Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 28 - Clayton
Un peu plus tôt
– Comment c’est possible ? m’emporté-je au téléphone avec mon frère. – Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Elle est partie ! – Elle est sous la protection de la meute, argué-je. – Eh bien, il semblerait qu’elle s’en foute ! me rétorque-t-il. – Bref ! Nous savons où elles se terrent ! lui révélé-je. – Nous aussi, affirme-t-il d’un ton railleur.
– Comment ça ?
– Apparemment, Ava peut pister ta promise ! Ça risque d’être compliqué pour votre intimité, se moque-t-il, ouvertement. Aïe ! souffle-t-il alors que du grabuge se fait entendre de l’autre côté de la ligne. – Vous êtes plus près que nous ! Allez-y maintenant ! m’ordonne ce qui me parait être la voix d’Ava. Je ne perçois plus notre lien, ça ne peut pas être une bonne chose, m’explique-t-elle.
– Nous partons immédiatement ! lui assuré-je en raccrochant. En route ! intimé-je Tyler et Cory qui étaient restés à mes côtés.
Au moins, nous n’arriverons pas qu’à trois ! Quand j’ai vu le message, j’ai aussitôt demandé à Karl de nous fournir des renforts. Il ne supporte pas de s’être fait mener en bateau par des nymphes et est plus que prêt à nous prêter main forte. La peur se répand dans mes veines à la vitesse d’un poison. Je ne peux m’empêcher de m’imaginer le pire. Cassie s’est montrée stupide en se jetant dans la gueule du loup toute seule, mais je ne peux que comprendre ses motivations. Après les révélations de Luna, je n’ai cessé de penser au traitement qu’a dû subir sa sœur. Je ne connais pas Billie et pourtant cela m’a affecté d’une manière ou d’une autre. Alors, je ne peux qu’imaginer ce qu’elle a éprouvé, sachant qu’il s’agissait de sa sœur et non d’une simple inconnue. Je ne peux qu’admirer son courage, même si c’était stupide d’agir seule.
Nous nous trouvons à quarante-cinq minutes de leur quartier général. En ne respectant pas les limitations de vitesse, nous y serons dans trente minutes. Et cela me semble bien trop long. Je dois ronger mon frein.
– Tiens ! me sort de mes pensées Cory en me tendant plusieurs sachets. – Qu’est-ce que c’est ?
– Un mélange de poudre de labradorite et de tourmaline noire. Cela les empêchera de se téléporter, m’apprend-il. Mon père n’accorde jamais sa confiance aveuglément, semble-t-il me prévenir face à mon regard perplexe. – Cela fonctionne vraiment ? lui demandé-je, en commençant à ouvrir l’un des sachets.
– Je te déconseille de faire ça ! m’arrête-t-il. Je t’assure que cela fonctionne.
Je distingue un éclair de souffrance dans son regard avant qu’il ne se détourne vers la fenêtre. Je n’ai jamais été en contact avec des sortilèges ou ce genre de choses. Ma meute, comme la plupart de celles que je connais, a relégué la part magique de nos traditions aux oubliettes. Nous ne pensions pas nous trouver face à des adversaires tels que les nymphes. Cependant, je comprends que cela risque de devenir une nécessité si nous voulons lutter contre nos ennemies à armes égales.
– Nous y sommes, annonce l’un des hommes de Cory.
Le bâtiment n’a rien de particulier à première vue. Il ressemble à tous les autres immeubles qui l’entourent. Pourtant, quelque chose émane des pierres à mesure que nous approchons des portes du rez-de-chaussée. Tous mes sens sont en alerte et le loup me hurle que quelque chose de maléfique se dissimule entre ces murs. Quand je jette un regard à mes camarades, je comprends qu’ils ont la même sensation. Lorsque nous entrons dans l’immeuble, tout est silencieux. Il semble presque abandonné. Cory nous guide jusqu’à une porte dérobée. Comme il l’ouvre, une alarme tonitruante se met en marche. Nous escaladons alors les marches à vive allure jusqu’à une porte que deux Baker défoncent sans perdre une seconde. Ils ne tergiversent pas.
Immédiatement, deux nymphes se jettent sur eux.
– La poudre ! ordonne Cory en lançant l’un des sachets sur l’une de nos adversaires.
Nous ne perdons pas de temps et envoyons les nôtres sur nos ennemies. Certaines parviennent à s’éclipser à temps. Mais d’autres se retrouvent obligées de nous combattre. Je ne réfléchis pas davantage et m’enfonce dans le bâtiment pour repousser nos adversaires. Dans un coin du loft, je distingue un certain nombre de cages, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder qu’une nymphe se jette sur moi. Je la repousse violemment et me poste au-dessus d’elle. La panique qui la saisit quand elle comprend qu’elle ne peut plus se servir de ses dons pour m’échapper est jubilatoire. Elles ne pourront pas nous fuir cette fois. Cependant, elle retrouve bien vite ses moyens et parvient à inverser nos positions. Elle m’inflige alors un violent coup de poing au niveau de la tempe qui fait gronder le loup en moi. J’arrête sa main et lui tords le poignet sans aucune pitié. Ce ne sont pas de simples humaines. J’ignore encore de quoi sont réellement capables ces femmes, mais je ne peux pas me laisser prendre au dépourvu cette fois. Elles paieront pour ce qu’elles ont imposé à Luna, Roy et Billie. Je ne suis pas idiot au point de croire que nous sommes leur coup d’essai. Elles sont trop bien organisées pour que nous soyons leurs premières victimes.
Tout autour de moi résonnent des bruits de lames qui s’entrechoquent, des gémissements plaintifs, des sons lourds de corps qui s’affrontent. Je n’ai jamais participé à ce genre de bataille et je me rends compte que la part sauvage qui m’habite se délecte de cette effervescence de violence. Elle en demande même encore davantage. Je constate du coin de l’œil que certains de mes camarades se sont transformés pour apprécier pleinement les saveurs du combat. Tout à coup, je perçois que l’énergie tout autour de nous se modifie. C’est comme si le monde s’était mis sur pause pour que nous comprenions que quelque chose d’important se joue à cet instant. Maintenant ma prise sur mon adversaire, je tourne la tête vers la porte par laquelle nous sommes entrés tout à l’heure. Cassie en émerge, auréolée par la magie qui l’anime. Une lueur verte illumine ses iris argentés où se reflète toute la rage qu’elle éprouve. Ses longues mèches brunes volètent autour de sa tête comme si une brise surnaturelle soufflait sur elle. Elle parait même flotter au-dessus du sol. Cela ne dure que quelques secondes, mais je perçois toute la puissance et la fureur qui l’habite. Et, je ne suis pas le seul.
Quand je reporte mon attention sur la nymphe que je maintiens au
sol, son visage est livide. Elle comprend qu’elle n’en sortira pas indemne et s’agite avec l’énergie du désespoir. Elle essaie de se soustraire à ma poigne de fer, mais rien n’y fait, je ne lâcherai rien. Les bruits de combat ont repris et je dois prendre sur moi pour ne pas lui donner le coup de grâce lorsqu'elle enfonce ses dents aiguisées dans mon bras. La douleur est intense, mais je résiste du mieux que je le peux. J’ignore comment mes compagnons ont vu les choses, mais je sais que nous avons besoin de prisonnières pour connaitre la réelle ampleur de notre adversaire. Certaines d’entre elles se sont échappées avant que nous parvenions à les arrêter, je sais donc avec certitude que cette histoire ne s’arrêtera pas ce soir. Peu à peu, l’agitation autour de nous se calme. Quand une nymphe profite de ce moment de répit pour foncer vers une fenêtre, j’assomme mon adversaire et me précipite vers elle. Malheureusement, elle arrive à m’esquiver en passant sous mes jambes avant de sauter par la fenêtre. Lorsque je regarde au-dehors, je distingue sa silhouette évoluer sur les toits voisins. Merde ! Je comprends rapidement que je ne parviendrai pas à la suivre. Elle est bien plus fine et plus agile que moi. Cela ne sert à rien. Je contemple le champ de bataille et remarque trois corps de nymphes ainsi que plusieurs blessés dans nos rangs. Au moins, nous avons ma prisonnière ! Lorsque je me tourne dans sa direction, je suis étonné de la voir ramper difficilement. Je peine à comprendre ce qu’elle fait. Elle ne se dirige pas vers l’une des fenêtres pour prendre la fuite, mais vers l’intérieur du bâtiment. Cela n’a aucun sens ! Mais quand elle saisit une dague au sol, je comprends immédiatement ce qu’elle va faire.
– Non ! hurlé-je en me jetant vers elle.
Mais il est trop tard. Ses yeux se plongent dans les miens alors que la lame est profondément enfoncée dans sa poitrine. Merde ! Elle a préféré se sacrifier plutôt que de risquer de nous communiquer des informations sur notre adversaire. Quel genre d’individu provoque une telle loyauté ? J’enlève la dague et tente de contenir l’hémorragie, mais je sais déjà que cela ne servira à rien.
– Elle reviendra pour elle… souffle la nymphe dans un dernier gargouillis alors que du sang coule maintenant de sa bouche.
Il n’y a plus rien à faire. Je cherche immédiatement Cassie des yeux. Nos regards s’ancrent l’un à l’autre tandis que je sens la peur s’insinuer dans la moindre parcelle de son corps. Une détermination farouche anime ses traits alors qu’elle se précipite à l’extérieur. Je m’empresse de la suivre pour comprendre ce qu’elle compte faire.
Je découvre alors la jeune femme que je n’avais vu qu’en photo ou vidéo jusque-là. Billie semble vraiment mal en point autant physiquement que mentalement. La peur qui hante son regard me broie la poitrine. Je décide donc de rester en retrait pour leur donner l’intimité qu’elles méritent. Cassie s’agenouille auprès de sa sœur, en demandant à Nyméria de les laisser seule. Billie est emmitouflée dans une couverture noire qui la fait paraitre encore plus pâle qu’elle ne l’est réellement. Je ne peux m’empêcher de remarquer comme ces deux sœurs sont différentes. Là où Cassie m’inspire la force et la vitalité, sa sœur serait la parfaite représentation de l’innocence avec ses grands yeux noisette larmoyants. Je sais que je devrais m’éclipser, mais je ne peux me retenir d’épier leurs retrouvailles.
– C’est fini, ma puce, lui assure Cassie d’une voix douce, en caressant ses cheveux délicatement. Nous allons partir loin d’ici. Je vais prendre soin de toi.
– Non ! la repousse fermement sa sœur.
– Quoi ? Comment ça, non ? Ces gens… Ce qu’ils t’ont fait… murmure-t-elle d’une voix douloureuse. Nous devons fuir loin d’ici, insiste-t-elle. – Cela ne servira à rien, lui certifie la jeune femme, en plongeant ses yeux dans ceux de sa grande sœur.
– Qu’est-ce que tu racontes ?
– Elles nous ont retrouvées sans même connaitre notre identité exacte. Comment penses-tu pouvoir leur échapper ? J’ai vu de quoi elles sont capables. Crois-moi, elles ne vont pas abandonner. – Mais…
– Nous serons bien plus en sécurité ici que seules dans un endroit où on ne connaitra personne, lui assure-t-elle, en plongeant ses yeux dans les miens.
Billie n’est pas aussi faible qu’elle le laisse croire et je reconnais bien là la combativité que j’ai perçue dès le premier jour chez Cassie. Pour autant, sa manière de me dévisager me déstabilise. C’est la première fois que nous nous voyons et pourtant, j’ai l’impression qu’elle peut lire en moi comme dans un livre ouvert…
OceanofPDF.com