Hyper-parentalité: Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants (French Edition)

2. Le paradigme de la pédagogie positive

vivre ce qui leur reste à vivre en baissant les armes. Les uns et les autres

se rencontrent alors dans la grand-parentalité, cette forme éducative

douce, ce modèle pédagogique du temps apaisé à travers lequel le petit

enfant et l’homme plus âgé ne s’opposent plus aux heures qui passent

en leur laissant prendre tout leur temps pour s’écouler lentement.

En déroulant le fil de leur existence, les hommes en font une histoire

sans, étant enfant, savoir a priori grand-chose de l’aventure qu’ils

vivront et sans nécessairement parvenir à lui donner une signification

au bout du compte. Chaque vie humaine prend la forme d’une histoire.

Elle imite pour cela le cours de l’Histoire : elle est d’abord enfouie dans

une immobile lenteur, celle de l’enfance, puis elle s’accélère peu à peu

et de plus en plus vite pour passer au grand-âge et pour nous laisser à

nouveau, un peu étonné d’avoir vécu, rendre au temps sa lenteur

naturelle.

C’est comme cela que les personnes plus âgées retrouvent le temps lent

que connaissent les enfants. Ils s’amusent alors, en revêtant leur

costume de grands-parents, à égayer leur âme un peu assombrie par les

épreuves de la vie chaque fois qu’ils la voient reprendre instantanément

des couleurs au contact vivifiant des âmes blanches de leurs petits-

enfants.

C’est ce qui se cache derrière le rôle que jouent les grands-parents dans

l’éducation des petits-enfants : l’art de se retrouver ensemble dans un

même rapport au temps apaisé parce que ni l’un ni l’autre ne se montre

trop pressé… L’alchimie éducative se réalise magiquement à travers ce

temps apaisé de la rencontre entre un grand-parent qui, comme le disait

si joliment Victor Hugo3, admire ébloui la grandeur des tout-petits et un

enfant qui découvre avec bonheur que la vieillesse adoucit

merveilleusement le rythme effréné de tous ces gestes trop pressés des

plus grands quand ils luttent contre le temps…

 

2. Le paradigme de la pédagogie positive

 

La pédagogie positive provient, à l’origine, d’une excellente idée.

Partant du constat que la plupart des recherches en sciences humaines

envisageaient essentiellement l’homme et son développement dans sa face

sombre (dépression, mal-être, pathologie, etc.), il semblait tout à fait pertinent d’orienter également les démarches exploratoires en direction de

la face claire, celle qui pousse l’être humain à se développer de façon

optimale, à s’épanouir et à rechercher les mille et une façons d’être le plus

heureux possible sur terre.

Un œil d’amour qui regarde ce qui doit être préservé, stimulé et renforcé

pour façonner de manière la plus complète possible un développement

humain, pour compléter un œil de haine qui observe, lui, tout ce qui va de

travers, gagne à être corrigé, contrôlé et neutralisé quand l’évolution

connaît des ratés. C’est sans doute la meilleure façon d’avoir une vue

d’ensemble sur tous les phénomènes qui participent à l’évolution d’un

phénomène humain. La pédagogie positive, sur ses fonts baptismaux,

répondait donc à une préoccupation toute nietzschéenne d’équilibrer les

points de vue en se donnant les moyens de jeter sur les phénomènes

humains un regard complet qui envisage à la fois ce qu’ils contiennent

d’angélique et ce qu’ils supposent de diabolique. Aucun problème donc

avec ce parti pris d’envisager d’un point de vue positif la psychologie et la

pédagogie humaine. Contester la place abusive qui est consentie trop

souvent au négatif, ce n’est pas a priori une façon de le dissimuler. Juste

une tentative pour rééquilibrer la perspective en embrassant le détestable,

le haïssable et le déplorable autant que l’appréciable, l’aimable et le

remarquable.

Malheureusement, le terme « positif » présente, en lui-même, une

grande ambiguïté dans la mesure où il suppose précisément que tout ce qui

se situe en dehors de lui relève du négatif comme s’il y avait une définition

mathématique du positif. On s’est mis alors à parler de psychologie positive

et de pédagogie positive en imaginant que cette forme pédagogique

condamnait toutes les autres à se révéler négatives. C’est un pas décisif

dans la mise en place d’une forme pédagogique exclusive qui, lorsque les

conceptions qu’elle affirmait se révélaient simplistes, s’est tout

naturellement avérée réductionniste.

Dans la foulée de ce réductionnisme exclusif et simplifi cateur, la

pédagogie positive s’est transformée en guide des bonnes pratiques et a

commencé à se diriger contre un mur. À travers elle, il a semblé possible

pour tout parent de communiquer toujours et en toute circonstance avec

douceur, en ne se laissant jamais envahir par aucun affect, en respectant

scrupuleusement la personnalité de l’enfant, quelle que soit l’inflexion que

celle-ci pouvait prendre, sans jamais entrer dans un quelconque rapport de force que pourraient suggérer ces abominables résidus d’autorité que