Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)
3.2. L’enfer des devoirs scolaires
posera.
Quelques conseils face à la lecture du bulletin
• Apprendre à lire le bulletin comme un « bilan de connaissances », pas
comme un certificat d’aptitude ou un baromètre de son intelligence.
• Éviter d’utiliser le bulletin comme un prétexte pour émettre des
jugements par rapport à l’enfant (ou l’adolescent) et à ses
caractéristiques personnelles.
• Utiliser le bulletin et les évaluations dont il rend compte pour aider
l’enfant à discriminer ce qu’il connaît, ce qui demeure flottant dans le
patrimoine de ses connaissances (pour lequel il faudra encore s’exercer)
et ce qui n’est pas connu, pas compris ou insuffisamment (sur quoi il
faudra revenir en donnant d’autres explications).
• Faire en sorte que l’enfant comprenne ses erreurs et ne les vive pas
comme des fautes qu’il ne pourrait plus s’autoriser à commettre ou des
insuffisances qu’il n’aurait plus le droit de manifester.
• Faire de l’évaluation un moment d’apprentissage délesté de stress qui
ne doit en aucun cas saper l’estime de soi de l’enfant et parasiter son
plaisir d’apprendre, son envie de connaître et son désir de découvrir.
3.2. L’enfer des devoirs scolaires
> De l’hyper-parent au parent hurlant
Ce n’est généralement pas en criant qu’on parvient le mieux à se faire
comprendre, mais en s’exprimant clairement, précisément et distinctement.
Une voix douce, grave et posée donnera assurément, de ce point de vue, un
meilleur résultat que celle qui, en hurlant, prendrait la forme d’un
beuglement, d’un mugissement ou d’un rugissement, c’est-à-dire toutes ces
formes de crierie animale qui évoquent la violence probable de leur
réaction.
Il en va tout autrement évidemment s’il s’agit de pousser un cri
d’alarme, d’émettre un grognement de plaisir, d’aboyer pour faire peur ou
d’éructer en vue de galvaniser. On ne crie pas, dans ces cas-là, pour être écouté dans la longueur, mais juste pour se faire entendre de façon
fulgurante. C’est pour cela sans doute que les enfants trouvent généralement
incongru de voir leurs parents crier à tout bout de champ notamment
lorsqu’ils cherchent à leur expliquer le bien-fondé des règles qui n’ont pas
été respectées. Les cris parentaux n’apportent à cet endroit aucune plus-
value éducative. Au mieux, les enfants s’y habituent et cela n’a aucun autre
effet sur eux que celui de leur apprendre à crier à leur tour chaque fois qu’il
leur semble utile de se faire entendre. Au pire, ils apprennent à réagir par la
peur et cela exerce sur eux soit un effet délétère, soit un effet franchement
négatif. Appel à l’aide paniqué, rappel brutal à l’ordre ou applaudissement
vocal exalté, le cri fait partie du répertoire humain. Pour demeurer
approprié, il doit nécessairement être contenu dans ses fonctions naturelles.
C’est pour cela qu’on dicte le plus souvent des consignes sans élever la
voix et avec assertivité et qu’on ne crie des ordres avec agressivité que si on
entend gouverner par la peur, transmettre l’urgence d’une réaction
individuelle ou collective de panique ou galvaniser par la voix une personne
ou un groupe en vue de le pousser à réaliser une performance. Hors de ces
trois fonctions, le cri s’égare et perd, indépendamment du soulagement
émotionnel temporaire qu’il provoque, toute raison d’être. Le « cri
éducatif » apparaît donc comme une réaction à la fois inappropriée,
incongrue et inefficace qui traduit un mouvement émotionnel, mais ne rend
absolument pas compte d’une intention pédagogique valide.
Pousser un cri ou donner une explication ne relève en réalité absolument
pas du même registre mental chez un être humain. Cela n’a absolument
aucun sens de donner une explication en hurlant et cela ne sert
généralement à rien de pousser un cri pour s’expliquer. Le mélange des
genres ne provoque, sur le plan éducatif, rien d’autre qu’une impression de
chaos et de profond désordre…
Il y a clairement le temps du cri, bref, fulgurant et instinctif et celui de
l’explication, lent, patient et mûrement réfléchi. Le premier est activé par ce
que Kahneman24 appelait le système 1, rapide, intuitif et émotionnel tandis
que le second est mis en mouvement par le système 2, plus réfléchi,
davantage contrôlé et plus logique. Il ne s’agit pas, en réalité, d’établir une
hiérarchie entre ces deux systèmes de pensée, en prescrivant par exemple
systématiquement l’un et en proscrivant l’autre, mais bien de tenir compte
de ce que l’un et l’autre peuvent représenter sur un plan adaptatif. Pour cela,
il est impératif d’éviter par exemple de confondre la fonction de régulation émotionnelle qu’on attribue à l’action de crier et le rôle éducatif qu’on