Jupe courte
Chapitre III
—De sorte, reprit Lila Biscuit, que cette nouvelle expérience n’a pas été plus satisfaisante que les autres?
—Hélas! dit Colette Hoguet en considérant les deux bouts roses des cigarettes fumées.
Il y eut un silence.
—A ta place, je me laisserais aimer par un de ces poètes qui célèbrent avec tant d’éperdus transports le redoublement des étreintes. Il en est parmi eux qui ne sont point d’une laideur repoussante; et, sans nul doute, l’amour qu’ils expriment si ardemment, ils doivent fort bien le faire.
—Hum! répondit Colette. Je me laissai prendre, une fois, au piège des tendres poèmes; et je crus au baiser de ces lèvres qui chantent. Mignonne! c’est à peine si cette nuit-là j’ai brûlé quelques brins de féresli, et l’amour des poètes n’est pas même de la fumée.
—Peut-être avais-tu mal choisi?
—Cinq pieds six pouces! Un cuirassier qui rimait des ballades! Juge des autres, Lila. Et, après cette épreuve, j’ai tenté beaucoup d’épreuves, espérant toujours. N’était-il point d’homme, enfin, parmi tant d’hommes? Ah! chérie, sous les rideaux de l’alcôve, les gens de sport rêvent à leurs écuries, les comédiens récitent leurs rôles et manquent de mémoire, les banquiers font à minuit des promesses protestées avant le jour, et les valets eux-mêmes,—ressource suprême des mondaines affolées,—ont l’air d’avoir peur de défaire les lits qu’ils referont demain. Des serines qu’on aurait mises en cage avec d’autres serines, c’est nous, et si je n’aimais le doux enchantement du tabac qui se consume dans le papier de riz, j’aurais bien vite perdu l’habitude de fumer des cigarettes.
Lila Biscuit songea, autant que peut songer une linotte.
—Faudra-t-il donc renoncer à la légitime espérance d’être aimée? dit-elle d’un air très sérieux.
—Non! s’écria Colette.
Elle sauta du lit, appela sa femme de chambre, se fit habiller, ordonna de remplir les malles; et, le soir même, elle partait, sans avoir révélé à personne, pas même à Lila Biscuit, le but de son soudain voyage.