Jupe courte
Chapitre IV
Hélas! c’est de nos plus ardentes espérances que naissent nos plus amères tristesses. Ceux qui virent Lise Emmelin le lendemain de cette escapade, faillirent ne la point reconnaître, tant elle avait le front morose, les yeux tristes, avec l’air attrapé d’une chatte à qui l’on a retiré sa jatte de crème. Elle poussait des soupirs à fendre l’âme,—petite bouche si accoutumée au rire,—et la mignardise de sa désolation faisait penser au chagrin qu’aurait une poupée. Mais c’était un très grand chagrin malgré ce qu’il gardait de sourire et de grâce dans ses apparences. Elle s’enferma tout un jour, ne voulut voir personne; la curiosité de la soubrette entendait ces mots à travers la porte: «Ah! c’est affreux! moi qui l’aime tant! c’est affreux!» Que s’était-il donc passé chez l’énorme Breton fort à étrangler les loups, assez solide pour ne point trembler sous les paquets de mer? Personne ne l’aurait jamais su sans doute, si mademoiselle Anatoline Meyer n’eût interrogé son amie avec les plus tendres instances. «Voyons, voyons, ma petite Lise, dites-moi ce qui est arrivé. Est-ce qu’il vous aurait maltraitée, le sauvage?—Hélas! non, dit Lise.—C’est donc qu’en le voyant de plus près, vous avez cessé d’en être éprise et que vous portez le deuil d’un espoir perdu?—Je l’aime toujours, plus que je ne saurais dire!—Je devine. Ce géant n’est point ce qu’il paraît. Il y a des mines si trompeuses.—Vous devinez fort mal, je vous jure!—Alors, je ne sais plus que penser. Car, enfin, il est impossible d’imaginer que vous lui avez déplu, vous, si délicieusement jolie, vous, ma chère, si parfaite.—Tout le mal vient de là, justement!—Comment cela, mignonne?—Eh! dit Lise fondant en larmes, parfaite, je le suis trop!»