Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 4 - Cassie
Ma jambe ne cesse de remuer nerveusement alors que j’attends que
M. Zachos me rejoigne. Pour qu’il prenne mon affaire en urgence, j’ai dû lui verser un acompte de huit cents dollars dès hier soir. Je ne savais même pas que l’on pouvait faire des virements instantanés. Pour le moment, je ne réalise pas encore le poids de cet argent en moins sur mon compte en banque, mais retrouver ma sœur est plus important que tout le reste. Je gardais cet argent de côté en cas de coup dur. Je m’imaginais m’en servir pour réparer ma voiture et pas afin de payer quelqu'un pour chercher Billie…
En l’attendant, mon esprit s’égare vers la période difficile que nous venons de traverser.
Il est dix-huit heures trente quand nous passons la porte de notre immeuble. Billie monte rageusement les marches qui mènent à notre petit appartement. Notre mère n’est pas venue à son match de basket. J’ai bien essayé de la joindre pour savoir ce qui la retenait, mais elle n’a pas répondu à son foutu portable. Ma sœur reste concentrée dans son sentiment de haine tandis que je ne peux m’empêcher de m’inquiéter. Cela ne lui ressemble pas de nous faire faux bond. Maman assiste toujours à nos matchs, que ce soit les miens ou ceux de Billie. Aujourd’hui, elle devait nous retrouver après sa matinée de travail. Sa collègue l’a appelée hier soir pour lui demander de la remplacer. Maman a ouvert une boutique de fleurs avec une amie il y a quelques années. Lily-Anne a dû s’absenter pour rendre visite en urgence à sa mère qui venait de se faire hospitaliser.
Lorsque nous entrons dans l’appartement, un frisson désagréable me parcourt. La lumière du salon est allumée, mais la maison est étrangement silencieuse. Même Nougat, notre petit chiot qui ressemble à un renard, ne vient pas nous accueillir comme à son habitude. Je passe devant ma sœur et l’intime de rester dans l’entrée.
Je dois m’assurer que personne n’est entré dans la maison à notre
insu. Mais lorsque j’entre dans la cuisine ouverte, mon cœur dégringole dans ma poitrine et je tombe à genoux à côté du corps inerte de notre mère…
– Cassandra Carter ? me tire une voix de mes souvenirs.
Je cligne des yeux pour effacer cette image qui me hante encore des mois plus tard. Je découvre alors un immense homme blond face à moi. Son regard scrute mon visage intensément, ce qui me met mal à l’aise. Je secoue la tête pour me remettre les idées en place et me racle la gorge pour lui répondre :
– M. Zachos ?! Je ne vous attendais plus ! grogné-je face à son manque de ponctualité.
Pour huit cents dollars, il aurait pu faire l’effort de ne pas arriver en retard ! L’homme esquisse un léger sourire en coin avant de s’installer sur la chaise face à moi. Sa manière de me fixer ne me plait pas et son rictus me donne envie de le frapper. Je ne me qualifierais pas comme quelqu’un de violent, mais sa présence réveille quelque chose en moi que je ne connaissais pas. J’imagine que c’est la disparition de ma sœur et la fatigue accumulée qui me rendent si irritable vis-à-vis de la nonchalance apparente de cet individu :
– Votre sœur a disparu, c’est ça ? me demande-t-il alors que je lui ai déjà tout expliqué hier au téléphone.
Ma jambe s’agite de nouveau sous la table alors que ma patience est mise à rude épreuve. J’ai l’impression de tourner en rond depuis la disparition de Billie.
– Reprenons depuis le début, insiste-t-il, totalement impassible à ma détresse.
– Vous plaisantez ! m’exclamé-je. Ma sœur est je ne sais où et vous voulez que je perde du temps à tout vous répéter au lieu de vous mettre au travail ! m’emporté-je, en me levant de table.
– Nous devons tout reprendre en détail depuis le début pour être certains que j’ai tous les éléments avant de me lancer dans sa recherche, m’explique-t-il indifférent aux sentiments qui me traversent. Asseyez-vous ! m’incite-t-il en désignant ma chaise des yeux.
Je prends une profonde inspiration avant de me rasseoir. Je me rends compte que je me comporte de façon irrationnelle. Il est normal qu’il ait besoin d’informations complémentaires. La demi-heure qui suit, je la passe donc à lui raconter la journée de dimanche. Je lui rapporte également les propos des amis de ma sœur et lui signale que la police est aussi sur le coup. – Le message que votre sœur vous a laissé est on ne peut plus clair : elle ne souhaite pas être retrouvée.
– Qu’est-ce que vous en savez ? Vous ne la connaissez pas ! éructé-je. – Je n’en ai pas besoin ! affirme-t-il. Quand quelqu’un ne veut pas être retrouvé, il fait en sorte de ne pas laisser de traces derrière lui… – Elle ne ferait jamais ça ! Ma sœur et moi sommes proches, elle ne partirait pas comme ça…
– Visiblement, si… me signale-t-il, les sourcils arqués. – Allez vous faire foutre ! craché-je, face à son manque évident de considération.
Pour qui se prend ce connard ?! Je n’en reviens pas qu’Hannah m’ait conseillé ses services.
– Je dis seulement que dans ce cas de figure, soit on la retrouve, soit elle est déjà trop loin pour espérer quoi que ce soit, continue-t-il ignorant la détresse que je ressens.
– Waouh ! Vous êtes drôlement perspicace ! me moqué-je. Je savais que c’était une connerie de faire appel à un privé. Vous allez me rembourser mon avance, espèce d’escroc ! enragé-je.
– On se calme ! Je vais vous aider à la retrouver ! Mais ne vous faites pas d’illusions. Au vu de ce que vous m’avez dit, elle n’est pas partie sur un coup de tête. Il est rare dans ce genre de cas que l’individu revienne sur sa décision pour rentrer chez lui. Vous devez vous attendre à ce que votre sœur ne souhaite pas reprendre contact.
– C’est n’importe quoi ! halluciné-je.
– Si je la retrouve et qu’elle ne souhaite pas vous contacter, je n’irai pas à l’encontre de sa décision !
– Non, mais je rêve ! Je vous paie pour la retrouver ! Si c’est le cas, vous me direz où elle est, c’est non négociable.
– Dans ce cas, je refuse votre contrat !
– Vous êtes sérieux ?
– Indubitablement.
– C’est n’importe quoi ! halluciné-je.
– Je ne vous connais pas. Pour ce que j’en sais, c’est peut-être vous qu’elle a fui… m’annonce-t-il naturellement.
– Non, mais… Vous…
– Soit, vous acceptez mes conditions et vous saurez si votre sœur est en sécurité, me coupe-t-il. Soit, vous attendez que les flics obtiennent leurs informations…
– Je n’ai pas vraiment le choix… craché-je, mauvaise. – Bien ! Je vous tiens informée ! N’hésitez pas à m’appeler si vous vous souvenez de quoi que ce soit…
J’acquiesce d’un signe de tête, alors qu’il se lève pour partir. Je n’en reviens pas de sa méfiance à mon égard. Que croit-il que j’aie fait endurer à ma sœur pour qu’elle s’enfuie ? Pourtant, d’un autre côté, je ne peux m’empêcher d’imaginer le nombre de personnes dysfonctionnelles qui maltraitent leurs enfants. Je peux comprendre sa vigilance. Dans son métier, il a dû en voir des choses… Finalement, cela me rassure même un peu qu’il mette en priorité le bien-être de Billie. Cependant, je demeure méfiante. Quelque chose chez cet homme me perturbe. J’ignore de quoi il s’agit, mais je compte rester sur mes gardes le concernant.
– Alors ? m’interroge Hannah quand nous débarrassons les dernières tables, à la fin de notre service.
Nous n’avons pas eu un moment pour discuter ce soir. L’happy hour[2] du jeudi soir a toujours autant de succès auprès des étudiants d’Arcadia U.
– Pas de nouveau… soufflé-je.
– Clayton est sur le coup ? me demande-t-elle. – Hein ? Qui ça ?
– Le privé que je t’ai conseillé ! Tu ne l’as pas appelé ? – Si ! Si ! lui assuré-je en réfléchissant au fait que ce prénom ne m'est pas totalement inconnu.
C’est alors que je me souviens de la dernière fois qu’elle l’a
mentionné.
– C’est le mec qui a failli se battre l’autre fois ? halluciné-je. – Ne t’inquiète pas ! tente de me rassurer ma collègue. Il est très doué dans son domaine, sinon la police ne travaillerait pas avec lui. Si quelqu’un peut la retrouver, c’est bien lui, m’assure-t-elle confiante.
J’espère qu’elle ne se trompe pas…
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