Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)

2.1. Le parent zen

représentent la punition et la sanction.

Le répertoire des pratiques éducatives parentales positives qui est

ressorti de ce mouvement a alors donné naissance à trois prototypes de

parents qui se sont mis à fonctionner comme des modèles illusoires de ce

que devrait être une parentalité parfaite, sans failles et sans faiblesses. Ces

trois figures emblématiques se sont combinées pour former l’armature du

portrait que l’hyper-parent entend donner de lui-même :

• le parent zen ;

• le parent hyper-communicant ;

• le parent super-tolérant.

 

2.1. Le parent zen

Il est la version caricaturale du parent que rien ne touche. Maître absolu

de ses nerfs, flegmatique jusqu’au bout des ongles, gouverneur sans

faiblesse de ses émotions, il demeure en tout temps imperturbable quand

bien même son enfant ferait de son mieux pour se montrer insupportable.

Les papas-sphinx et les mamans olympiennes sont devenus, dans le

registre de la zénitude parentale, les modèles d’une parentalité toute en

retenue, aussi solide qu’un mur contre lequel viendraient systématiquement

s’écraser les colères de leurs enfants. Ceux-ci, confrontés au calme

imperturbable d’adultes, épuisés par leurs propres débordements

émotionnels, en viennent alors à imaginer leurs parents comme de profonds

insensibles capables, eux, de dire leur colère sans l’exprimer ni par leur

voix ni sur leur visage ni à travers leur corps…

Le problème avec la zénitude parentale, c’est qu’elle ne délivre pas aux

enfants la totalité des informations dont ils ont pourtant besoin pour

décoder l’état émotif parental. Dire « Je suis très fâché » sur un ton qui ne

laisse rien paraître et laisse le corps à l’écart, c’est en effet une façon

d’annuler le message qu’on dit par ce qu’on montre de soi. Le parent qui ne

s’énerve pas en expliquant qu’il est en colère contredit par son langage

corporel le message qu’il transmet par des mots. Ces derniers deviennent

alors peu crédibles, déconnectés de la réalité ou peu en phase avec ce que

l’adulte éprouve réellement.

Par ailleurs, cette manière de procéder tend à favoriser chez le parent

une forme de refoulement dans l’expression des affects qui, sur le plan de l’expression affective, peut dans la durée s’avérer particulièrement

oppressante. Imploser de l’intérieur quand on s’est obligé à contenir

l’expression affective qui frappait avec vigueur aux portes de notre corps et

de notre visage sur lesquels elle comptait pour se manifester suppose

parfois qu’on paye un coût exorbitant à toutes ces émotions. Étouffées dans

l’œuf, ces dernières se vengent en usant les systèmes physiologiques trop

longtemps maintenus sous silence.

Pour toutes ces raisons, le parent zen gagne évidemment à être remplacé

par un parent qui vit pleinement ses émotions en ne se laissant toutefois

pas déborder par elles. Être en colère, ce n’est pas avoir une crise de colère,

c’est juste être en colère et le montrer par la voix, par le corps et par ce

qu’on dit en assurant la congruence complète du message transmis. Avoir

une crise de colère signifie que la colère nous déborde et que, pour une

raison ou l’autre, elle nous met en conflit avec nous-mêmes. C’est en

quelque sorte une colère contre sa colère. Il n’est pas question de plaider ici

pour le bien-fondé des crises de colère, mais de concevoir d’une part que le

refoulement de la colère rend la crise plus probable et de bien comprendre

d’autre part la distinction entre la crise de colère qui se manifeste quand une

émotion déborde et la manifestation physiologique et expressive de la

colère qui en constitue une composante naturelle.

Accepter sa colère suppose ainsi de ne pas en mutiler l’expression en

maintenant le corps silencieux et en supprimant toutes les manifestations

qui sur le visage la révèlent sans ambiguïté.

 

Quelques conseils pour en finir avec le parent zen

 

• En tant que parent, je m’accorde le même droit que mes enfants

d’éprouver des émotions.

• Les émotions ont naturellement une composante expressive et

physiologique dont je dois tenir compte. En m’autorisant à exprimer

pleinement mes émotions, je les communique d’ailleurs avec davantage

de force.

• Fondamentalement subjective, une émotion ne peut pas être contredite

ni dans son intensité ni dans la légitimité qu’on se donne de l’éprouver.

• Au sein de la famille, il n’y a pas de hiérarchie statutaire émotionnelle.

Les émotions ressenties par papa ou maman sont tout aussi importantes