La vie est un arc-en-ciel

Cecelia Ahern · Chapitre 5 sur 51

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La vie est un arc-en-ciel

Chapitre 5

 

Chère mademoiselle Rosie Dunne,

Nous venons par la présente accuser réception de votre dossier d’inscription au département de management hôtelier de l’Université de Boston. Nous avons le plaisir de vous informer que votre candidature a été retenue pour…

De : Rosie

À : Alex

Objet : Boston, me voilà !

JE SUIS ADMISE ! YOUPI ! J’ai reçu la lettre ce matin, je suis hystérique. Tu as intérêt à ne pas bouger un cil, monsieur Stewart, j’arrive ! Quelle chance, même si on ne sera pas dans la même fac (Harvard est bien trop distinguée pour les gens comme moi !) Tant mieux, remarque, on ne peut pas se permettre de se faire renvoyer…

Je suis tellement excitée. Contacte-moi dès que possible. Je voudrais te téléphoner, mais mon père a interdit les appels longue distance après la dernière facture. Mes parents sont si fiers qu’ils annoncent la nouvelle à toute la famille. Ils espèrent sans doute que je serai la première Dunne à suivre des études universitaires jusqu’au bout. Papa n’arrête pas de me répéter : Ne t’avise pas de partir ailleurs pour « te trouver », comme Stephanie. À propos, ça m’étonnerait que Steph rentre en Irlande, elle a rencontré un chef qui travaille au restaurant où elle est serveuse, et elle est officiellement « amoureuse ».

Le téléphone a sonné toute la journée, on me félicite. Paul et Eileen, les voisins d’en face, m’ont fait livrer un gros bouquet de fleurs. Ma mère prépare une réception pour ce soir, juste quelques sandwichs et des saucisses cocktail. Kevin est ravi que je parte, il sera encore plus gâté qu’avant. Ce sale gosse me manquera, même s’il m’adresse à peine la parole. Mes parents me manqueront beaucoup, mais pour l’instant tout le monde est trop heureux pour penser que je ne vivrai plus ici. L’énormité de la chose me tombera sans doute dessus le jour où je quitterai la maison. En attendant, on fête ça !

PS – Bientôt je dirigerai un hôtel dont tu seras le médecin attitré, et tu sauveras les clients que j’empoisonnerai dans mon restaurant. Exactement ce dont on a toujours rêvé. C’est fantastique.

De : Alex

À : Rosie

Objet : re : Boston, me voilà !

Génial ! J’ai tellement hâte de te voir ! Harvard n’est pas trop loin de l’Université de Boston (en tout cas, il n’y a pas d’océan entre les deux – tu t’imagines que Harvard m’a accepté ? Ce doit être la version intello d’une blague désopilante). Je suis trop excité pour taper sur mon clavier, dépêche-toi ! Tu arrives quand ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : septembre

Je ne serai pas là avant septembre, quelques jours avant le début du semestre. J’ai une foule de choses à régler, tu n’imagines pas. Le bal de la promo aura lieu fin août, tu viendras ? J’ai besoin d’un cavalier ! On s’amusera bien et on pourra embêter tous nos profs. Comme au bon vieux temps… réponds-moi vite

De : Alex

À : Rosie

Objet : le bal Évidemment que je serai là, je ne manquerais pas ça pour un empire !

Tu es oùþ ? J’attends à l’aéroport depuis des heures. Essayé de t’appeler chez toi et sur ton mobile. Tout est OKþ ?

Tu peux consulter ton mail à l’aéroportþ ? Envoyé message. Alex

De : Alex

À : Rosie

Objet : désolé

Je suis catastrophé. Cette journée a été un véritable cauchemar. Ils se sont plantés, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais mon nom ne figurait pas sur la liste quand je suis allé retirer mon billet. J’ai été coincé ici des heures à tenter d’avoir un autre vol. Ils sont tous complets, les gens rentrent pour les vacances. Je suis en attente mais, pour l’instant, je n’ai pas de place. Je traîne dans l’aéroport. C’est un cauchemar.

De : Rosie

À : Alex

Objet : solution

Mon père a discuté avec la fille du guichet d’Aer Lingus. Il y a un avion qui décolle de Boston demain à 10 heures. Avec le décalage horaire, tu atterriras ici à 20 heures. On pourrait venir te chercher à l’aéroport et aller directement au bal ? À moins que tu préfères passer chez moi d’abord ? Tu ne peux pas mettre ton smoking pour le voyage, il serait tout fripé. Qu’est-ce que tu en penses ?

De : Alex

À : Rosie

Objet : re : solution Ça me va. Tant pis si on est en retard, du moment que j’arrive à destination. Je vais voir s’ils peuvent me réserver une place sur ce vol.

De : Alex

À : Rosie

Objet : pas de billet

Mauvaise nouvelle. Le vol est complet.

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : pas de billet

Merde. Réfléchissons, réfléchissons. Qu’est-ce que je peux faire ? Apparemment, tu peux venir ici n’importe quel jour sauf demain. Quelqu’un là-haut ne veut pas que tu montes dans cet avion. C’est peut-être un signe ?

De : Alex

À : Rosie

Objet : coupable

C’est ma faute. J’aurais dû vérifier il y a une semaine avec la compagnie – ils conseillent toujours de confirmer une réservation. Je t’ai gâché ta soirée, mais il faut que tu ailles à ce bal. Tu as encore toute la journée pour te trouver un autre cavalier. Prends plein de photos et amuse-toi bien. Je suis désolé, Rosie.

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : coupable

Tu n’y es pour rien. Je suis déçue, mais n’exagérons pas : ce n’est pas la fin du monde et je serai à Boston dans un peu plus d’un mois. On se verra TOUS LES JOURS ! On va passer des moments formidables. Je te laisse, je dois me chercher un homme…

De : Alex

À : Rosie

Objet : chasse à l’homme

Tu as réussi à en dénicher un ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : chasse à l’homme

Quelle question idiote ! Bien sûr que j’en ai déniché un. Je suis outrée que tu oses le demander…

De : Alex

À : Rosie

Objet : l’homme mystérieux

Alors, qui c’est ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : motus et bouche cousue

Ça ne te regarde absolument pas…

De : Alex

À : Rosie

Objet : l’homme invisible.

Je le savais ! Tu n’as pas trouvé de cavalier !

De : Rosie

À : Alex

Objet : le grand costaud.

Mais si.

De : Alex

À : Rosie

Objet : personne

Alors dis-moi qui c’est ! ! !

De : Rosie

À : Alex

Objet : presque quelqu’un

Brian.

De : Alex

À : Rosie

Objet : Brian ?

LE PLEURNICHEUR ? ? ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : Bryan ?

Peut-être…

De : Alex

À : Rosie

Objet : ha ha !

Je me tords de rire… Tu vas au bal de la promo avec Brian le Pleurnicheur ! Tu as raclé les fonds de tiroir. Le Brian qui t’a soulevé ta jupe quand tu avais six ans, dans la cour de l’école, pour montrer ta culotte à tout le monde ? Le Brian à côté de qui tu as été forcée de t’asseoir en classe d’un bout à l’autre du CE2, qui mangeait des sandwichs au poisson chaque jour au déjeuner et qui se curait le nez ? Le Brian qui nous suivait à la sortie de l’école en chantant « Rosie et Alex sont amoureux », qui t’a fait pleurer et à cause de qui tu as boudé une semaine entière ? Le Brian qui a renversé sa bière sur ton chemisier neuf à ma fête d’adieu ? Le Brian que tu ne peux pas supporter, celui que tu as haï de l’école primaire au bac ? Et c’est lui qui t’accompagne au dernier bal du lycée ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : lui-même

Oui, Alex. Maintenant, puis-je te prier de ne plus me bombarder de mails ? Ma petite maman m’attache des nœuds dans les cheveux pour me rendre à peu près présentable. Elle a aussi lu tes messages et te fait dire que, ce soir, Brian le Pleurnicheur ne me soulèvera pas ma jupe.

De : Alex

À : Rosie

Objet : re : lui-même

J’aurai essayé. Bonne soirée !

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : re : lui-même

Brian est le seul cavalier que j’aie pu trouver à la dernière minute, à cause de toi. Je me contenterai de poser avec lui pour les photos. Mes parents auront de jolis souvenirs de leur fille au bal des débutantes, bien pomponnée et accompagnée d’un garçon en smoking. Il y aura dix personnes par table, je ne serai même pas obligée de lui parler pendant le dîner. Ça t’amuse, hein ?

De : Alex

À : Rosie

Objet : re : re : re : lui-même

Non, je préférerais être là. Ne fais pas des bêtises que je ne ferais pas.

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : re : re : re : lui-même

Ça me laisse de la marge. Je suis coiffée, il faut que je finisse de me préparer. Je te raconterai demain.

De : Alex

À : Rosie

Objet : le bal

Comment ça s’est passé ? Tu as sans doute la gueule de bois. J’attendrai jusqu’à demain pour avoir de tes nouvelles, mais pas plus longtemps. Je veux tout savoir !

De : Alex

À : Rosie

Objet : le bal

Tu as eu mon dernier mail ? Je téléphone et ça ne répond pas. Qu’est-ce qu’il y a ? J’espère que tu prépares le grand voyage pour me rejoindre. Écris-moi vite.

Steph : arrête d’éviter Alex, raconte-lui. Il m’envoie des

mails, à moi, pour me demander ce qui est arrivé et je ne

vais sûrement pas le lui expliquer ! Le pauvre a manqué

la soirée, il veut juste savoir qui a fait quoi, quand et où. Rosie : je ne lui dirai certainement pas qui s’est fait qui. Steph : très drôle.

Rosie : ça ne l’est pas.

Steph : je trouve ça hilarant. Allez, il y a maintenant plus de

trois semaines !

Rosie : trois semaines, tu en es sûre ? Steph : oui, pourquoi ?

Rosie : merde.

De : Alex

À : Rosie

Objet : où es-tu ?

Tu as des problèmes avec ton mail ? Fais-moi signe. Tu devrais bientôt prendre l’avion pour venir ici, sinon tu manqueras le début du trimestre.

De : Alex

À : Rosie

Objet : Rosie ?

Tu es fâchée contre moi ? Je regrette de n’avoir pas pu t’accompagner au bal de la promo, mais je pensais que tu m’avais pardonné. Ça n’a pas pu se passer aussi mal avec Brian, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu as fabriqué pendant tout ce mois ? Pourquoi personne ne décroche le téléphone, quand j’appelle chez toi ? Réponds-moi.

Chère madame Dunne,

Je me permets de vous écrire car je n’ai aucune nouvelle de Rosie, ce qui m’inquiète un peu. Elle ne m’a pas habitué à ce silence. Chaque fois que je téléphone chez vous, je tombe sur le répondeur. Avez-vous eu mes messages ? Peut-être êtes-vous tous partis ? Je vous serais reconnaissant de me faire savoir si tout va bien et de demander à Rosie de me contacter.

Amicalement,

Alex

Chère Sandra,

Alex a laissé des messages toute la semaine, il se fait beaucoup de souci pour Rosie. Je me doute que vous êtes également préoccupée, aussi j’ai décidé de vous expliquer la situation…

De : Alex

À : Rosie

Objet : pourquoi ?

Ma mère m’a prévenu aujourd’hui que tu ne viendrais pas à Boston. S’il te plaît, explique-moi ce qui se passe. Je me fais un sang d’encre. Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? Quel que soit le problème, je comprendrai et je serai toujours là pour t’aider. Je t’en prie, dis-moi ce qu’il y a. Je deviens fou. Si tu ne me contactes pas, je saute dans un avion. Je t’embrasse.

De : Stephanie

À : Rosie

Objet : j’arrive

Rosie, mon cœur, ne t’affole pas. Respire à fond et essaie de te détendre. Il y a une raison à tout. Peut-être est-ce le bon chemin pour toi, peut-être n’étais-tu pas destinée à vivre en Amérique. Je prends un billet d’avion, je serai à la maison dès que possible. Accroche-toi, sœurette.

Chère mademoiselle Dunne,

Nous avons bien reçu votre courrier nous informant que vous annuliez votre inscription au département de management hôtelier de l’Université de Boston.

Cordialement,

Robert Whitworth

Je ne suis pas d’accord avec ta décision. Je pars comme prévu. J’espère que tout s’arrangera.

De : Rosie

À : Alex

Objet : au secours

Mon Dieu, Alex, qu’est-ce que j’ai fait ?