Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)
Conclusion
Se projeter dans le temps, quand « le futur semble ne pas avoir
d’avenir » est un exercice difficile qui ressemble parfois à un saut dans le
vide, à un plongeon dans l’inconnu. Dans un monde que l’angoisse étreint
parce que l’urgence climatique déjà préoccupante pour l’avenir y a été
bousculée par la violence d’une pandémie et la brutalité d’une guerre, il est
important de savoir comment accompagner nos enfants et nos adolescents
pour les aider à prendre leur place dans ce monde au sein duquel, en tant
que parents, nous les avons convoqués à naître.
Pour un hyper-parent, les temps sont durs. Il se rêvait parent parfait d’un
enfant parfait dans un monde parfait et voilà que ses trois illusions
s’écroulent. Il ne sera jamais parfait et doit au contraire faire taire cette
petite voix dans sa tête chaque fois qu’elle lui suggère que c’est possible.
Son enfant ne sera pas parfait et n’a même pas à chercher à l’être au risque
de mettre son développement sous une pression à la fois inutile, vaine et
nuisible. Quant au monde, il montre tant et plus que la perfection n’est pas
pour lui. Les indices de décrépitude que révèle la planète indiquent tant et
plus qu’il n’est plus question de rêver à le refaire, mais davantage de
s’attacher à éviter qu’il ne se défasse.
Mettre des mots sur ce qui se passe quand l’univers devient incertain
dans son évolution, quand les circonstances géopolitiques rendent partout la
paix fragile et quand nous constatons qu’un virus peut mettre à genoux nos
sociétés, c’est faire en sorte que la peur, brute et instinctive, et l’angoisse
sournoise et diffuse se transforment en inquiétude partagée à travers
laquelle, en réfléchissant à ce qui fait peur et en pensant précisément à ce
qui nous angoisse, nous devenons des êtres humains capables de faire
ensemble de ce monde imparfait un objet de réflexion suffisamment élaboré
pour qu’avec nos enfants et nos adolescents nous soyons en mesure de
participer à l’élaboration d’un monde vivable pour chacun et respirable
pour tous. La peur se transmet directement, l’inquiétude se partage dans
l’échange intellectuel et l’angoisse se propage sournoisement dans le non-
dit.
Les hyper-parents vont incontestablement augmenter leur anxiété et
même la porter à un niveau insoutenable s’ils ne renoncent pas à leurs trop
lourdes prétentions éducatives, s’ils ne maîtrisent pas la manière dont ils
conçoivent le bonheur actuel et futur de leurs enfants et s’ils ne domptent
pas l’idée que le monde meilleur dont ils rêvent pour leurs enfants demeure
à construire et échappe au moins partiellement à leur volonté de contrôle et
à leurs exigences…
L’objectif premier de l’éducation n’est-il pas de donner aux enfants et
aux adolescents l’envie de grandir ? Plus que jamais, le devoir d’un parent
est d’être heureux dans ce monde, parce que c’est le bonheur qui donne
envie de grandir, sans se satisfaire de l’état dans lequel il est. C’est ce souci
de changement qui aide les enfants à ne pas confondre la joie permanente,
la satisfaction continue et le contentement constant dont on confond trop
souvent le goût acidulé avec celui, plus profond et plus durable, du
bonheur serein et partagé auquel répond sans doute la véritable nécessité
actuelle d’éduquer nos enfants.
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