La vie est un arc-en-ciel

Cecelia Ahern · Chapitre 20 sur 51

Pages du PDF

La vie est un arc-en-ciel

Chapitre 20

 

De : Alex

À : Rosie

Objet : tu réfléchis toujours ?

Je n’ai pas de nouvelles depuis un moment… j’espérais que tu me ferais signe. Si tu as encore besoin de temps, je comprends. Dis-moi où tu en es, s’il te plaît.

De : Rosie

À : Alex

Objet : re : tu réfléchis toujours ?

Coucou ! Excuse mon silence, je suis débordée. On n’a pas un instant de répit à l’hôtel, il y a un monde fou, sans doute parce que le soleil recommence à pointer le nez. Le pays est beaucoup plus joli quand il fait beau.

Je n’ai pas très bien saisi l’intitulé de ton mail. À quoi faudrait-il que je réfléchisse ? J’ai eu trente ans, terminé, on n’y pense plus. À ce propos, merci d’être venu pour mon anniversaire. Katie et Toby ont été adorables d’organiser cette fête, même s’il n’y avait que toi et Ruby. J’étais un peu morose, pardon. Je n’avais pas trop le moral, parce que je passais le cap de la trentaine et que la plupart des gens auxquels je tiens n’étaient pas là. Tant pis, ce n’est pas la fin du monde. Tu étais là, et ça me suffisait. J’ai été tellement heureuse de te voir. Tu es toujours là pour moi, Alex, je t’en suis reconnaissante. Tu me donnes de la force quand je n’en ai plus.

Et toi, comment vas-tu ? Comment va Josh ? Fais-lui un gros bisou baveux de ma part.

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Tu n’as pas eu ma lettre ?

De : Rosie

À : Alex

Objet : une lettre ?

Quelle lettre ? Il y a peut-être du retard dans le courrier, je la recevrai bientôt. Quand l’as-tu postée ?

Cher Alex,

Merci d’être venu à l’anniversaire de maman et de m’avoir aussi offert un cadeau. Elle était très triste avant que tu arrives, mais je crois que tu lui as redonné le sourire. Il faut que je te laisse, le professeur me regarde.

Katie

Chère Katie,

Merci pour ta lettre, j’espère que le professeur ne t’a pas punie parce que tu étais en train de m’écrire. Je suis content que le cadeau t’ait plu. Transmets mon bonjour à Toby, dis-lui que je lui enverrai bientôt cette tenue de baseball dont on a parlé.

Comment va ta maman ? Et à la maison, comment ça se passe ?

Je t’embrasse très fort,

Alex

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Je ne l’ai pas postée, je l’ai posée sur ta table de cuisine juste avant de partir pour l’aéroport. Tu ne l’as pas trouvée ?

Cher Alex,

Toby est drôlement content pour la tenue de baseball. À la maison, ça va mieux. Maintenant, Greg ne dort plus sans arrêt dans la chambre d’amis. Maman dit qu’il y dort parce qu’il ronfle. Je la crois pas, Toby et moi on a caché un magnétophone dans la chambre, et il ronfle pas. Mais il parle en dormant ! C’est vrai, je te jure, on l’a enregistré.

Ça va, mais c’est pas comme avant. Quand tu étais là, c’était bien. Maintenant, je préfère être chez Toby.

Bisous,

Katie

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Rosie, il faut que je te parle immédiatement. À propos de la lettre. Je t’ai écrit des choses très importantes et j’aimerais que tu la lises si c’est possible. S’il te plaît, essaie de la retrouver.

De : Rosie

À : Alex

Objet : ta lettre

Hier, en rentrant du travail, j’ai fouillé la maison de fond en comble. Aucune trace de ta lettre. Est-ce que tout va bien ? Tu ne peux pas me dire par mail ce qu’elle contenait ?

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Je te téléphone dans cinq minutes.

De : Rosie

À : Alex

Objet : ta lettre Pas question de m’appeler au boulot, tu vas me faire virer ! De quoi s’agit-il ?

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Fais semblant de parler à un client. Rosie, c’est très sérieux !

De : Rosie

À : Alex

Objet : ta lettre

Attends, Greg s’est connecté. Avant que tu aies une crise cardiaque, je lui demande s’il a vu la lettre.

De : Alex

À : Rosie

Objet : ma lettre

Non, surtout ne lui en parle pas !

Vous avez un message de : ROSIE

Rosie : tu as vu une lettre pour moi sur la table de la

cuisine ?

Greg : je crois qu’il y avait juste deux factures, celle de ton

portable et celle de l’électricité.

Rosie : je ne parle pas de ce matin, mais du week-end de

mon anniversaire, il y a deux semaines. Greg : mais tu n’as pas voulu que je sois à la maison. J’ai

dormi chez Teddy sur son canapé, tu te souviens ? Rosie : oh, pauvre petit. Évidemment que je me souviens.

J’ai pensé que tu apprécierais, dans la mesure où,

auparavant, tu avais couché ici et là. Je ne suis pas

idiote, Greg. Même si tu me prends pour une cruche. Greg : chérie, je Rosie : rengaine tes mots doux. Tu as vu cette fichue lettre,

oui ou non ? Tu étais à la maison le lundi, juste après le

départ d’Alex.

Greg : sincèrement, je n’ai rien vu.

Rosie : je ne suis pas certaine de te croire, tu es tellement

sincère…

Greg : Rosie, on ne pourra pas avancer si tu ne me

pardonnes pas et si tu n’apprends pas à avoir de

nouveau confiance en moi.

Rosie : le pardon, tu peux te le mettre où je pense. Je n’ai

pas le temps d’avoir encore une conversation de ce

genre avec toi. C’est très simple. Alex attend ma

réponse. Il a laissé une lettre pour moi, il veut savoir si

quelqu’un l’a trouvée. Alors je te le redemande : tu l’as

vue, oui ou non ?

Greg : je te jure que non.

De : Bill Lake

À : Rosie Dunne

Objet : mails personnels

J’espère que depuis une demi-heure, ce sont des mails professionnels que vous rédigez. Nous avons un groupe de quatre-vingts personnes qui arrive dans quelques minutes pour le week-end de séminaire. Le travail ne manque pas, Rosie.

De : Rosie

À : Alex

Objet : ta lettre

Greg n’a pas vu ta lettre. Peut-être peux-tu m’en écrire une autre ou me téléphoner plus tard, à la maison, quand je n’aurai plus Big Brother qui m’épie et cette affreuse caméra de surveillance braquée sur moi. Maintenant, j’aimerais que Greg et toi, vous me laissiez tranquille avant qu’on me mette à la porte.

De : Greg

À : Alex

Objet : ta lettre

On m’a dit que tu étais en ligne, j’espère que tu auras ce message. Je suis par hasard tombé sur quelque chose que tu cherches. J’apprécierais que tu cesses d’écrire des lettres d’amour à ma femme. Tu sembles avoir oublié qu’elle est mariée. Avec moi, Alex.

Nous avons eu quelques petits problèmes, comme tous les couples, mais nous voulons passer l’éponge et repartir d’un bon pied. Tu dois comprendre que tes lettres n’y changeront rien. Pour reprendre ta formule, tu n’as pas saisi ta chance quand il le fallait.

Soyons un peu réalistes. Rosie et toi, vous avez trente ans. Vous vous connaissez depuis l’âge de cinq ans. Tu ne crois pas que pendant tout ce temps, si le destin avait prévu qu’il se passe quelque chose entre vous, ce serait déjà arrivé ? Réfléchis à ça. Tu ne l’intéresses pas, pas de cette manière.

Je ne veux plus entendre parler de toi. Si tu t’avisais d’entrer dans ma maison, je serais ravi de te montrer à quel point tu n’es pas le bienvenu. Et, au passage, tu te trompes : j’apprécie Rosie à sa juste valeur. C’est une femme merveilleuse, tendre, attentionnée, et je suis profondément heureux qu’elle ait choisi de vivre avec moi. Tu peux continuer à l’attendre de loin, elle ne sera jamais à toi.

De : Alex

À : Greg

Objet : Rosie

Tu penses que cette ridicule tentative d’intimidation va marcher ? Tu n’es qu’un minus. Rosie a un cerveau, elle n’a pas besoin de toi pour prendre des décisions à sa place. De : Greg

À : Alex

Objet : re : Rosie

Et qu’est-ce que tu ferais si elle disait oui, Alex ? Tu t’installerais à Dublin ? Tu laisserais Josh en Amérique ? Tu imagines que Rosie déracinerait Katie, quitterait un emploi qu’elle aime pour emménager à Boston ? Réfléchis un peu.

Vous avez un message de : ALEX

Alex : elle n’a pas eu la lettre.

Phil : oh, merde. Je t’avais dit de ne pas avouer ça par écrit.

Tu aurais dû lui parler. Pourquoi tu ne te sers pas de ta

bouche, comme tout le monde ?

Alex : par contre, Greg a trouvé la lettre. Phil : son crétin de mari ? Je pensais que c’était fini entre

eux.

Alex : non, de toute évidence. Ça ne change rien, je l’aime. Phil : oui, mais elle est toujours mariée. Je te livre mon

opinion, tout en sachant que tu ne suis jamais un

conseil : personnellement, je ne toucherais pas à la

femme d’un autre.

Alex : c’est un crétin !

Phil : toi aussi, seulement tu es mon frère et je t’aime quand

même.

Alex : je ne plaisante pas : il l’a trompée, ce n’est pas

l’homme qui lui convient.

Phil : à présent, Rosie sait qu’il l’a trompée. Elle sait que

c’est un abruti. N’empêche qu’elle reste avec lui. Elle doit

donc l’aimer. Si j’étais toi, je me tiendrais à l’écart. Alex : je ne suis pas d’accord.

Phil : parfait ! Tu es libre, fais ce que tu veux. Tu ne veux

que le bien de Rosie, certes, mais tu n’es pas non plus

dénué d’égoïsme. Mets-toi à la place de Rosie. Elle vient

de découvrir que son mari l’a cocufiée, elle en a

forcément souffert. Or, pour une raison mystérieuse, elle

choisit de surmonter ça et de ne pas le quitter. Au

moment où elle commence à se résigner, voilà le

meilleur ami qui débarque, dans sa blanche armure, et

qui lui déclare sa flamme. Tu cherches à plonger cette

pauvre petite dans la confusion la plus totale ? Si ce

mariage est un désastre, ce sera fini d’ici quelques mois

et Rosie se tournera vers toi. N’essaie pas de la pousser

au divorce, elle ne te le pardonnerait jamais. Alex : alors tu penses que je devrais laisser les choses se

faire naturellement ? Attendre qu’elle soit prête à me

rejoindre ?

Phil : grosso modo, oui. Je songe à produire une émission de

télé, du genre de celles où on aide les gens à résoudre

leurs problèmes.

Alex : je serai sur le plateau toutes les semaines. Merci, Phil. Phil : de rien. Je suppose que tu dois avoir le cœur d’un

patient à rafistoler, et moi j’ai un moteur de voiture à

réparer. Ciao. Réfléchis et prends la décision qui

s’impose.

Alex s’est déconnecté.