La vie est un arc-en-ciel
Chapitre 2
Cher monsieur Byrne,
Alex ne pourra pas assister aux cours demain, 8 avril, il a rendez-vous chez le dentiste.
Sandra Stewart
Chère madame Quinn,
Rosie ne pourra pas assister aux cours demain, 8 avril, elle a rendez-vous chez le médecin.
Alice Dunne
Rosie,
Je te retrouverai au coin de la rue à 8 h 30. N’oublie pas de prendre de quoi te changer. Pas question de se balader en ville avec nos uniformes. Ce sera le meilleur anniversaire de ta vie, Rosie Dunne, je t’en donne ma parole ! Je n’arrive pas à croire qu’on va faire ça !
Alex
PS – Seize ans, mon œil !
Hôpital St. James, 10 avril
M. et Mme Dunne,
Veuillez trouver ci-joint la facture pour le lavage d’estomac pratiqué sur Rosie Dunne en date du 8 avril.
Dr Montgomery
Rosie,
Ta mère monte la garde comme un chien féroce, ça m’étonnerait que je te revoie avant une dizaine d’années. Ta gentille grande sœur que tu aimes tant (!) a accepté de te faire passer ce mot. Tu lui dois une fleur.
Désolé pour l’autre jour. Peut-être que la Guiness et la tequila, ce n’était pas un très bon mélange. Pourtant ça paraissait une super-idée. Le pauvre type qui nous a servi à boire va être obligé de fermer son bar à cause de nous. J’étais sûr que les fausses cartes d’identité de mon copain marcheraient, même si la tienne disait que tu es née le 31 février !
Je me demande si tu as quelques souvenirs de ce qui s’est passé… Écris-moi, ta sœur me donnera ta lettre. Tu peux lui faire confiance, elle est furieuse que ta mère lui interdise d’abandonner la fac. De mon côté, Phil et Margaret viennent d’annoncer qu’ils attendaient un autre bébé, je vais donc être tonton pour la deuxième fois. Au moins, je ne suis plus le centre de l’attention générale, ça change. Notre exploit fait bien rigoler Phil, ça lui rappelle ses bêtises d’il y a dix ans.
Guéris vite, espèce d’alcoolique ! Je ne croyais pas possible pour un humain d’avoir la figure aussi verte. Il me semble que tu as enfin découvert ton talent caché, Rosie (je blague).
Alex,
JE VAIS ATROCEMENT MAL. J’ai un marteau dans le crâne, je ne me suis jamais sentie aussi malade de ma vie. Mes parents sont vraiment en rogne, je te préviens, tu ne seras plus jamais bien accueilli dans cette maison. Je vais être punie pendant trente ans minimum et je ne suis pas « autorisée » à te voir parce que tu « as une très mauvaise influence ».
Je m’en fiche, de toute façon, puisque je te verrai demain au lycée, sauf si je ne suis pas « autorisée » à y aller, ce qui ne me dérange pas du tout. Quand je pense qu’on a interro de maths lundi matin, je préférerais qu’on me relave l’estomac. De loin.
Au fait, pour répondre à ta question, je ne me souviens de rien, à part que je me suis étalée sur le sol dégoûtant de ce pub, qu’il y avait des lumières aveuglantes, des sirènes qui hurlaient, et que je vomissais. Mais je suppose qu’il n’y a rien d’autre à se rappeler ? Il y a autre chose ?
Rosie
Rosie,
Content de savoir que tout est à peu près normal. Mes parents aussi me rendent dingue, du coup je suis content d’être en classe. Ici, personne ne nous engueulera.
Alex
Chers monsieur et madame Dunne,
Au vu des agissements récents de votre fille Rosie, nous souhaiterions nous entretenir avec vous, au lycée, dans les plus brefs délais. Nous devons convenir ensemble d’une punition raisonnable. Vous comprendrez, nous n’en doutons pas, qu’une sanction est nécessaire. Les parents d’Alex Stewart assisteront également à cet entretien.
Nous vous attendrons lundi matin à 9 heures. Veuillez croire en nos sentiments les meilleurs.
Le Principal
M. Bogarty
De : Rosie
À : Alex
Objet : Renvoi temporaire !
Merde ! Je ne croyais pas que le vieux Bogart oserait nous renvoyer ! À l’entendre, on a assassiné des gens à la tronçonneuse ! Mais c’est la plus chouette des punitions, je vais rester au lit toute une semaine à soigner ma gueule de bois !
De : Alex
À : Rosie
Objet : l’enfer
Ravi que ta vie soit si géniale. Je t’envoie ce mail du pire endroit qu’il y ait au monde : un bureau. Je dois travailler ici avec mon père toute la semaine à classer des conneries et lécher des timbres. Je jure sur la bible que JAMAIS je ne travaillerai dans un bureau.
Et ces salauds ne me payent même pas.
Je suis furax.
De : Rosie
À : Alex
Objet : pauvre furax
Ha ha ha… j’ai oublié ce que je voulais te dire tellement je me tords de rire.
Gros bisous de Rosie qui t’écrit dans sa chambre, bien au chaud et heureuse comme un pape.
De : Alex
À : Rosie
Objet : flemmarde
Je m’en fous. Il y a une super-nana qui travaille dans ce bureau. Je vais me marier avec elle. Rira bien qui rira le dernier !
De : Rosie
À : Alex
Objet : Don Juan
Qui c’est, cette fille ?
Une non-lesbienne qui n’est donc pas jalouse
De : Alex
À : Rosie
Objet : la non-lesbienne
Je vais te surnommer comme ça, même si je n’ai pas encore la preuve de ce que tu avances.
Elle s’appelle Bethany Williams, elle a dix-sept ans (une vieille !), elle est blonde, avec les nénés les plus gros et les jambes les plus longues que j’aie jamais vus. Le dieu du sexe
De : Rosie
À : Alex
Objet : le dieu du sexe (beurk, beurk)
Elle a l’air d’une girafe. Je suis sûre qu’elle est très sympa (des nèfles !). Tu as déjà adressé la parole à ta future femme, ou elle ne connaît pas encore ton existence ? (sauf quand elle te file des documents à photocopier, évidemment).
Vous avez un message de : ALEX
Alex : j’ai une grande nouvelle pour toi. Rosie : laisse-moi tranquille, j’essaie de me concentrer sur
ce que raconte M. Simpson.
Alex : je me demande bien pourquoi… peut-être pour ses
beaux grands yeux bleus ?
Rosie : je m’intéresse énormément, et de plus en plus, à
Excel. C’est tellement excitant – je pourrais faire ça tout
le week-end.
Alex : tu deviens vraiment barbante.
Rosie : je plaisantais, crétin ! Je déteste ces conneries, j’ai le
cerveau en bouillie à force d’écouter. Mais fiche-moi la
paix quand même.
Alex : tu ne veux pas savoir ce qu’il y a de nouveau ? Rosie : non.
Alex : je te le dis quand même. Tu pourras changer de
disque, ma vieille : le puceau ne l’est plus ! Alex : tu es là ?
Alex : Rosie, je te cause !
Rosie : excuse-moi, je suis tombée de ma chaise, droit dans
les pommes. J’ai fait un cauchemar où tu disais que tu
n’es plus puceau.
Alex : tu ne rêvais pas.
Rosie : ça signifie, je suppose, que tu ne porteras plus de
slip qui te descende sur les cuisses.
Alex : maintenant, je n’ai plus besoin de slip. Rosie : beurk ! Alors, qui est cette pauvre fille ? Pitié, pas
Bethany, pitié…
Alex : manque de bol, c’est elle.
Alex : tu es là ?
Alex : Rosie ?
Rosie : qu’est-ce que tu veux ?
Alex : dis quelque chose.
Rosie : quoi donc ? Il faudrait que tu te trouves quelques
copains parce que, moi, je ne vais pas te taper dans le
dos et te demander les détails salaces. Alex : dis-moi juste ce que tu en penses. Rosie : pour être franche, d’après ce qu’on raconte sur elle,
je crois que c’est une fille facile.
Alex : tu ne la connais pas, tu ne l’as même pas rencontrée.
Pour toi, n’importe quelle fille qui couche avec un garçon
est une fille facile.
Rosie : je l’ai vue, et tu exagères. Une fille facile, pour moi,
c’est quelqu’un qui couche chaque soir de la semaine
avec un garçon différent.
Alex : tu sait que c’est pas vrai.
Rosie : tu recommences à écrire n’importe comment. SAIS ! Alex : arrête avec ça, tu me fais ce plan depuis l’école
primaire !
Rosie : exactement, et tu devrais l’avoir assimilé. Alex : bon, oublie ce que je t’ai dit.
Rosie : Alex, je me fais du souci pour toi. Tu l’aimes
beaucoup, et je te préviens simplement qu’elle n’est pas
du genre à avoir un seul homme.
Alex : maintenant, elle l’est.
Rosie : vous sortez ensemble ?
Alex : oui.
Rosie : oui ? ? ? ?
Alex : tu as l’air surprise.
Rosie : je m’étonne que Bethany sorte avec des garçons, je
croyais qu’elle couchait juste avec eux. Rosie : Alex ?
Rosie : bon, d’accord, je m’excuse.
Alex : tu es pénible, Rosie.
Rosie : je sait.
Alex : très drôle.
M. Simpson : Descendez immédiatement chez le principal,
tous les deux.
Rosie : POURQUOI ? ? ? MONSIEUR, S’IL VOUS PLAIT, JE
VOUS ÉCOUTAIS !
M. Simpson : je n’ai pas prononcé un mot depuis un quart
d’heure. Vous êtes censée travailler sur votre exercice. Rosie : ce n’est pas ma faute. Alex a une influence
déplorable sur moi. Il m’empêche de me concentrer. Alex : j’avais quelque chose de très important à dire à Rosie,
ça ne pouvait pas attendre.
M. Simpson : j’ai vu, Alex. Mes félicitations. Alex : comment vous savez ce que c’est ? M. Simpson : si vous étiez plus attentifs, vous apprendriez
quelques astuces utiles, par exemple comment garder
des messages confidentiels, afin que personne ne les
lise.
Alex : ça signifie que d’autres personnes ont lu ? M. Simpson : effectivement.
Alex : oh non !
Rosie : ha, ha, ha
M. Simpson : Rosie ! ! Sortez immédiatement. Alex : ha, ha, ha
M. Simpson : vous aussi, Alex.