Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)

2. Le parent drone, comme un parent hélicoptère « amélioré »

Conduire son enfant vers l’autonomie apparaît pourtant souvent pour le

parent hélicoptère comme une véritable gageure. Il éprouve l’impression

que s’il ne fait pas « avec » l’enfant, voire à sa place, l’enfant n’agira pas.

Or, c’est tout à fait l’inverse qui se produit : l’enfant éprouve le besoin

qu’on le regarde faire, qu’on accorde de l’intérêt à ce qu’il réalise et non

pas qu’on fasse avec lui et encore moins qu’on fasse à sa place.

C’est pour cela qu’il faut respecter l’autonomie de l’enfant sans

considérer celle-ci de manière un peu restrictive comme la capacité de se

débrouiller seul, mais plutôt comme l’aptitude à faire appel aux autres

quand cela est nécessaire, c‘est-à-dire pas systématiquement à la moindre

difficulté, mais seulement quand cela se révèle indispensable. Pouvoir

disposer d’un support qui ne s’active qu’en cas de nécessité, voilà ce

qu’attendent les enfants. Ils n’ont pas besoin de l’assistant trop zélé qui se

cache derrière le parent hélicoptère et qui intervient à tout bout de champ en

ne laissant pas le temps à l’activité autonome de se mettre en place, mais

d’un soutien disponible sans être envahissant qui guide, oriente et supporte

l’activité sans jamais se substituer à celui qui est en action.

 

Quelques conseils pour stimuler l’autonomie de l’enfant

 

• Se limiter à regarder faire sans « faire avec » ni « faire à la place »

même si cela se révèle généralement plus productif.

• Accepter que l’enfant tâtonne sans intervenir.

• Se montrer disponible sans se révéler envahissant.

• Garder en tête qu’il vaut mieux une tâche accomplie imparfaitement et

prenant davantage de temps par l’enfant seul qu’une œuvre réalisée plus

rapidement et plus proche des standards de perfection, mais dont

l’enfant ne s’attribue pas la paternité parce qu’il perçoit la part

excessive qu’y a prise l’adulte.

 

2. Le parent drone, comme un parent hélicoptère

« amélioré »

 

2.1. Des émotions mises sous cloche

« Une émotion n’est ni bonne, ni mauvaise, ni juste, ni injuste, ni vraie,

ni fausse… Une émotion est »22. Cette phrase de Deleuze exprime

parfaitement le fait que les émotions ne sont, en elles-mêmes, ni positives ni

négatives et que la joie n’est pas une émotion meilleure que les autres sous

le seul prétexte qu’elle serait plus agréable à éprouver.

Le bonheur ne s’obtient pas au prix d’une joie permanente. Il suppose

même d’intégrer des moments de tristesse quand il permet de visiter le

passé avec nostalgie, d’éprouver du plaisir à avoir peur quand il est question

de s’en amuser ou de se sentir heureux parce qu’on est en mesure de

s’indigner de ce qui heurte nos valeurs. La joie ne se confond pas

complètement avec le bonheur. C’est en explorant l’ensemble de la palette

de ses émotions qu’un enfant trouve le mieux la voie de son

épanouissement.

Il faut permettre à chaque enfant de visiter l’ensemble des émotions

mises à sa disposition pour éprouver ce qu’il vit et l’autoriser à ressentir le

plus authentiquement possible les états émotifs qu’il associe aux différents

évènements de son existence. Les hyper-parents ont parfois trop tendance à

déclarer infréquentables les émotions d’évitement que représentent la peur,

la tristesse et le dégoût. Ces émotions accompagnent pourtant des tranches

de vie essentielles. Elles sont le support à quelques-uns des apprentissages

les plus importants que nous réalisons au cours d’une existence.

 

Pourquoi il ne faut pas craindre que les enfants « vivent » la

mort des animaux auxquels ils sont attachés

 

Les hyper-parents ont tendance à privilégier comme animal de

compagnie le poisson rouge au chien ou au chat. Il y a de nos jours trois

fois moins de chiens et de chats dans les familles et près de trente fois

plus de poissons rouges. Cela tient en grande partie au fait qu’on ne

s’attache pas à un poisson rouge, qu’il est facilement remplaçable. Le

parent anticipe dès lors que sa mort ne causera pas chez l’enfant tout un

drame.

Les animaux de notre enfance nous en apprennent beaucoup sur

l’amitié, l’amour et la mort. On ne les enterre jamais vraiment nulle

part, car ce n’est en définitive jamais que dans notre cœur d’enfant

qu’ils sont véritablement ensevelis.

Pour un enfant, vivre la mort de l’animal auquel il est attaché est

évidemment une épreuve. Mais certaines épreuves permettent de

réaliser des apprentissages essentiels qui font grandir. En effet, il

faudra bien apprendre l’incertitude de la finitude et la vie finira bien par

nous en faire la leçon. Il vaut alors mieux sans doute la vivre dans le

cadre bienveillant et affectivement sécurisant d’une famille qui voit

mourir ensemble celui qui est devenu l’ami et parfois même le meilleur

ami de l’enfant.

On se souvient tous, quand on a été attaché à un animal pendant

l’enfance, de la mort de celui-ci. C’est une expérience édifiante à

laquelle il ne faut pas vouloir à tout prix soustraire l’enfant parce

qu’elle le construit et l’aide à grandir en inondant sa jeune vie d’un

souvenir douloureux, mais impérissable. C’est pour cela qu’il ne faut

pas hésiter à peupler sa vie d’enfant d’un chien ou d’un chat auquel il

s’attachera. C’est avec lui qu’il apprendra le mieux que l’amour ne

disparaît pas avec la mort et que, pour un être humain, s’attacher, c’est

s’ouvrir la voie vers une joie profonde évidemment, mais aussi vers une

tristesse à venir tout aussi profonde.

Voilà ce qu’apprend aux enfants l’expérience douloureuse, mais

fondamentale de la mort de son compagnon animal : le chagrin est

souvent le prix que nous payons pour l’amour, mais rien ne justifie pour

autant de renoncer à l’amour. L’amour et la mort sont les leçons

essentielles qui rendent les hommes véritablement humains. À la mort

de l’animal pendant notre enfance, une partie de notre vie s’éteint et

devient un souvenir qui sera toujours beau si l’on a aimé, quelle que

soit la tristesse qu’on éprouve au moment de sa perte.

Notre devoir de parent ne consiste ni à faire croire à nos enfants que le

monde ne contient pas de peine ni à les endurcir pour qu’ils puissent

affronter un monde cruel et insensible, mais à les éduquer pour qu’ils

contribuent à rendre ce monde moins cruel et moins insensible. Pour

cela, ils doivent appren dre à s’attacher et à éprouver la peine du

détachement. C’est à cela que leur servent aussi ces petits animaux : en

devenant leurs meilleurs amis, ils leur font cadeau de la plus belle des

façons d’une profonde et inoubliable leçon de vie…