Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)

> Des devoirs « nouvelle formule » spécialement adaptés aux hyper-parents

s’efforce parfois, plus ou moins sournoisement, de donner à la conduite

quand on tente de la justifier a posteriori…

En envisageant les choses de cette manière, le parent qui se laisse aller à

crier ne doit pas s’en culpabiliser outre mesure, mais simplement considérer

son comportement comme une réaction émotionnelle impulsive qui, mis à

part le fait qu’elle fournit à l’enfant une information sur l’état émotionnel

de son parent, ne peut être considérée comme un comportement éducatif

pertinent. Être un papa ou une maman qui crie n’est pas nécessairement être

un parent défaillant pour autant que le cri, limité dans le temps, puisse être

interprété par l’enfant comme un comportement qui ne le menace pas

directement et qui ne signifie rien d’autre que le fait que le parent, surpris

par l’intensité de sa propre émotion, s’est laissé, l’espace d’un moment,

débordé par elle au point d’activer cette partie du cerveau qui réagit

instinctivement sans passer par la case « réflexion ». Ces cris-là, brefs,

irréfléchis et impulsifs ne causent en réalité de véritables dommages chez

les enfants que s’ils prétendent avoir une vocation éducative et se

prolongent dans le temps en indiquant qu’ils pourraient signifier autre chose

que la réponse directe à une impulsion instinctive mal contrôlée.

Un parent qui se met à crier dès qu’il accompagne son enfant dans les

devoirs scolaires doit de toute urgence céder la main parce que les devoirs

scolaires, quand ils s’étendent dans la durée, prolongent en même temps,

inévitablement, le temps des cris au-delà de ce qui est supportable pour un

enfant. Les cris du parent durablement exaspéré risquent en effet de sonner

durablement le glas du plaisir d’apprendre de l’enfant en même temps qu’il

torpille lourdement l’estime dans laquelle il se porte quand ces

apprentissages se réalisent un peu plus difficilement…

On peut crier sporadiquement lorsqu’on a perdu son chemin pour attirer

l’attention des secours ou, éventuellement, pour ramener autoritairement sur

la route celui qui s’en éloigne. Crier de façon continue tout au long d’un

chemin constitue à tous les coups une façon absurde de se comporter. Elle

épuise très vite le crieur et devient rapidement terriblement fatigante pour

celui qui l’accompagne…

 

> Des devoirs « nouvelle formule » spécialement adaptés aux hyper-

parents

Derrière un élève qui sourit de contentement quand il n’y a pas de

devoirs, il y a souvent un parent qui soupire de soulagement. Les devoirs

sont souvent, au sein des familles, une épouvantable source de tension qui

transforme la scolarité de beaucoup d’enfants en épreuves de force

continues…

Les devoirs scolaires sont aussi à l’origine d’un profond malentendu

entre l’école et la famille. Les parents ne compren nent pas toujours ce

qu’on attend d’eux : soutenir leurs enfants pour qu’ils entraînent des

compétences acquises. Ils s’imaginent qu’ils doivent nécessairement et à

tout prix les conduire jusqu’au bout du devoir, c’est-à-dire se transformer

eux-mêmes en enseignants. Si leurs enfants n’apprennent pas assez rapi‐

dement à leurs yeux de parents angoissés, ils risquent de perdre pied, de

s’énerver et d’émettre une épouvantable contre-pédagogie par laquelle

l’enfant aura très vite fait de torpiller totalement ce qui lui reste de son

plaisir d’apprendre…

Les devoirs produisent des dégâts considérables quand ils deviennent

une source de tension entre un parent affectivement impliqué par l’idée de

voir son enfant progresser et un enfant qui perçoit qu’il inquiète, qu’il

déçoit ou qu’il énerve parce que l’apprentissage n’est pas, pour lui, un long

fleuve tranquille. Pour évoluer, il a besoin d’avancer à tâtons, de se tromper

régulièrement et même de s’égarer inévitablement de temps en temps, pour

retrouver ensuite son chemin en étant éventuel lement guidé par un adulte

qui sait par quelle voie le diriger et qui peut sereinement, parce que c’est

son métier et qu’il a appris à le faire, remettre l’élève sur la bonne route.

Quand l’hyper-parentalité s’en mêle, le malentendu parents-enseignants

est souvent terriblement lourd de conséquences pour l’enfant qui peine à

faire ses devoirs en famille et est très préjudiciable pour l’élève qu’il

devient chaque fois qu’il retourne à l’école alourdi d’avoir « travaillé » avec

ses parents dans un climat excessivement tendu. Un parent qui s’énerve,

s’agace, s’irrite ou pique des crises de colère en faisant les devoirs avec son

enfant, c’est chaque fois un enfant qui perd confiance en ses capacités

d’apprendre et qui apprend à détester profondément ces épouvantables

maths ou ces terribles dictées qui détiennent le pouvoir de métamorphoser

ses parents en monstres hurlants…

Or, ce malentendu parents-enseignants à propos des devoirs tient

souvent au fait qu’on ne prend généralement pas le temps de s’entendre précisément sur une définition de ce qu’est le devoir scolaire. Pour le

parent, le devoir est un travail que l’enfant doit obligatoirement – quel que

soit le niveau de compréhension atteint – mener jusqu’au bout. Pour un

enseignant, un devoir scolaire est davantage conçu comme une activité

réalisée à la maison en vue d’entraîner des compétences acquises en

classe ou de vérifier le niveau de performance réellement atteint par

l’enfant en fonction des apprentissages qu’il a réalisés à l’école.

Le rôle des parents n’est donc pas de mener leur enfant jusqu’au bout du

devoir, mais de l’accompagner suffisamment longtemps pour qu’il aille

« le plus loin possible », c’est-à-dire jusqu’où il est en mesure d’arriver sans

le support d’un adulte… Il n’y a en effet aucun intérêt pour un enseignant à

évaluer le niveau de compétence atteint par un parent ni même d’obtenir

des résultats qui traduisent la performance de l’élève quand il est soutenu

par un adulte au point qu’il n’est plus possible de relever ce qui concerne

l’un ou ce qui doit être attribué à l’autre. Ce qui importe pour l’enseignant

est de recevoir un devoir qui lui permet de distinguer les socles de

compétence réellement maîtrisés par l’enfant lui-même.

Cette manière de procéder dans laquelle on donne aux parents des

directives claires par rapport à la durée « théorique » du devoir en ne le

sollicitant que pour qu’il veille à accompagner leur enfant le plus loin

possible dans la réalisation du devoir sans intervention de l’adulte ne

présente au bout du compte que des effets positifs… Pour l’enfant d’abord

qui n’est plus confronté à un parent qui, à cause de lui, perd le contrôle de

ses nerfs ; pour le parent ensuite, qui perçoit les limites du rôle qui est

attendu de lui et peut également planifier sans stress le temps consacré au

devoir ; pour l’enseignant, enfin, qui n’est plus condamné à cette tâche

stupide et inutile de corriger des « devoirs de parents » parce qu’il ne

parvient plus à distinguer ce qui relève de la performance effective de

l’élève de ce qui tient davantage à l’influence de l’adulte...

Sur le plan pédagogique, le devoir scolaire prend alors tout son sens

parce qu’il devient l’opportunité de repérer les socles de compétence

réellement atteints par l’élève et permet dès lors (par le tutorat par exemple

en demandant à ceux qui sont parvenus au bout de leur devoir d’expliquer

comment ils s’y sont pris à ceux qui n’ont pas pu mener le devoir à son

terme) à l’enseignement de se poursuivre là où l’élève s’est arrêté, c’est-à-

dire là où ses socles sont atteints ou sont en passe de l’être…

La pédagogie, cette science relativement jeune, gagne souvent à

s’inspirer de ce que dit la philosophie qui en est en quelque sorte la grand-

mère… Dans ce cas-ci, les philosophies stoïciennes apparaissent bien utiles

pour inviter le parent à avoir le courage d’agir sur ce quoi il peut agir (le

temps consacré au devoir, la mise en veilleuse de toutes les stimulations

extérieures au devoir pendant sa durée, la volonté qu’il met à se tenir à la

disposition de son enfant pendant le devoir), la force d’accepter ce qui ne

dépend pas de lui et sur quoi il ne peut pas agir (la volonté de son enfant, le

temps mis par l’enfant pour réaliser complètement le devoir, le contenu plus

ou moins difficile du devoir) et la sagesse de discriminer l’un de l’autre…

C’est à ce prix qu’un parent cessera en s’énervant plus que de raison de se

comporter comme un piètre pédagogue là où le « lâcher-prise » éducatif,

quand il se construit intelligemment et qu’il ne s’apparente pas à de la

démission, à du laisser-faire voire à de la négligence, s’avère indispensable.

Un enfant qui apprend bien est avant tout un enfant qui apprend

sereinement dans un climat confiant, sécurisant et parfaitement apaisé…

 

Quelques conseils pour faire face aux devoirs

 

• Les devoirs ne sont pas conçus pour permettre à l’enfant de faire la

démonstration de ses connaissances, mais pour repérer les parties de la

matière qui échappent à sa maîtrise.

• Le but n’est pas d’aller jusqu’au bout du devoir, mais de s’efforcer

d’aller le plus loin possible.

• Méfiez-vous de l’effet Bachelard qui veut que plus vous maîtrisez une

compétence, moins vous êtes en mesure de la transmettre parce qu’elle

vous paraît trop simple à assimiler et que vous ne concevez pas la

difficulté de l’apprentissage.

• Si vous vous énervez, passez la main… L’enseignement n’est pas

compatible avec le stress et l’apprentissage ne peut pas se réaliser sur

un fond d’anxiété excessif.

• Si vous devez soutenir votre enfant par une forme de tutorat réalisé

par quelqu’un de son âge ou peu éloigné de son niveau de compétence,

songez à motiver l’appreneur si vous souhaitez que l’acte éducatif soit

efficace.

12. RIVIÈRE (Cl.), Leurs enfants dans la ville, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2021, p. 17, coll. « Sociologie urbaine ».

13. Ibid., p. 19.

14. Cycle scolaire belge qui correspond en France à celui allant du CP à la sixième.

15. BOUFFIOUX (M.), Les enfants d’intérieur fruit des angoisses des parents, Paris Match, 7 février 2022.

16. DESMURGET (M.), La fabrique du crétin digital, Paris, Le Seuil, 2019.

17. Génération comprenant les adultes des années 1980, qui manifestaient vis-à-vis des problèmes sociétaux un désengagement et un désintérêt affichés.

18. Données issues de L’année Internet 2019, Médiamat, 2019, cité dans Génération no future ?, Delcourt, mars 2022.

19 ROYANT-PAROLA (S.), LONDE (V.), TÉHOUT (S.) et HARTLEY (S.), Nouveaux médias sociaux, nouveaux comportements de sommeil chez les adolescents, L’Encéphale, 44, 2018, p. 279-293.

20. DESMURGET (M.), op. cit.

21. MONTESSORI (M.), Les étapes de l’éducation, Paris, Desclée de Brouwer, 1932.

22. DELEUZE (G.), L’image-temps, Paris, Minuit, 1985, coll. « Critique ».

23. Lors des Jeux olympiques d’hiver de Beijing en 2022, la patineuse russe Kamila Valieva a été vivement critiquée par sa coache Eteri Tutberidze après son incroyable défaillance lors de son programme libre... Elle lui a notamment dit qu’elle « avait laissé tomber ».

24. KAHNEMAN (D.), Système 1 / Système 2, les deux vitesses de la pensée, Paris, Flammarion, 2016.

 

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