Jupe courte
Chapitre III
Cependant, l’amant répétait:
—Non, tu ne connais pas, auprès de moi, la fièvre des amours éperdues; ton souffle est lent, régulier, paisible, ton pouls n’est pas plus agité que celui d’un enfant qui dort.
—Oh! tu crois cela? dit-elle.
Elle songea un instant.
—Fallût-il mourir, je te prouverai que tu te trompes!
Puis, d’une voix qui commande:
—Cache-toi sous les draps, ou dans la ruelle. Cache-toi, te dis-je, sans quitter ma main pourtant, et, quoi qu’il arrive, ne bouge pas si tu tiens à la vie.
Elle ordonnait avec une telle fermeté, qu’il obéit, instinctivement, sans une parole; dès qu’il eut disparu, le corps dans la ruelle, la tête sous l’oreiller, elle saisit violemment le cordon de sonnette, qui pendait dans l’alcôve, le tira, l’agita, comme en un réveil épouvanté.
Peu d’instants après, il y eut dans la chambre une irruption de caméristes qui s’affolent. Qu’était-ce? Qu’y avait-il? Madame était-elle malade? ou avait-elle eu quelque affreux cauchemar? L’empressement encore à demi ensommeillé des servantes allait, venait, rôdait, avec mille paroles, avec des bras levés qui n’ont pas eu le temps d’entrer dans les manches.
La jeune femme dit:
—Je ne me sens pas bien. Priez le prince de venir auprès de moi.
Prévenu sur-le-champ, l’époux apparut inquiet, interrogeant.
Elle reprit:
—En vérité, reprit-elle, c’est un malaise qui m’a prise tout à coup et que je ne saurais m’expliquer. Je vous prie d’ordonner qu’on avertisse le médecin.
Sur un signe, les servantes sortirent; le prince se tenait près du lit, observant la malade avec des yeux pleins d’une tendresse alarmée. Si l’un des plis du drap, près de la ruelle, avait remué, si un mouvement de l’oreiller avait révélé une coupable présence, la jeune femme n’aurait pas vu se lever le jour, et l’aube eût pleuré de la voir, très pâle, dans les dentelles du lit, rougies de sang.
Le médecin arriva.
—Docteur, dit-elle en lui tendant la main gauche,—de la droite elle serrait toujours les mains de son amant,—docteur, tâtez-moi le pouls. N’est-il pas vrai que j’ai une fièvre très violente?
Le médecin répondit après un silence:
—Très violente, en effet! comme sous le coup d’une émotion excessive.
—Mettez votre oreille à mon cœur. N’est-il pas vrai qu’il bat d’une façon inaccoutumée?
Le médecin, après avoir obéi:
—Il bat étrangement, madame!
A ces mots, le vieil époux ne put retenir un cri, et ses bras robustes eurent des tremblements. Quel était ce mal soudain? il était grave? mortel, peut-être? «Ah! docteur, tout ce que je possède est à vous, si vous guérissez la princesse!»
Mais elle, en souriant:
—Ne vous inquiétez pas. Cela ne sera rien, vous verrez. Je me sens beaucoup mieux déjà, et je pense que quelques heures de bon sommeil achèveront de me remettre.