La vie est un arc-en-ciel
Chapitre 11
De : Alex
À : Rosie
Objet : le Roméo
Je suis rentré de ma lune de miel. Espèce de sournoise, tu ne m’avais pas parlé de ce nouveau petit ami ! Sally s’est empressée de me le dire, ce que j’ai trouvé plutôt mignon. J’ignorais que Katie et Sally s’écrivaient. Tu le savais, toi ?
Bref, pourquoi tu n’as pas mentionné ce type le jour du mariage ? En principe, tu me racontes tout. Allez, explique, à quoi il ressemble ? Comment s’appelle-t-il ? Où l’as-tu rencontré ? Quel est son métier ? J’espère qu’il gagne des tas d’argent, qu’il te traite comme une reine, sinon j’arrive dare-dare et je l’étrangle.
Il va falloir que je vienne à Dublin faire sa connaissance, vérifier s’il mérite la bénédiction du meilleur ami. D’ici là, je veux tous les détails (enfin… presque tous).
Ma petite Stephanie,
Quelques mots pour prendre de tes nouvelles, ma chérie, et te mettre au courant. Je suis sûre que Rosie ne t’en a pas encore parlé, elle est très discrète sur ce sujet, mais elle a rencontré quelqu’un. Nous en sommes tous ravis. Elle semble heureuse, ses grands yeux bleus n’ont plus ce regard si triste, et elle a retrouvé son dynamisme. Elle ressemble à la Rosie que nous connaissions.
Elle l’a amené à la maison hier pour dîner, et je dois dire que c’est un homme charmant. Il s’appelle Greg Collins, il est directeur d’une agence d’Allied Irish Bank à Fairview.
Il est un peu plus grand que Rosie, il a une trentaine d’années et un petit visage très mignon. Il est absolument adorable avec Katie. Ils ont passé la soirée à se taquiner, c’était délicieux. Rosie a eu du mal à rencontrer quelqu’un qui lui plaise et avec qui Katie s’entende bien, tu ne l’ignores pas. Mais elle faisait trop de compromis. Souvent elle finissait par sortir avec certains hommes uniquement parce que Katie les appréciait. Là, je suis enchantée qu’elle ait trouvé un gentil garçon.
Comment vas-tu ? Beaucoup de travail, comme toujours ? Ne te surmène pas trop dans ce restaurant, ma chérie, tu dois aussi profiter de la vie. Papa et moi, nous aimerions venir passer quelques jours à Paris. Ce serait possible ? Dis-nous quand tu seras libre, et on s’arrangera. Transmets nos amitiés à Pierre. En espérant te voir très bientôt,
Tendrement,
Maman
De : Rosie
À : Alex
Objet : re : le Roméo
Zut, mon petit secret n’en est plus un à cause de Katie, cette bavarde ! Je ne t’avais pas parlé de Greg, parce qu’on ne sortait pas encore ensemble. Je l’ai rencontré dans un night-club, le Dancing Cow, juste avant mon départ pour Boston. Il a pris mon numéro de téléphone, m’a invitée à dîner, mais j’ai refusé. À mon retour, juste après ton mariage, j’ai dû faire une crise aiguë de sentimentalisme : je lui ai téléphoné et c’est moi qui lui ai proposé de dîner ensemble !
Je n’avais jamais eu des soirées pareilles ! Il m’emmène dans des restaurants que je connaissais seulement par les magazines et il est si romantique… Mais, puisque tu ne tiens pas à ce que j’entre dans les détails, je ne te raconterai pas notre week-end à la campagne… Ah, tu veux quand même en savoir davantage sur lui ? Eh bien, il a trente-cinq ans, il travaille dans la banque à Fairview. Il n’est pas vraiment grand, il est de ma taille, autrement dit pas vraiment petit non plus… Toi, tu aurais une vue imprenable sur son crâne. Mais il a des cheveux couleur de sable et de merveilleux yeux bleus.
Il apporte toujours des petits cadeaux à Katie. Il ne devrait pas, certes, mais j’aime qu’elle soit gâtée – je n’ai pas pu le faire pendant toutes ces années. Je n’en reviens pas d’avoir enfin rencontré un homme que mon statut de mère ne dérange pas. Les autres, quand je leur annonçais que j’avais une fille, me regardaient comme si j’étais malade et s’empressaient de trouver un excellent prétexte pour me planter là. Je n’en reviens pas non plus que Katie et moi soyons enfin séduites par le même individu. Elle ne supportait que les types jeunes et superbes, sans doute ceux qui la faisaient rêver. Elle avait une certaine idée du partenaire idéal pour moi : quelqu’un qui jouerait sans arrêt avec elle, porterait des fringues flashy. Mais soyons réalistes, je ne peux pas me permettre d’être difficile !
Bref, je crois que j’ai trouvé le bon. Il est généreux, tendre et attentionné, j’ai une chance inouïe. Ça ne durera peut-être pas toute la vie, alors j’en profite. J’ai été tellement nulle dans le passé, pendant… une dizaine d’années (!), maintenant j’ai réalisé que Katie et moi, nous formons un tandem et que, si on ne peut pas nous aimer toutes les deux, on n’a qu’à aller se faire voir ailleurs.
Or il me semble que j’ai rencontré l’homme qui nous aime toutes les deux. Je croise les doigts.
De : Alex
À : Rosie
Objet : l’amour !
Elle-est-amoureuse ! D’un banquier qui fréquente un night-club baptisé le Dancing Cow ? Quel genre de banquier (ou plus généralement quel genre d’homme) va au Dancing Cow ? Ton amie Ruby et toi, vous ne reculez devant rien, venant de vous rien ne m’étonne. Mais… je ne sais pas, je ne suis pas absolument convaincu que ce type soit celui qu’il te faut.
J’ajoute que ton dernier message m’a légèrement vexé. Que sous-entend cette phrase : « J’ai enfin rencontré un homme que mon statut de mère ne dérange pas » ? Il me semble que je vous ai toujours soutenues, toi et Katie, j’en suis même certain. Chaque fois que ça m’est possible, je viens te rendre visite, je t’emmène dans tes restaurants préférés et j’offre des cadeaux à ma filleule.
Je te laisse à présent, j’ai fait deux gardes d’affilée à l’hôpital, je suis crevé.
De : Rosie
À : Alex
Objet : modère ton enthousiasme
Merci d’être si content pour moi. Au cas où tu l’aurais oublié, toi et moi, nous n’avons pas une relation amoureuse. D’accord, tu es un ami merveilleux (généreux et fidèle), mais tu n’es pas quotidiennement près de moi. Avoir un ami et trouver un compagnon sont deux choses très différentes, je suis sûre que tu comprends ça. Tu acceptes ma réalité, effectivement. Mais tu n’es pas là.
Voilà, c’est tout. J’espère que la vie conjugale se passe bien !
Vous avez un message de : RUBY
Ruby : je n’en reviens pas que Katie ait raconté ça à Sally ! Rosie : c’est dingue, non ? D’autant plus que, quand elle a
écrit cette lettre, je n’avais dîné qu’une fois avec Greg ! Ruby : dis donc, elle doit vraiment l’aimer beaucoup pour en
parler à n’importe qui. En tout cas, Sally aura peut-être
moins peur que tu mettes tes sales petites pattes sur son
mari.
Rosie : maintenant, je m’en fiche, j’ai mon Greg !
Ruby : tu me rends malade, tu te conduis avec lui comme
une collégienne amoureuse. Vous êtes comme ces
couples qui nous écœuraient tellement. Je crois que je
vais devoir me dégoter une nouvelle copine pour ne pas
tenir la chandelle quand on sortira ensemble. Rosie : oh, quelle menteuse ! La dernière fois, tu t’es bien
amusée avec tous ces types, tu étais au centre de
l’attention.
Ruby : tu ne m’as vue que dans les rares moments où tu
arrêtais de bécoter Greg. À propos, un de ces types m’a
appelée hier soir, et figure-toi que j’envisage…
Vous avez un message de : GREG
Greg : hello, beauté, comme se passe ta journée ? Rosie : hello ! Comme d’habitude… mieux, maintenant ! Ruby : coucou ? Tu es toujours là ou Randy Andy t’a sauté
dessus ?
Rosie : une seconde, Greg, j’étais en train de papoter avec
Ruby !
Greg : il vous arrive de travailler, toutes les deux ? Rosie : suffisamment pour ne pas nous faire virer. Greg : je te contacte un peu plus tard. Rosie : non, non ! Je suis capable de mener deux
conversations à la fois. D’ailleurs, je veux te parler et si je
le dis à Ruby, elle me reprochera encore de devenir
comme eux…
Greg : eux ?
Rosie : ceux de la confrérie des couples… Greg : mais bien sûr, suis-je bête…
Rosie : excuse-moi, Ruby, j’ai Greg en ligne. Ruby : vous ne pouvez pas vivre une heure l’un sans
l’autre ?
Rosie : eh non !
Ruby : mon Dieu, comme Rosie me manque… qui es-tu et
qu’as-tu fait à mon amie qui détestait les hommes ?
Rosie : ne t’inquiète pas, elle est toujours là, elle s’accorde
juste un break bien mérité. Qu’est-ce que tu disais à
propos de ce type que tu as rencontré l’autre soir ? Ruby : ah oui… Il s’appelle Ted, c’est un vrai nounours, trop
gros, mais qui suis-je pour critiquer ; comme ça, on
pourra rebondir l’un sur l’autre. Il est chauffeur de poids
lourd et il m’a paru gentil vu qu’il n’a pas arrêté de me
payer à boire, ce qui le place très haut sur mon échelle
personnelle de l’Homme Bien. En plus, ce soir-là, il était
le seul à faire attention à moi dans ce pub. Rosie : et à part ça ? Je veux tout savoir sur lui. Ruby : pas moi… je n’ai pas envie de me dégoûter.
Rosie : qu’est-ce que tu fais ce soir, Greg ? Greg : Rosie chérie, je suis tout à toi pour la nuit ! Si on
restait à la maison avec une bouteille de vin et de quoi
manger ? On peut louer une vidéo pour Katie. Rosie : d’accord, bonne idée ! Katie sera ravie.
Ruby : alors je devrais l’appeler ?
Rosie : qui ?
Ruby : TED !
Rosie : oui, bien sûr ! Téléphone au nounours ! Tu devrais
même l’inviter, je prendrai Kevin comme baby-sitter et on
sortira tous ensemble, j’ai toujours rêvé d’une partie à
quatre.
Ruby : ah, l’innocence de la jeunesse ! Ted et Greg n’ont
absolument rien en commun, c’est la carpe et le lapin, un
directeur de banque et un braqueur de banque en
puissance. Ils se haïront, il y aura une atmosphère à
couper au couteau, personne ne pipera mot, on
n’entendra que des bruits de mâchoires dans le silence
assourdissant, ce sera un vrai supplice chinois, on
sautera le dessert et le café, et on quittera le restaurant
à toute allure, soulagés, en se promettant de ne plus
jamais se revoir.
Rosie : vendredi prochain ?
Ruby : parfait.
Greg : j’espère que Ruby ne nous en veut pas pour l’autre
soir ; nous étions dans notre bulle.
Rosie : ne sois pas bête, ça ne l’a pas dérangée. Elle a
rencontré un certain Nounours. À propos, tu es libre pour
sortir à quatre vendredi ? À condition que je trouve
quelqu’un pour garder Katie.
Greg : dîner avec Ruby et un certain Nounours… alléchant.
Rosie : Greg est libre vendredi.
Ruby : tant mieux, mais je n’ai pas encore demandé à Teddy.
Comment Alex a réagi en apprenant que Greg et toi vous
étiez amoureux ?
Rosie : mais je n’ai pas dit que j’étais amoureuse ! Greg et
moi, pour l’instant, nous n’avons pas encore parlé
d’amour. Mais Alex m’a écrit une lettre bizarre, il trouve
que Greg n’est pas net, et il me reproche d’insinuer qu’il
ne nous soutient pas, Katie et moi. N’importe quoi. Je ne
relèverai pas, il avait travaillé toute la nuit à l’hôpital, il
était fatigué.
Ruby : mouais.
Rosie : exprime-toi plus clairement.
Ruby : c’est bien ce que je soupçonnais. Rosie : et que soupçonnais-tu, Jessica Fletcher ? Ruby : il est jaloux.
Rosie : Alex n’est pas jaloux !
Ruby : il est jaloux de ta relation avec Greg, il se sent
menacé.
Greg : alors, à quelle heure je viens, ce soir ? 19 ou
20 heures ?
Rosie : non, Alex n’est pas jaloux de ma relation avec Greg !
Pourquoi le serait-il ? Il est marié avec la jolie petite Sally,
il est heureux en ménage (du moins d’après Sally), et j’ai
une belle photo d’eux sur la plage pour me prouver à
quel point ils sont amoureux. Je lui ai donné une chance
d’être dans ma vie et celle de Katie, il a choisi de rester
mon ami, ce que j’ai fini par digérer. Tout va bien.
Maintenant je suis avec Greg, il est merveilleux, et je ne
suis plus du tout attachée à Alex de cette façon ! Merci
bien. J’en ai terminé avec Alex, je ne l’attire pas et j’aime
Greg. Voilà !
Greg : eh bien… merci de me le dire, Rosie. Tu n’imagines
pas combien je suis ravie d’apprendre que tu n’es plus
amoureuse « du tout » de cet Alex…
Rosie : au secours, Ruby ! J’ai transmis à Greg la réponse qui
t’était destinée ! merde, merde ! Il sait que je l’aime ! ! Greg : pardon, Rosie… c’est encore moi qui l’ai reçu.
Rosie : oh non.
Ruby : mais qu’est-ce qui se passe ?