux, c’est par exemple encore une façon de s’armer de la

sagesse pour transformer les crises qui nous traversent en opportunité de

réaliser cette métamorphose qui permet de changer notre façon d’être dans

le monde tout en ayant le sentiment, en dépit de la modification, de

persévérer dans notre être. La crise nous permet de demeurer nous-mêmes

en tirant les leçons de ce qui a été vécu pour évoluer.

Une rupture peut évidemment être vécue comme une déchirure. Elle

donne l’impression de briser celui qui la subit en le condamnant à vivre

éternellement dans un monde désolé. Elle peut cependant tout aussi bien

être envisagée comme une coupure qui permet de vivre autre chose,

autrement et avec d’autres personnes, en donnant à celui qui l’éprouve le

sentiment de pouvoir se créer un monde nouveau ouvert à des rencontres

auxquelles il s’était, jusque-là, fermé.

Un ébranlement peut être vécu comme un effondrement. Tout semble

s’écrouler autour de celui qui vit comme un désastre la mise à sac de ce

qu’il considère comme les piliers de sa vie. Un ébranlement peut cependant

tout aussi bien s’envisager comme une secousse salutaire qui invite à

revisiter la façon immuable dont jusque-là on percevait le monde et ce qui

nous reliait à lui quand ce que l’on concevait comme le socle de nos

manières d’être s’est précisément révélé trop fragile.

Une crise peut être envisagée comme la manifestation brutale d’une

aggravation de la situation vécue. Elle donne alors l’impression de

déstabiliser émotionnellement celui qui la subit en le condamnant à vivre

éternellement entre deux eaux dans le climat de marasme permanent qui

s’attache à cette attente passive qui se lie à l’irrésolution. Une crise peut

tout aussi bien s’envisager comme une incitation à prendre une résolution,

une invitation pressante à faire un choix. Elle donne alors l’impression

d’être cet élément moteur de décision sans lequel l’engagement ne trouve

pas la force de se réaliser.

Une rupture, un ébranlement et une crise, chez un être humain, sont

invariablement une affaire de représentations mentales. Ces vues de l’esprit

peuvent évidemment menacer le bonheur quand elles signifient qu’il ne

peut être question, au-delà du fracas, de construire quoi que ce soit ou de se

reconstruire d’une quelconque façon. Elles peuvent cependant également se

poser comme des étapes sur le chemin du bonheur. Elles invitent à

réaménager notre vision du monde, à revisiter le patrimoine que nous

pensions immuable de toutes les idées toutes faites qui donnaient

l’impression jusque-là de faire tenir debout notre existence ou à sortir de

l’irrésolution pour décider de ce qui semble réellement bon pour soi-même

et pour ceux qui nous entourent dans le chemin qui nous conduit au

bonheur.

 

Épuisement parental plutôt que burn-out

 

En s’égarant hors de la sphère professionnelle pour envahir le champ

familial, la notion de burn-out ne risque-t-elle pas de contribuer à

« pathologiser » toutes les formes légitimes de « ras-le-bol » parental

dans une société qui a sans doute trop tendance à faire reposer

l’intégralité de la pression éducative sur le couple conjugal, que celui-ci

soit uni ou séparé ?

Le « burn-out parental » gagnerait sans doute de ce point de vue à être

dans un premier temps mieux nommé. Pourquoi s’acharner à utiliser un

anglicisme attaché à une métaphore qui suggère une maladie

professionnelle ? Le mot français « épuisement » désigne sans doute

plus précisément l’état dans lequel se trouve celui qui est littéralement

vidé par une parentalité vécue comme excessivement énergivore.

L’épuisement, c’est aussi fondamentalement une métaphore, en français

celle-là, qui suggère l’état d’un sol mis à sec, d’une rivière tarie ou d’un

puits qu’on a complètement vidé. Ces trois images décrivent sans doute

mieux qu’un embrasement l’état du parent qui ne dispose plus d’aucune

énergie parce qu’il est complètement usé par des sollicitations

incessantes, par l’envahissement constant et la surcharge permanente

que provoque l’éducation des enfants quand le niveau d’exigence qu’on

se donne à soi-même est trop élevé.

Cet épuisement parental s’explique par un contexte social qui valorise

l’excellence dans tous les domaines, multiplie les rôles sociaux de

chacun, exacerbe l’individualisme et consacre, partout, le culte de la

performance. Quand il faut être à la fois un parent parfait, un conjoint

modèle, un homme ou une femme exemplaire et un professionnel hors

pair, il est normal que le manteau craque par endroit et cela peut

évidemment se manifester d’autant plus facilement dans une fonction

parentale hypertrophiée que définit l’hyper-parentalité contemporaine.

Sans doute vaut-il mieux pouvoir se dire « Mes enfants m’épui sent. Je

dois trouver quelqu’un dans mon entourage pour me soutenir » qui

laisse penser qu’on doit maintenant penser à soi et s’accorder du temps

en le libérant des contraintes plutôt qu’un « Je fais un burn-out. J’ai

besoin d’un coaching » qui suggère qu’on accepte l’idée d’être victime

d’une maladie dont on donne à d’autres que soi l’autorité de nous

guérir.

De la même façon, pouvoir dire à ses enfants tout simplement « Je suis

fatigué(e). J’ai besoin d’être tranquille et d’avoir un peu la paix » paraît

sans doute à leurs oreilles bien mieux audible qu’un « Vous me rendez

malade. À cause de vous, je ne vais pas bien » qui se révèle à la fois

bien plus culpabilisant et moins précis dans la description des

comportements attendus d’eux…

L’absence de force, l’abattement et la faiblesse intensément ressentis

s’expliquent par le vécu prolongé de la tension excessive qui menace la

relation éducative au point de l’exposer au risque de se rompre et/ou à la

pression trop forte que le parent met sur lui-même et fait peser sur son

enfant au risque que l’un ou l’autre se sentent écrasés sous le poids des

exigences démesurées.

Quand la tension se fait excessive, le risque est alors de « craquer »

parce que la relation est elle-même trop souvent poussée jusqu’à son point

de rupture. Or, cet excès de tension se réalise essentiellement quand le

courant qui pousse à souhaiter, vouloir ou exiger se heurte à des résistances

qui s’opposent à la toute-puissance des désirs. Il sera question pour le

parent qui refuse de lâcher prise soit d’augmenter la force du courant en se

montrant de plus en plus ferme dans ses exigences, soit de venir à bout des

résistances en les combattant avec force… Dans les deux cas, cette lutte

peut s’avérer terriblement énergivore. L’autre option, celle du lâcher-prise,

est au contraire de diminuer la force du courant pour éviter qu’il soit

dévastateur et ravage tout sur son passage en réduisant son seuil d’exigence

ou de se mettre davantage à l’écoute des résistances en acceptant leur raison

d’être et en se donnant par rapport à elles davantage de tolérance.

Quand la pression se révèle trop intense, il est question de s’écrouler

sous le poids d’une force trop puissante qui se manifeste sur une surface

trop limitée en menaçant d’écraser ce qui s’y trouve. Dans ce second cas, il

doit pouvoir être question soit de réduire le poids des exigences, soit de le

répartir sur d’autres objets qui ne concernent pas l’enfant, mais des espaces

de développement moins soumis à la tension. Un parent qui focalise toute

son attention sur les résultats scolaires de son enfant aurait ainsi vite fait de

se mettre la pression et de mettre son enfant sous pression s’il ne se réserve

pas suffisamment d’énergie pour investir d’autres objets de préoccupation

sous la forme de hobbys ou d’activités personnelles auxquelles il accorde

suffisamment d’importance…

C’est pour cela que les parents qui ne veulent ni se mettre sous pression

ni mettre leurs enfants sous pression doivent absolument ne pas être

oublieux d’eux-mêmes. En élargissant le champ de leurs préoccupations, ils

augmenteront la surface sur laquelle se fait ressentir la force d’une pression

existentielle qui confine alors plus naturellement au goût de vivre.