Jupe courte

Catulle Mendès · Chapitre 6 sur 44

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Jupe courte

Chapitre III

Aucun de ces spécialistes ne fut aussi illustre que celui dont je veux vous parler. Sa réputation était à ce point répandue qu’on venait de tous les pays du monde lui soumettre les cas de brisure les plus difficultueux. Et, en vérité, il méritait bien cette gloire, féconde en beaux profits, par le grand nombre et la perfection de ses raccommodages. De quels procédés usait-il? Je ne saurais le dire; sans doute il est mort sans livrer le secret de son invention, et les chroniqueurs dont je m’inspire sont muets sur ce point. Mais il est sûr qu’il obtenait des résultats merveilleux. «Ne pleurez plus pour vos objets cassés,» aurait pu être la devise de cet homme utile et célèbre. Maintenant les maris les plus attentifs ignoraient les fâcheuses déceptions naguère trop fréquentes; quelques jours de sa méthode appliquée suffisaient à faire disparaître toutes les craquelures, tous les fendillements de l’objet avarié. C’était sans crainte que les jeunes personnes se hasarderaient désormais à quelque négligence: elles pouvaient compter sur lui; il était le restaurateur, presque providentiel, d’une exquise fragilité! Et sa science ne s’en tenait pas à effacer les traces d’un accident unique, furtif. Non! les cruches même qu’un usage mille fois renouvelé avait ébréchées, défoncées, mises en morceaux, reprenaient, grâce à lui, la solidité et le brillant du neuf. Naturellement de tels succès lui valurent nombre d’envieux. Il se trouva des gens pour dire qu’on exagérait ses mérites, que la bonne apparence de ses soudures ne résistait pas à un examen un peu sérieux, que seuls les sots s’y laissaient prendre. Quel homme de génie n’a pas été bafoué? Quelle grande invention n’a pas été niée? Mais les jaloux se virent bientôt réduits au silence par une aventure absolument extraordinaire, qui fut divulguée on ne sait comment, et qui mit le comble à la gloire du praticien.