Jupe courte

Catulle Mendès · Chapitre 27 sur 44

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Jupe courte

Chapitre II

Pour l’amour de ce jeune homme qui avait de très grands yeux, elle avait tout osé, la courageuse femme. Elle ne s’était pas bornée à le choisir, elle, noble, illustre, presque Altesse, à se donner à lui, si belle! Afin de complaire à cet écolier bohème qui longtemps s’était accommodé du baiser des filles de taverne, elle avait bravé le mépris,—se cachant à peine de l’aimer,—et le plus grand des périls. Car son mari, dans sa robuste vieillesse, était un homme redoutable. Jaloux de l’antique honneur de sa race, le moindre soupçon lui aurait fait oublier toute miséricorde, et il n’eût pas hésité à frapper l’épouse adultère, à la traîner par les cheveux avec des mains rouges de sang. N’importe! chaque soir,—dès que les gens étaient endormis dans le palais,—elle sortait, sans peur, la tête voilée d’une mante, allait chercher dans un misérable logis l’amant qui ne daignait pas toujours l’attendre, lui prenait le bras, l’entraînait, l’emportait vers la demeure princière. Pour ne pas éveiller les serviteurs, elle marchait pieds nus sur les dalles froides des vestibules. Un seul bruit! et toute la valetaille éveillée, accourue, eût constaté, proclamé le déshonneur du maître. Elle ne tremblait pas. «Viens! viens!» disait-elle à voix basse. Et, jusqu’au matin, oui, jusqu’au plein jour,—dût la fuite du bien-aimé être surprise et révélée,—elle le tenait entre ses bras, enivrée, dans la chambre voisine de celle où sonnaient quelquefois, parmi le grand silence nocturne, les pas si proches de l’époux qui aurait pu se montrer tout à coup, armé, de l’époux qui n’eût pas fait grâce!