Jupe courte

Catulle Mendès · Chapitre 19 sur 44

Pages du PDF

Jupe courte

Chapitre IV

Lila Biscuit se chagrina fort de l’absence de son amie. Pensez à une perruche qui aurait la coutume de jacasser sur le même perchoir avec une autre perruche et serait obligée, brusquement, de bavarder toute seule. La pauvre abandonnée n’avait plus goût à rien; même il lui arrivait de se trouver laide dans le miroir où Colette ne se mirait plus. Elle prit une grande résolution, elle se mit à chercher la voyageuse, à travers le monde. Où elle alla d’abord, d’après quels indices elle dirigeait sa poursuite, il est inutile de le dire. Ce qui est certain, c’est qu’un matin de printemps elle se trouva dans une vallée d’Auvergne devant la petite maison couverte de chaume,—une chaumière vraiment,—où Colette Hoguet s’était réfugiée.

Comme Lila Biscuit allait frapper à la porte, un paysan sortit de la maison, un jeune homme, mais un paysan, trapu, joufflu, bourru, avec de grosses mains hors des manches du sarrau.

Elle comprit tout, et se sentit très courroucée! Ce fut avec des paroles de reproche amer qu’elle entra dans la chambre où son amie sommeillait encore, tous ses cheveux défaits sur l’oreiller de toile rude.

Quoi? véritablement? voilà ce qu’avait fait Colette? Elle avait quitté Paris, et Lila Biscuit, pour s’enfuir dans cette solitude, et elle préférait, qui? un rustre, à tant d’aimables amoureux? Sans doute, sans doute, il y avait beaucoup à dire sur la tendresse des Parisiens et sur la vigueur de leurs sentiments. Mais, du moins, ils avaient d’agréables élégances, fleuraient la verveine ou le white-rose comme une femme qui sort du bain; et c’était une honte de se laisser baiser le bout des doigts par un gros et grossier campagnard qui apporte dans l’alcôve des rudesses de labour et des odeurs d’étable.

Colette souriait, ne répondait pas.

—D’ailleurs, ajouta Lila Biscuit avec une colère grandissante, il me semble que tu n’as guère gagné au change.

Colette souriait toujours.

—Il n’y a pas un bout de cigarette sur ta table de nuit!

—Ah! dit enfin Colette en ouvrant toute grande sa bouche où luisaient les dents heureuses, c’est que je n’ai pas eu le temps d’en fumer une seule!