Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)
Chapitre 1 L’hyper-parentalité, c’est quoi ?
Chapitre 1
L’hyper-parentalité, c’est quoi ?
1. Une question de mots
Le fait que les parents s’autodésignent sans trop de peine « hyper-
parents » tient sans doute à l’ambiguïté sémantique fondamentale du
concept. Au rayon des mots nouveaux, le terme « hyper-parentalité » n’a en
réalité pas eu trop de mal à s’installer. En s’échafaudant à partir de la
contraction de deux termes qui manifestaient déjà chacun une très grande
popularité, le néologisme ne courait effectivement pas trop de risque. Le
préfixe « hyper » et le mot « parentalité » font désormais partie du
patrimoine linguistique populaire de tout un chacun, particulièrement dans
le domaine de la pédagogie usuelle et de la pop psychologie. L’un et l’autre
gagneraient cependant à être mieux définis. Leur imprécision d’origine les
invite en effet à flotter dans un champ sémantique flou et parfois même un
peu contradictoire.
Le préfixe « hyper » est issu du grec huper qui signifie « au-dessus » ou
« au-delà ». Il a d’abord colonisé le jargon médical pour désigner un
dysfonctionnement qui se produit par excès : hypertension, hyperacousie,
hyperalgésie ont par exemple été utilisées pour désigner une pathologie qui
se manifeste par un fonctionnement excessif du système ou de la fonction
mis en cause. Dans le même temps cependant, le préfixe s’est répandu dans
le registre langagier populaire où il s’est mis à signifier « super, vachement
bien » et peut même, s’il poursuit dans cette direction, révéler que quelque
chose ou quelqu’un est « hyper-top » ou « hyper-méga » génial.
Quand un préfixe est utilisé pour désigner à la fois un état pathologique
et une qualité remarquable, il ne peut qu’être à l’origine d’ambiguïtés.
L’hypersensibilité, par exemple, surfe actuellement sur ce double sens pour
révéler, en s’installant dans cette zone sémantique grise qui organise la
rencontre entre le vocabulaire pédagogique et celui qui appartient au monde
médical, tout à la fois un dysfonctionnement affectif et un signe d’élection. C’est cette même double acception qui explique que le terme d’hyper-
parentalité est accueilli avec un léger sourire qui invite à tourner soi-même
en dérision cet état faussement pathologique dans lequel vient se glisser un
petit air de supériorité dans un domaine – la parentalité – où le niveau de
compétence attendu est particulièrement prisé. Être qualifié d’hyper-parent,
c’est en quelque sorte être considéré comme un « super-parent » qui aurait
un peu, légèrement ou beaucoup dérapé parce qu’il se serait laissé déborder
par des prétentions excessives et des intentions éducatives trop proches de
la perfection.
Le mot « parentalité » est par ailleurs lui aussi nimbé d’imprécision.
Apparu relativement récemment, il se confond souvent avec celui
d’éducation familiale. Ce dernier, jusqu’à la fin des années 1980, était seul
en scène pour désigner la forme éducative mise en mouvement par les
parents en complément de l’éducation scolaire qui était du ressort de
l’institution scolaire. Il était donc question par les termes « éducation
familiale » et « éducation scolaire » de scinder deux mondes, celui de la
famille et celui de l’école. Deux mondes certes perméables aux influences
l’un de l’autre, mais suffisamment étanches pour susciter deux formes
éducatives distinctes…
C’est dans ce contexte de séparation des sphères d’influence éducative
que le mot « parentalité » a fait son apparition pour préciser la forme que
prenait l’éducation familiale en se singularisant de plus en plus en fonction
de chaque enfant. L’idée de parentalité s’est mise à désigner la façon dont
chaque enfant à l’intérieur de la famille transforme l’éducation qu’il reçoit
pour en faire quelque chose d’unique et de singulier. On peut effectivement
éduquer ses trois enfants de la même façon, selon les mêmes principes et en
adoptant des stratégies similaires, ils n’en feront pas moins chacun quelque
chose de différent pour produire un développement singulier, particulier et
toujours unique. La parentalité, c’est donc la façon dont l’enfant reçoit
individuellement l’éducation qui lui est donnée par son parent et y réagit
pour en faire un produit unique impossible à dupliquer. Elle est le résultat
d’une pédagogie familiale qui s’est fondamentalement différenciée. Dans
un contexte qui valorise l’épanouissement individuel, singulier et original
auquel chacun est invité à participer, elle donne à l’enfant un rôle actif dans
l’éducation qu’il reçoit de la part d’un parent qui ne dispose plus de
suffisamment d’autorité pour se réserver le monopole ou l’exclusivité de la
forme qu’il entend donner à l’éducation de ses enfants…