Jupe courte

Catulle Mendès · Chapitre 16 sur 44

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Jupe courte

Les Cigarettes

I

—Eh bien, demanda Lila Biscuit en entrant, comme midi sonnait à la pendule de Saxe, dans la chambre de Colette Hoguet, qu’est-il advenu? Es-tu ravie, es-tu désappointée? L’amoureux d’hier s’est-il montré digne de ta confiance, ou bien en es-tu déjà au regret de lui avoir été miséricordieuse?

—Vois toi-même, dit Colette Hoguet, en découvrant, dans un demi-bâillement, joli comme un sourire, toutes ses fraîches dents aiguës.

Lila baissa la tête vers la table de nuit, où les bouts de deux cigarettes roses s’alignaient sur le marbre parmi les fines cendres éparses.

—Quoi! dit-elle, deux cigarettes seulement?

—Et encore, soupira Colette, je pense que je me suis un peu trop hâtée de fumer la seconde.

—Ho! voilà qui est tout à fait médiocre. A quelles apparences pourra-t-on se fier désormais?

Mais ceci paraîtrait incompréhensible si je ne vous révélais sans retard une manie, plus ingénieuse qu’ingénue, à laquelle Colette Hoguet se montre singulièrement attachée.

Chaque fois qu’elle est pleinement satisfaite d’un baiser qu’elle a permis, pleinement satisfaite ou à peu près,—ayant des indulgences, sachant faire la part des inévitables désaccords,—elle allume et fume une cigarette; le vide laissé par l’exhalaison du soupir suprême est tout de suite rempli par un papelito; et, le lendemain, elle estime, au nombre des bouts de papier rose exactement rangés, la valeur tendre et ferme du compagnon nocturne.