Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)

Chapitre 34 - Clayton

Ma tête commence vraiment à être douloureuse et j’ai du mal à me

concentrer sur ce qui est dit. Quand je tourne le regard vers la fenêtre du bureau de mon père… non, de mon bureau, je me rends compte que le jour est déjà là. Cela fait des heures que je m’entretiens avec les alphas des autres meutes.

– Nous allons nous en tenir là pour le moment, coupé-je Samson, l’alpha des Knights. Tout à l’heure, nous devrons rendre hommage aux nôtres, leur signifié-je.

– Tu as raison, approuve Milenna, la mère de Tia. Allons nous reposer quelques heures ! propose-t-elle.

Quand tout le monde sort de la pièce, je ne trouve pourtant pas la force de me lever. Je baisse ma tête et passe nerveusement la main dans mes cheveux pour calmer la tempête qui fait rage sous mon crâne. Je relève mes yeux comme on toque à la porte.

– Entrez ! ordonné-je, épuisé. Mamilou ?! m’inquiété-je immédiatement de la savoir encore debout. Tout va bien ?

– Oui, oui, mon garçon. Reste assis ! exige-t-elle quand je me lève pour la rejoindre.

Je l’observe fermer la porte et venir s’asseoir dans un des fauteuils qui me font face. Je ne peux que constater le poids du chagrin qu’elle porte sur les épaules. Aujourd’hui, nous avons perdu beaucoup de nos amis. Tous les gammas et les enfants n’ont pas pu être conduits à temps en sécurité malheureusement. Je m’en veux tellement ! Pendant que je profitais de l’étreinte chaude du corps de Cassie, les miens souffraient, mouraient… C’est une vérité qu’il m’est difficile à accepter. En repensant à elle, je ne peux m’empêcher de passer les doigts à l’endroit qu’elle a marqué de sa bouche. Ma peau a déjà retrouvé son aspect normal, mais je la sens tout de même.

– Elle nous a été d’une grande aide, ce soir, me signale ma grand-mère, comprenant sans que j’aie besoin de lui expliquer où mes pensées m’ont mené.

– Son pouvoir est puissant, acquiescé-je.

– Il n’y a pas que ça. Elle a passé des heures à soigner les blessés. Elle sera une alpha de premier choix, m’assure-t-elle.

Je réalise que ses paroles apaisent un peu la tension qui me noue les entrailles depuis plusieurs heures.

– Il avait changé d’avis depuis quelques semaines, lâche-t-elle à brule-pourpoint.

– De quoi tu parles ? lui demandé-je soudain bien réveillé. – Je sais que tu t'interroges sur ta nouvelle position d’Alpha. Dane était revenu sur sa décision de nommer Garnett héritier. – Quand ? Pourquoi ? halluciné-je.

– Cela faisait déjà plusieurs mois qu’il réfléchissait au bien-fondé de sa décision. Tu lui as prouvé à maintes reprises que les intérêts de la meute passaient toujours avant ton bien-être. Tu as gagné le respect des loups en restant toi-même. Tu as toutes les qualités pour être un alpha digne de ce nom et ton père le savait. Tu ne dois pas douter de toi, Clay ! conclut-elle. Tu as trouvé ta place… Ta mère serait si fière de toi. – Tu crois ? ne puis-je m’empêcher de lui demander, la gorge nouée par l’émotion.

On parle tellement peu de ma mère que je doute parfois qu’elle ait existé.

– Évidemment, mon chéri, m’assure-t-elle en se levant pour me rejoindre.

Je ne résiste pas quand elle tourne mon fauteuil pour me serrer dans ses bras. Son parfum de lavande poudré si particulier me rappelle mon enfance. Elle m’a élevé comme si j’étais son propre fils et je ne l’en remercierais jamais assez. Elle ne peut imaginer comme ses mots me touchent. Des larmes silencieuses coulent sur mes joues lorsque je réalise que mon père avait foi en moi.

– Je ne doute pas que tu sauras prendre les meilleures décisions pour les nôtres. Aucun des alphas n’en doute, tu peux me croire. Tu es né pour diriger, assure-t-elle, en plongeant ses yeux dans les miens. – Merci, Mamilou ! soufflé-je, ému par ses mots. – Allez ! Va te reposer un peu ! Les prochaines heures risquent d’être difficiles.

Lorsqu’elle sort du bureau, je la suis, mais au lieu de prendre la direction de ma chambre, je préfère sortir. Je me dirige vers la rangée de pins à l’arrière de la propriété. C’est ici que ma mère a été inhumée, comme la plupart de mes ancêtres. Quand j’étais enfant, je passais de longues heures à lui raconter mes journées. Cela peut paraitre étrange, mais je sentais sa présence à mes côtés dans ces moments-là. Cela me faisait du bien de lui parler. Pourtant, en cet instant, je ne trouve pas les mots. Je me contente donc de m’allonger à l’ombre des pins et de fermer les yeux.

Quand je me réveille deux heures plus tard, je perçois immédiatement une présence à mes côtés : Nyméria.

– Tu ne devrais pas te cacher ! résonne la voix de mon amie dans ma tête.

Je ne peux retenir une grimace de douleur en me relevant. Je n’ai plus l’habitude de dormir à même le sol sous ma forme humaine.

– Je ne me cache pas ! lui certifié-je. Où est-il ? lui demandé-je, résolu. – On l’a enfermé à l’infirmerie comme tu l’as demandé. Il est en sale état, m’informe-t-elle.

– Et Ty ? m’enquiers-je.

– Il s’en remettra, m’assure-t-elle avec un sourire qui sonne faux. Qu’est-ce que tu comptes faire ? me pose-t-elle la question qui m’a torturé jusque dans mes songes.

– Je ne sais pas… lui confié-je.

– Quoi que tu décides, tu auras notre soutien, me déclare-t-elle en posant une main compatissante sur mon épaule.

J’acquiesce avant de me diriger vers l’infirmerie et mon frère.

Quand j’entre dans la pièce, Garnett est assoupi. Je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point il ressemble à notre père. J’ai encore du mal à réaliser qu’il est bel et bien mort. J’ai toujours cru que mon paternel était indestructible. Il était si fort et imperturbable. Pourtant, face à sa dépouille, je n’ai eu d’autre choix que d’admettre qu’il n’est pas plus puissant qu’un autre. Nous sommes tous égaux face à la mort…

J’ignore si j’ai fait du bruit, mais mon frère s’agite dans son lit avant

d’ouvrir les yeux soudainement.

– Clayton… souffle-t-il d’une voix éraillée.

Je m’installe sur le fauteuil à côté de lui en soupirant d’exaspération. Je suis déjà fatigué par cette conversation avant même qu’elle commence. Ma relation avec mon frère a toujours été un peu tendue. Mais jamais, je n’aurais pu imaginer qu’il nous trahirait de cette façon.

– Pourquoi ? préféré-je ne pas perdre de temps. – Tu ne pourrais pas comprendre… murmure-t-il. – Essaie quand même ! craché-je mauvais.

– À quoi bon…

– À quoi bon ? T’es sérieux ? Tu nous as trahis et tu ne t’en justifies même pas ! enragé-je, en me levant du fauteuil.

S’il n’était pas aussi amoché, je lui écraserais bien mon poing sur la gueule.

– Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te condamner à mort ?! le provoqué-je.

– Je… Je ne pensais pas que ça irait aussi loin, se justifie-t-il.

Il m’explique alors qu’il s’est rapproché des nymphes quand il a compris que notre père envisageait de revenir sur sa décision de le nommer Alpha à sa suite. Il m’assure qu’il avait passé un marché dans lequel elles devaient forcer leur père à abdiquer et à le désigner comme héritier. En contrepartie, il devait leur fournir le moment idéal pour qu’elles s’emparent de Cassie. Je me retiens de lui sauter à la gorge en apprenant qu’il était prêt à la leur livrer pour obtenir ce qu’il voulait ! Quel putain d’égoïste ! Il m’explique ensuite qu’il leur a parlé de la fête organisée hier, que tout le monde serait épuisé après les célébrations et que ce serait le meilleur moment pour agir.

– Que croyais-tu qu’elles allaient faire ? enragé-je. – Je ne pensais pas qu’elles iraient aussi loin ! se défend-il. – Tu es stupide ou quoi ? Évidemment qu’elles allaient s’en prendre à nous. Elles sont alliées aux AcAr, bon sang ! Tu leur as offert notre meute sur un plateau ! Ils ont profité du fait que nous ayons relâché notre attention le temps d’une fête pour nous attaquer ! hurlé-je. Des enfants sont morts par ta faute…

– Je sais… souffle-t-il au bord des larmes. Père a eu raison de te choisir… admet-il douloureusement. Que… Que comptes-tu faire de moi ? – Je ne sais pas encore, lui avoué-je. Ce sont tes conneries qui nous ont menées là. Mais je ne peux pas oublier que tu as protégé les enfants dans la salle commune. Samson m’a aussi dit que tu t’étais battu contre des Chasseurs et tu as pris cette lame pour me protéger. Sincèrement, je ne sais pas quoi faire de toi… Tu es mon frère et je n’ai aucune envie de te condamner à mort, mais je ne serai pas le seul à décider. – Tu as convoqué le Grand Conseil ? me demande-t-il. – Repose-toi ! ne prends-je pas la peine de lui répondre, avant de sortir.

Je me retiens de m’affaisser contre la porte en sortant. Je ne peux pas m’écrouler maintenant. La journée est loin d’être terminée.

 

Alors que les hommages aux défunts se terminent, je peine à garder mon agacement pour moi. Tia ne cesse de me coller au train et cela commence à m’irriter prodigieusement. Après avoir salué les différents couples alphas, je m’éloigne d’un bon pas. Je n’ai pu me reposer que quelques heures, sans compter que mes rêves étaient hantés d’images de ma famille en sang. Pas le meilleur des sommeils donc…

– Clay ! m’interpelle la voix de Tia.

Je serre les dents et me retourne impassible dans sa direction.

– Tia, que puis-je pour toi ? tenté-je de rester courtois. – Je me disais que nous pourrions parler de l’alliance de nos familles, minaude-t-elle.

– De quoi tu parles ?! m’étonné-je. Garnett sera jugé dans quelques jours par le Grand Conseil, comme tes parents ont dû t’en informer. – Oh ! Je me fiche bien de Garnett, se moque-t-elle. Enfin, je veux dire c’est dommage pour lui, se reprend-elle devant mon regard peu avenant. C’est toi qui es l’Alpha, maintenant… insiste-t-elle. Ça tombe plutôt bien, non ? ajoute-t-elle quand je ne réponds rien.

Je crois que je commence à comprendre où elle veut en venir et elle ne pourrait pas être plus loin de la réalité. Je prends conscience d'à quel point j’ai pu me monter naïf par le passé. Cette femme n’a rien qui pourrait m’attirer. C’est une belle femme, je ne peux pas lui enlever ça. Mais je m'aperçois que même son apparence n’a plus aucun effet sur moi. Il n’y en a qu’une qui m’obsède et ce n’est pas elle.

– Tu crois… Tu penses vraiment que nous allons nous unir ? ne puis-je m’empêcher de me moquer ouvertement.

– Évidemment ! Nos pères ont passé un accord. Un mariage entre alphas pour unir nos meutes, me rappelle-t-elle comme si je pouvais l’oublier. – Désolée de te décevoir, mais ça ne va pas être possible, nous interrompt Cassie, en venant se positionner à mes côtés.

Instinctivement, ma main se pose sur sa hanche pour la rapprocher encore de moi. Mouvement que ne rate pas Tia qui nous regarde éberluée.

– C’est quoi ces conneries ? enrage-t-elle, en me fusillant du regard.

D’une caresse sur mon bras, ma femme me fait comprendre qu’elle veut s’en charger. Je sais à quel point le baiser de Tia l’avait blessée il y a quelques semaines. Je décide donc de ne pas intervenir. Et puis, on ne va pas se mentir, voire deux femmes se battre pour moi est assez satisfaisant.

– Il va falloir te trouver un autre alpha ! Clayton ne sera jamais tien, lui annonce-t-elle en dégageant son t-shirt pour que Tia puisse voir la marque de revendication.

Tia écarquille les yeux en découvrant la trace de mes crocs encore bien visible. Elle pousse un cri de frustration avant de partir sans se retourner.

– Je pense qu’elle a compris, me moqué-je en tournant Cassie face à moi. – J’espère bien ! crache-t-elle, en lançant un regard noir vers Tia. J’ai cru que j’allais l’étrangler pendant la cérémonie. Une caresse par-ci, un chuchotement par-là !

– Jalouse ? me moqué-je.

– Possessive, j’avoue, admet-elle en rougissant légèrement. – Moi aussi, je le suis. Et je n’ai pas loupé les regards en coin que te jetait Elias.

– Hein ? Qui ça ?

– Un jeune loup du Clan du Croissant de Lune. Roux, cheveux frisés, à peu près cette taille, insisté-je.

– Ah ! Lui ! Tu te fais des idées. Il me remerciait juste de l’avoir soigné hier, nie-t-elle.

– Tellement naïve ! me moqué-je.

Je ne lui laisse pas le temps de rétorquer et me jette sur ses lèvres comme je rêve de le faire depuis des heures. Le poids de mes responsabilités s’envole et je profite de ce moment de répit.

 

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