La vie est un arc-en-ciel

Cecelia Ahern · Chapitre 9 sur 51

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La vie est un arc-en-ciel

Chapitre 9

 

Vous avez un message de : RUBY

Ruby : salut, toi, je te souhaite un bon lundi. Rosie : une minute, je vais chercher le champagne. Ruby : qu’est-ce que tu as fait, ce week-end ? Rosie : il faut que je te raconte ! C’est tellement excitant, tu

n’en reviendras pas…

Ruby : je sens comme une pointe d’ironie. Laisse-moi

deviner : tu as regardé la télé.

Rosie : je vous présente Ruby… médium de son état ! J’ai dû

monter le son au maximum pour ne pas entendre mes

voisins qui hurlaient à s’en faire péter les cordes vocales.

Ils finiront par s’étriper. J’ai hâte. La pauvre Katie ne

comprenait pas ce qui se passait, je l’ai expédiée chez

Toby.

Ruby : certaines personnes ignorent la signification du mot

DIVORCE.

Rosie : tandis que, pour toi, c’est le mot magique. Ruby : je te serais reconnaissante de ne pas te moquer de

cette période épouvantablement pénible de ma vie, qui

m’a laissée anéantie.

Rosie : s’il te plaît ! Le jour de ton divorce a été le plus

heureux de ton existence ! Tu as acheté une bouteille du

champagne le plus cher, on s’est soûlées, on est sorties

en boîte et tu as flirté avec le type le plus moche de la

terre.

Ruby : nous n’avons pas toutes la même manière

d’exprimer notre désespoir.

Rosie : tu as fini de taper cette merde que Randy Andy nous

a refilée ?

Ruby : non, et toi ?

Rosie : non plus.

Ruby : très bien, on mérite une pause-café. On ne doit pas

travailler trop, c’est malsain. Apporte tes clopes, j’ai

oublié les miennes.

Rosie : OK, je te retrouve en bas dans cinq minutes. Ruby : ça, c’est un super rancard. Toi et moi, on n’en a pas

eu depuis un certain temps…

Vous avez un message de : RUBY

Ruby : où tu es ? Je t’ai attendue une demi-heure au café. Je

me suis forcée à manger deux muffins au chocolat et une

part de tarte aux pommes. Quelle horreur, Rosie… si

seulement tu avais été là…

Rosie : excuse-moi. Randy Andy ne m’a pas laissée quitter le

bureau.

Ruby : quel négrier ! Tu devrais te plaindre au patron, qu’on

le foute à la porte.

Rosie : je te rappelle que c’est lui, le patron. Ruby : ah oui, en effet.

Rosie : en toute honnêteté, c’est peut-être un imbécile, mais

on venait juste de faire une pause… et c’était la troisième

en moins de trois heures.

Ruby : tu deviens comme EUX !

Rosie : j’ai un enfant à nourrir.

Ruby : moi aussi.

Rosie : le tien se nourrit tout seul, Ruby. Ruby : ne critique pas mon petit Bouboule. C’est mon bébé,

je l’adore.

Rosie : il a dix-sept ans.

Ruby : oui, il est assez grand pour avoir un enfant, si j’en

juge par ton exemple.

Rosie : tout ira bien pour lui, à condition qu’il n’aille pas au

bal avec un crétin moche comme un pou. Comme ça, il

n’aura pas à ingurgiter des litres d’alcool pour se

convaincre que son cavalier est superbe et plein d’esprit

et… tu connais la suite.

Ruby : tu insinues que mon fils pourrait avoir une relation

gay le soir du bal de sa promo ?

Rosie : non, pas du tout !

Ruby : malheureusement, mon pauvre petit chéri risque

d’être le genre de garçon qui pousse les filles à ingurgiter

des litres d’alcool.

Rosie : RUBY ! Tu ne peux pas dire ça de ton fils ! Ruby : pourquoi pas, puisque je l’aime de tout mon cœur.

Hélas pour lui, il n’a pas hérité du physique de sa mère.

Mais parlons plutôt de toi : quand vas-tu sortir avec

quelqu’un, n’importe qui ?

Rosie : ne remets pas ce sujet sur le tapis. Tous ceux avec

qui tu as essayé de me caser étaient complètement

loufoques. Je ne sais pas où tu as rencontré ces types et,

après le dernier week-end, je ne veux même pas le

savoir. D’ailleurs, tu peux parler : de quand date ton

dernier rancard ?

Ruby : ça n’a rien à voir ! J’ai dix ans de plus que toi, je

viens de vivre un divorce extrêmement pénible, je me

suis séparée d’un monstre d’égoïsme et j’ai un fils de dix-

sept ans qui ne communique avec moi que par des

grognements. Je me demande s’il n’est pas le rejeton

d’un singe (en fait, je suis sûre que si). Je n’ai pas de

temps pour la bagatelle !

Rosie : moi non plus, figure-toi.

Ruby : Rosie chérie, tu as vingt-six ans, il te reste au moins

dix ans avant la fin des haricots. Tu devrais sortir et

t’amuser, ne plus porter le poids du monde sur tes

épaules : ça, c’est mon boulot. Et arrête de l’attendre. Rosie : qui donc ?

Ruby : Alex.

Rosie : qu’est-ce que tu racontes ? Je n’attends pas Alex ! Ruby : mais si, très chère. Ce doit être une merveille,

puisque personne ne lui arrive à la cheville. Je sais bien

ce que tu fais, chaque fois que tu rencontres quelqu’un :

tu compares. Je ne doute pas qu’il soit un ami fabuleux,

toujours gentil et qui te raconte des choses formidables.

Mais il n’est pas là. Il est médecin dans un grand hôpital

de Boston où il habite un bel appartement avec sa jolie

fiancée qui est aussi médecin. Ça m’étonnerait qu’il

envisage de renoncer prochainement à cette existence

pour rejoindre une mère célibataire coincée dans un

logement minable et qui a un job lamentable, à mi-

temps, dans une fabrique de trombones où une amie à

moitié dingue la bombarde de mails. Alors arrête

d’attendre et avance. Vis ta vie.

Rosie : je n’attends pas.

Ruby : Rosie…

Rosie : il faut que je me remette au boulot. Rosie s’est déconnectée.

Chères Rosie et Katie Dunne,

Shelly et Bernard Gruber ont le plaisir de vous convier au mariage de leur fille Sally et d’Alex Stewart.

De : Stephanie

À : Rosie

Objet : re : pas question d’aller à ce mariage !

Ta dernière lettre m’a rendue furieuse ! Tu ne peux pas manquer le mariage d’Alex, c’est inconcevable !

C’est d’Alex qu’il s’agit. Alex, le garçon qui dormait dans un sac de couchage, au pied de ton lit, qui se faufilait dans ma chambre pour lire mon journal et fouiller dans le tiroir où je rangeais mes dessous ! Le petit Alex que tu poursuivais, armée d’une banane, en faisant semblant de lui tirer dessus. Alex qui a été assis à côté de toi en classe pendant douze ans !

Il était là pour toi quand tu as eu Katie. Il t’a soutenue, pourtant je suis convaincue qu’il a eu du mal à digérer le fait que sa petite Rosie, qui dormait par terre au pied de son lit à lui, avait un bébé.

Va le rejoindre, Rosie. Partage son bonheur. Sois contente pour lui, s’il te plaît ! Ce sera une journée capitale pour lui, et je suis certaine qu’il aura besoin de sa meilleure amie. Apprends à connaître Sally, puisqu’elle tient maintenant une place importante dans sa vie. Lui a appris à connaître Katie – la personne la plus importante de ton existence. Si tu refuses l’invitation, tu briseras ce qui fut et reste l’amitié la plus solide que j’aie jamais vue.

Je sais que tu as honte de ce qui s’est passé il y a quelques années, pendant ton séjour là-bas, mais ravale ton orgueil. Tu assisteras à ce mariage parce qu’Alex veut que tu sois là pour lui. Tu iras parce qu’il le faut, pour toi.

Prends la bonne décision, Rosie.

Chère Rosie,

Hello ! Tu as sans doute reçu notre magnifique faire-part que Sally a mis trois mois à choisir. Apparemment, le bristol crème bordé de doré était très, très différent du bristol blanc bordé de doré… ah, les femmes…

Dois-je ou non m’inquiéter ? La mère de Sally n’a pas encore reçu ta réponse – qui n’est certainement pas nécessaire, je suppose que tu seras là !

J’ai préféré t’écrire au lieu de t’en parler par téléphone, je voulais te donner le temps de la réflexion. Sally et moi serions honorés que tu permettes à Katie d’être notre petite demoiselle d’honneur. Il faudrait te décider assez rapidement pour que Sally et Katie choisissent une robe.

Qui aurait cru ça, Rosie ? Si on nous avait dit, il y a dix ans, que ta fille serait demoiselle d’honneur à mon mariage, on aurait bien ri. Pourtant c’est arrivé, je n’en reviens pas.

Maintenant, ma deuxième question. Tu es ma meilleure amie. Ici, je n’ai personne d’aussi proche, d’aussi important pour moi, par conséquent je n’ai pas de témoin. Accepterais-tu d’être mon témoin ? Seras-tu à mon côté devant l’autel ? J’aurai besoin de toi, je le sais. Et je te fais confiance, tu te débrouilleras mieux que mes copains pour organiser un enterrement de ma vie de garçon mémorable.

Réfléchis et… dis-moi oui ! Bises à toi et Katie,

Alex

Vous avez un message de : ROSIE

Rosie : tu ne vas pas y croire.

Ruby : tu as un rancard ?

Rosie : c’est encore plus incroyable : Alex m’a demandé

d’être son témoin.

Ruby : alors il ira jusqu’au bout ?

Rosie : oui, apparemment.

Ruby : à présent, mon chou, tu devrais cesser de l’attendre. Rosie : effectivement, je devrais.