Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 9 - Clayton
Trois jours plus tôt
La piste de Billie et des deux bêtas n’a pas donné grand-chose. Arrivé à une sorte de cabane abandonnée, j’ai perdu leur trace. Cependant, j’ai réussi à retrouver la piste du fameux Yohan. Si je ne l’ai pas trouvé en personne, j’ai enquêté sur lui jusqu’à localiser cette ancienne ferme en bordure de la forêt. Elle se situe à une vingtaine de kilomètres de Mistydale. Reprenant forme humaine, je me faufile rapidement à l’intérieur. Je découvre l’odeur des bêtas qui était avec Billie. Il doit s’agir du sanctuaire de leur meute. Mes sens sont à l’affût et mon loup est sur le qui-vive. Il n’aime pas se trouver dans un lieu inconnu, entouré de loups qu’il ne connait pas. J’ignore ce qu’il m’attend ici, mais je sais que je ne dois pas me faire repérer. Lorsque je déniche une armoire, je m’empresse de m’habiller pour me fondre davantage dans le décor. La ferme est plutôt vide en ce début de soirée. J’imagine que la plupart des membres de cette meute sont partis en chasse. Je ne dois pas trainer trop longtemps à l’intérieur de la bâtisse. Même si la nuit me permet aisément de me dissimuler dans les ombres, je dois rester vigilant. Il en va de la sécurité d’une gamine. J’ignore encore si elle est partie de son plein gré ou non. Je dois donc la jouer fine.
Je fouille discrètement la maison à la recherche de la jeune femme, mais rien n’indique sa présence. Sa piste olfactive est d’ailleurs plutôt ancienne. Elle n’est plus ici, j’en suis certain. Je décide de ratisser le bâtiment pour tenter d’en apprendre plus sur cette nouvelle meute. Malheureusement, je ne découvre rien de probant. Pas de facture d’un autre endroit, pas de carte et d’indication menant ailleurs.
Dans la grande salle, j’identifie une sorte d’autel. Cela ne me dit rien qui vaille. Le Clan d’Arcadie a depuis longtemps renoncé à honorer les Dieux, mais ce n’est pas le cas de certaines meutes et celle-ci semble en faire partie. Je me demande s’ils sont alliés aux Baker et aux autres dégénérés qui préfèrent demeurer esclaves des divinités. Lorsque j’entends du bruit en provenance de l’extérieur, je m’empresse de passer par une fenêtre avant de me faire repérer. Heureusement, j’ai appris à masquer mon odeur pendant mon enfance. C’était le seul moyen que j’avais pour assister aux réunions d’envergure de mon père. C’est ainsi que j’ai découvert qu’il allait désigner mon frère comme digne héritier à l’âge de six ans, peu importe que je possède le gène alpha ou non. C’est aussi de cette manière que j’ai su que certains clans, ceux restant sous la coupe des Dieux, en avaient après nous. À l’époque, j’étais trop jeune pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de cette discorde entre meutes. Et, depuis, les tensions se sont cantonnées à quelques guerres de territoire sans grande importance. Mais je pressens que l’arrivée de cette nouvelle meute pourrait changer la donne. Ces loups n’ont rien à faire si près de notre territoire !
Alors que je m’apprête à partir, je perçois une voix qui m’est familière. Je me concentre sur les individus qui entrent dans la grande salle. Depuis la fenêtre, je ne peux pas distinguer leur visage, mais je reconnais tout de suite le ton belliqueux de Cory, l’aîné des Baker. Qu’est-ce qu’il fout là ?
– C’est quoi ce merdier ?! s’emporte-t-il.
– Rien qui ne vous concerne ! le rembarre une voix féminine. – Si nous devons la garder sur notre territoire, je crois que cela me concerne au contraire ! rage-t-il.
– Je ne crois pas, non ! Nous vous payons grassement pour que vous nous obéissiez et c’est ce que vous ferez ! le menace-t-elle.
Je me concentre sur mon odorat pour tenter de comprendre qui est cette femme. Son parfum n’est pas celui d’une louve, j’en suis certain. Mais elle n’est pas humaine, non plus. L’air de la pièce, surchargé d’encens, ne me permet pas d’en apprendre davantage sur elle. Dans quelle histoire s'est-il fourré ?
– Suis-je bien claire ? insiste-t-elle.
– Oui, accepte-t-il, sa voix semblant légèrement craintive.
Si Baker redoute cette femme, cela ne peut pas être bon. Qu’est-ce qui se passe, bon sang ?
– Que se passe-t-il ? les interrompt une nouvelle voix féminine. – Rien qui ne vous concerne ! renâcle la première femme. – Si vous êtes là, c’est uniquement parce que nous y consentons ! parait lui rappeler la nouvelle venue.
– Ne me tente pas ! Je rêve de planter ta tête sur une pique ! – Essaie donc pour voir ! lui répond-elle.
– Suffit ! tonne une troisième femme. Toi, retourne chez toi et reste sur le qui-vive. Nous te livrerons la fille bientôt. Et vous deux, vous feriez mieux de vous calmer si vous ne voulez pas que j’en réfère à la haute autorité ! Dispersez-vous ! leur ordonne-t-elle.
Le calme revient dans la pièce, mais je perçois l’agitation qui gagne la ferme. Je ne dois pas trainer plus longtemps ici, au risque de me faire surprendre. Sur le chemin du retour, je ne cesse de penser à l’échange que j’ai surpris. Qui sont ces femmes ? Pourquoi paient-elles les Baker ? Mais surtout, la personne détenue qu'ils mentionnent pourrait-elle être ma disparue ?
Je passe les deux jours suivants à les observer. Mais
malheureusement, je n’apprends pas grand-chose de plus. Cory ne revient pas à la ferme et il n’est plus fait mention de la personne qui doit être protégée par les Baker. Je crains que cette piste finisse par devenir une impasse. Cependant, je me rends compte que l’agitation ne cesse de grandir. Beaucoup d’individus vont et viennent à la ferme. Je crois même percevoir des membres d’autres meutes qui leur rendent visite. Cela ne sent vraiment pas bon, sans mauvais jeu de mots.
Je peine aussi à comprendre la hiérarchie qui règne ici. J’ai pu
apercevoir les deux femmes qui s’opposaient la dernière fois. Elles sont toutes deux entourées de plusieurs autres compagnes. Il est assez facile de les différencier. L’un des groupes inspire clairement la peur. Des ombres semblent même les suivre. Je n’arrive d’ailleurs toujours pas à déterminer à quelle classe elles appartiennent. Quant à l’autre groupe, il se compose de différentes espèces : des humaines, des louves et d’autres créatures inconnues. J’ai aussi remarqué que c’est davantage vers ce groupe que se tournent les loups. C’est tout ce que je suis parvenu à comprendre en quarante-huit heures et cela me frustre. J’imagine que je vais devoir m'entretenir avec mon père pour que nous puissions anticiper, peu importe ce que ces étrangers préparent.
En rentrant, je profite d’une longue douche pour me laver de toutes les tensions accumulées dans mon corps. Si le loup apprécie nos balades en forêt, il n’est pas vraiment fan de la position statique que je dois maintenir pour ne pas me faire repérer. Mes os et mes muscles me le font clairement ressentir en cet instant.
Au moment où je sors de la douche, la sonnette résonne dans mon appartement. Je m’essuie rapidement et enfile mon bas de jogging avant de voir qui vient m’importuner. J’espère que ce n’est pas encore la voisine du deuxième qui vient “quémander du sel”. Je crois qu’elle n’a pas compris que je n’étais pas intéressé… Lorsque j’ouvre la porte, je suis surpris d’y découvrir ma cliente.
– Que… Qu’est-ce que vous faites là ? grogné-je en la saisissant par le bras pour qu’elle entre dans mon appartement.
Je ne souhaite pas prendre le risque que quiconque la découvre en ma compagnie. Je pense avoir été suffisamment discret en observant la ferme, mais je ne peux pas en avoir la certitude. Si je parviens à les espionner sans me faire voir, il ne serait pas étonnant qu’ils en fassent de même. Immédiatement, son odeur si particulière me submerge et le loup ronronne presque au contact de sa peau contre la mienne. Je la plaque contre la porte sans pouvoir m’en empêcher. Je dois faire un effort considérable pour ne pas le laisser prendre le contrôle de mon corps. Ma fatigue des derniers jours est sans doute pour beaucoup dans ces perceptions exacerbées.
– Reculez ! m’ordonne-t-elle en posant ses mains sur mon torse nu.
Putain ! Heureusement pour mon contrôle, elle détache rapidement sa peau de la mienne. Après lui avoir demandé ce qu’elle fait ici, j’enfile un t-shirt pour mettre une barrière supplémentaire entre nous. Elle m’explique alors qu’elle veut en savoir plus sur mon enquête, ce que je comprends parfaitement. En temps normal, je tiens au courant mes clients. Mais cette histoire n’a rien d’habituel. En plus d’y mêler des loups-garous, elle a tout l'air d'être plus compliquée qu'elle n'y paraît. Il ne s’agit pas d’une simple fugue, j’en suis certain, mais je ne peux pas lui expliquer tout cela. Ce serait lui révéler l’existence des lycanthropes et trahir les miens. C’est hors de question ! Mais en découvrant les sentiments qui la rongent, je décide de trouver un compromis.
Je lui relate alors mes découvertes en omettant tout ce qui a trait aux
loups. De son côté, j'apprends qu’elle a approfondi ses recherches sur les miens. Elle a même identifié le lien qui nous unit aux Dieux. Elle est bien trop proche de la réalité et cela devrait m’effrayer, pourtant ce n’est pas le cas. Je me rends compte qu’au plus profond de moi, je souhaite qu’elle apprenne la vérité pour ne plus avoir à lui mentir. Je ne comprends pas d’où me vient cette envie si soudaine.
Voyant que la nuit est tombée, je décide de la raccompagner à sa voiture. Mon quartier n’est pas le plus sûr de la ville. Je ne veux pas qu’elle se fasse agresser en sortant de chez moi. Tout le trajet jusqu’à son automobile, je perçois son regard qui me brule. Mon loup se délecte de cette attention qu’elle nous porte. Quand elle me rentre dedans, je ne peux retenir un sourire sur mes lèvres.
– La vue vous a plu ? ne puis-je m’empêcher de la taquiner.
Ses joues rosissent alors qu’elle se renfrogne.
– Je… Je ne vois pas de quoi vous parlez ! m’assure-t-elle sans oser croiser mon regard.
– Je peux… commencé-je avant de me faire percuter douloureusement par quelque chose.
Je mets quelques secondes à comprendre ce qu’il se passe. Un homme me heurte violemment et enfonce son poing dans ma tempe. Je n’en reviens pas de ne pas avoir perçu la menace avant qu’il ne me saute dessus. Cette femme me perturbe bien plus que je ne le pensais. Ne perdant pas de temps, je repousse mon assaillant et le plaque au sol pour le rouer de coups. Je ne mets pas longtemps à comprendre qu’il s’agit d’un loup. Que fait-il ici ? Nous roulons sur le trottoir en échangeant de violents uppercuts. Tantôt, il est au-dessus de moi, tantôt c’est mon tour. Nos forces s’égalent. Mais mon adversaire ne se bat pas à la loyale. Il me donne un brutal coup à l’entrejambe et je l’envoie voler loin de moi. Putain, c’est douloureux ! Mon loup me prévient alors que Cassie est en mauvaise posture. Mon rival l’a bousculée sur la route en la heurtant. Elle peine à se relever tandis qu’une voiture déboule à toute allure droit sur elle. Ne réfléchissant pas davantage, je me rue à sa rencontre et la protège de mon corps. Un bruit effroyable de tôle résonne alors que je sens le véhicule me percuter. La carrosserie plie au contact de mon corps solide comme le roc. La peur que je lis dans son regard quand elle ouvre enfin les yeux me vrille l’estomac. Quelques secondes de plus et elle se serait retrouvée sans vie sur l'asphalte.
Sans la lâcher des yeux, je repousse la voiture qui gronde encore.
L’airbag s’est déclenché et le conducteur semble complètement sonné. Il n’a pas dû comprendre ce qu’il se passait. Mon regard se tourne vers l’endroit où a atterri mon adversaire, mais il a disparu. Ne réfléchissant pas davantage, je prends la jeune femme dans mes bras et cours nous mettre à l’abri. Nous ne pouvons pas être là quand le conducteur reprendra ses esprits ni au moment où la police arrivera sur place.
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