Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)

Chapitre 22 - Cassie

Les jours passent et le désespoir qui m’habite est de plus en plus

intense. Les Chasseresses sont retournées à la ferme à ma demande. Nous escomptions qu’elles découvriraient des informations sur Billie, mais pour le moment, cela n’a rien donné. Je perds espoir de retrouver un jour ma petite sœur. Ma situation au sein de la meute est compliquée à gérer. Certains membres me considèrent comme une menace à leur sécurité. D’autres sont clairement hostiles à ma présence ici, dans leur maison. Puisque je suis une déesse, je n’ai rien à faire parmi eux, qui réfutent l’influence des Dieux dans leur vie.

La seule chose positive, c'est que je suis présente pour ma grand-mère. Malgré toute l’agitation qui règne ici, je suis parvenue à trouver un médecin spécialisé dans le stress post-traumatique. Millie a déjà eu deux séances avec le professionnel. Il m’a conseillé de penser à une hospitalisation vu l’état dans lequel elle est, mais il respecte mon choix de ne pas vouloir la déraciner. De plus, il serait difficile de lui expliquer qu’elle a besoin de se dégourdir les jambes plusieurs fois par semaine dans les bois alors qu’elle semble si apathique la plupart du temps. Alors que nous revenons justement du dernier rendez-vous avec le Dr Collins, je remarque une certaine agitation dans la salle commune. Je prends tout de même le temps d’accompagner ma grand-mère jusqu’à sa chambre avant de savoir de quoi il retourne. Je l’aide à se débarrasser de sa veste et à s’allonger et replace les oreillers dans son dos, avant d’allumer la télévision. Au moment où je m’apprête à partir, elle agrippe mon poignet. Lorsque je tourne mes yeux vers son visage, je remarque que son regard est toujours rivé à l’écran, mais sa poigne ne se desserre pas pour autant. Le médecin m’a expliqué que les personnes comme ma grand-mère qui ne parviennent plus à s’exprimer de vive voix, communiquent à leur manière. Il faut seulement prendre le temps de les comprendre.

– Je suis là, Millie. Je ne pars pas, lui assuré-je en m’asseyant sur le siège à côté de son lit.

Ma curiosité va devoir attendre. Je me concentre sur ma grand-mère et caresse doucement sa main qui se relâche quand elle comprend que je vais rester avec elle. Nous restons ainsi une demi-heure, avant que ses légers ronflements résonnent dans la pièce. Encore troublée qu’elle m’ait retenue de cette façon, je me lève et dépose un tendre baiser sur son front, avant de la laisser se reposer.

Lorsque j’arrive dans la salle commune, l’agitation s’est un peu calmée. Je cherche des yeux un visage amical pour comprendre de quoi il s’agit. Je repère facilement la crête de Tyler qui dépasse d’une des tables. Quand il me voit, un sourire étrange se dessine sur ses lèvres alors qu’il m’indique de le rejoindre.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? lui demandé-je en désignant le groupe d’inconnus de l’autre côté de la pièce.

– Certains de nos alliés redoutent ta présence, m’apprend-il. – Comment ça ?

– Ils craignent que tu nous incites à retourner sous le joug des Dieux.

– C’est n’importe quoi ! grogné-je en jetant un coup d’œil aux nouveaux venus.

C’est alors que je la repère. Mon regard s’attarde sur ses longues mèches brunes qui brillent sous l’éclat du soleil qui passe par la porte-fenêtre. Elle discute avec agitation avec plusieurs loups. À l'instant où ses yeux croisent les miens, sa bouche se crispe et ses mâchoires se serrent.

– Qui est-ce ? formulé-je la question qui me brule les lèvres depuis qu’elle nous a interrompus avec Clayton pendant mon entrainement.

J’ai bien tenté d’occulter la vision de ses bras autour du cou de Clayton et ses lèvres sur les siennes, mais je mentirais en disant que ce moment ne me hante pas. J’ai pourtant bien plus important à penser que l’identité de cette femme. Clayton n’est rien pour moi ! tenté-je de m’en convaincre pour ce qui me paraît être la millième fois.

– C’est Tia, la fille de l’alpha de la meute des Montagnes Dorées, nos plus anciens alliés, m’explique Tyler. Elle deviendra notre alpha quand Dane mourra, me révèle-t-il.

À cette simple éventualité, mon estomac se retourne et mon cœur se déchire.

– Elle a entendu parler de ce qu’il s’est passé quand ton identité a été confirmée, ajoute-t-il, un sourire aux lèvres que je ne comprends pas bien. – J’imagine qu’elle n’a pas dû être enchantée de savoir que c’était Clayton qui m’avait sortie de ma transe.

– Tu m’étonnes ! L’intensité entre vous était palpable à des kilomètres à la ronde, se marre-t-il maintenant.

– J’ai du mal à comprendre pourquoi ça te ravit. Tu ne dois pas une loyauté envers ta future alpha ou un truc du genre ?! ironisé-je, tentant de comprendre son attitude.

– Mon amitié pour Clay passera toujours avant le reste, assure-t-il. Et puis, elle n’est pas encore mon alpha… Beaucoup de choses peuvent encore se passer d’ici là… poursuit-il énigmatique.

– Je vois mal ce qui pourrait empêcher que Clayton et elle s’unissent… – Mais de quoi tu parles ? me demande-t-il en haussant les sourcils. Non ! Tu crois que… se moque-t-il ouvertement devant mon incompréhension. Tia devra épouser Garnett, pas Clayton ! me certifie-t-il. – Que… Pourquoi… Je ne comprends pas ! hésité-je, devant son air moqueur. Ils se sont embrassés, il n’y a pas une semaine ! me justifié-je. – Je peux t’assurer qu’il n’y a plus rien entre eux. – Mais…

– Cela fait plus d’une semaine que Tia est ici. L’as-tu vue une seule fois en compagnie de Clay ? Mis à part cette fois où tu les aurais vus s’embrasser, ajoute-t-il devant mon air fermé.

– Je n’ai rien inventé, lui assuré-je.

– Je veux bien te croire, mais je peux t’assurer que Clayton se couperait la queue plutôt que de l’embrasser de son plein gré ! me certifie-t-il. – Je… Peu importe, lui assuré-je à court de mots.

Je ne sais plus quoi penser ! La femme qui a sauté au cou de Clayton est en fait supposée épouser son frère ? Où est-ce que je suis tombée ?! Franchement, quelle femme saine d’esprit embrasserait son futur beau-frère de cette manière ? Je n’ai pas le temps de m’y attarder davantage qu’Ava passe la porte avec l’objet de mes pensées. À leur mine, je comprends immédiatement qu’il s’agit de Billie. Aussitôt, les battements de mon cœur deviennent assourdissants et je sens des larmes perler au coin de mes yeux.

– Elle est en vie, me rassure d’emblée Clayton en pressant ma main droite dans les siennes.

C’est comme s'il percevait le moindre de mes sentiments sans que j’aie besoin de lui parler. Cette connexion qui nous liait déjà auparavant s’est renforcée d’une manière presque palpable. Je me rends compte qu’il en est de même de mon côté. J’ai tout de suite perçu l’anxiété qui lui comprime la poitrine, mais je ne ressens rien qu’une certaine irritabilité quand ses yeux rencontrent ceux de Tia.

– Venez ! nous invite-t-il à le suivre en faisant signe à Tyler, alors qu’il ne lâche pas ma main.

Je ne manque pas de jeter un regard à Tia qui a les yeux rivés sur nos mains enlacées. J’aimerais ne pas me réjouir de sa mine déconfite, mais j’en suis incapable, ce que Clayton semble d’ailleurs percevoir.

– Que se passe-t-il ? m’impatienté-je en ignorant son regard en coin. – Grâce aux Chasseresses, nous avons découvert où ils la retiennent, m’apprend-il.

– Juste ciel ! soufflé-je de soulagement.

Cependant, je me rends vite compte que Clayton ne partage pas mon euphorie. Il nous fait alors entrer dans le bureau de son père.

– Qu’est-ce qui ne va pas ? m’inquiété-je immédiatement. – Votre sœur a tenté de s’enfuir apparemment. Ils ont dû la sédater pour la calmer, m’apprend Ava, d’une voix blanche.

– Quoi ?! Non ! commencé-je à paniquer.

– Elle leur a donné du fil à retordre, poursuit-elle, une lueur satisfaite dans les yeux.

Putain de merde ! Je ne peux pas imaginer Billie en proie avec ces monstres. Nous avons maintenant la certitude qu’ils la retiennent contre son gré et cela me retourne l’estomac. J’avais encore l’espoir qu’elle avait fugué avec des amis. Même si ce n’était pas l’idéal au moins cela m’assurait que quelqu’un veillait sur elle, mais là, je n’ai même plus cette assurance. Ils l’ont droguée !

– Où sont-ils ? demandé-je déjà prête à en découdre. – Ils prévoient de la changer de lieu de résidence ce soir, pour éviter qu’elle puisse s’enfuir de nouveau, m’explique Clayton. – Où ?

– À deux heures d’ici ! m’indique-t-il avant de se tourner vers son père. Nous devons nous hâter !

– Je viens avec vous, lui annoncé-je en le forçant à se tourner vers moi. Je ne resterai pas ici à attendre sagement, insisté-je. – Je ne voyais pas les choses autrement, m’assure-t-il, en lançant un regard accusateur sur Ava.

– Déesse…

– N’essaie même pas ! l’arrêté-je immédiatement. Je suis la grande déesse guerrière, non ? la provoqué-je. Je ne me cacherai pas alors que ma sœur a besoin de moi.

– Vous devriez porter votre torque ! tente-t-elle de me convaincre, sans vraiment y croire.

Je refuse de toucher à ce bijou. J’ai cru mourir la dernière fois. Tout ce pouvoir, c’est trop pour moi. Je ne me sens pas prête à retenter l’expérience. D’autant plus, si la sécurité de Billie est en jeu. Je ne veux pas prendre le risque de perdre le contrôle.

– Préparez-vous ! On part dans quinze minutes ! annonce Clayton, en relâchant ma main pour s’approcher de son père.

Je ne perds pas de temps et me dirige vers ma chambre pour me changer. Je troque mon short beige et ma tunique blanche contre un jean et un t-shirt noirs. Cela sera plus utile pour me cacher dans les ombres. Il ne fera pas encore nuit dans deux heures, mais cela nous aidera quand même à nous dissimuler au maximum. J’enfile mes bottines en cuir marron et fonce déjà vers la sortie. Je cours dans les escaliers sans regarder où je vais tant j’ai hâte de passer à l’action. Arrivée au bas des marches, je trébuche et me retrouve plaquée contre un torse que je reconnais immédiatement. J’inspire l’odeur boisée de Clayton à plein poumon et lève mon regard pour plonger dans ses yeux bleus étincelants. Je peine à déglutir face à ce que je lis dans ses iris. La même faim qui me noue les entrailles l’habite. L’adrénaline du combat à venir alimente ce désir que nous repoussons tant bien que mal depuis des jours. Quand son regard glisse jusqu’à ma bouche, je ne peux plus résister à cette envie viscérale qui me crie de prendre ce dont j’ai besoin, ce que je désire. N’écoutant que mon instinct, je remonte mes mains au niveau de ses épaules puis de son cou. J’incline ensuite sa tête pour que ses lèvres arrivent à hauteur des miennes. Lorsqu’il comprend que je ne vais pas le repousser, ses mains descendent le long de mon dos. Ses lèvres effleurent doucement les miennes au moment où il agrippe mes cuisses afin que mes jambes s’enroulent autour de son bassin. Maintenant à la même hauteur, je me permets de prendre le temps de caresser sa barbe naissante avant de dévorer sa bouche avec la mienne. Notre baiser envoie une pluie d’étincelles dans tout mon corps et je n’essaie même pas de retenir mes gémissements quand il mordille ma lèvre inférieure. Sa bouche dérive vers le lobe de mon oreille qu’il lèche sensuellement.

– Tu me tues ! me souffle-t-il à l’oreille d’une voix plus rauque que jamais.

Je sens la rigidité de son désir appuyé délicieusement entre mes cuisses et je sais que ce baiser ne sera pas suffisant. Pourtant, nous devons calmer les choses. Ce n’est pas le bon moment. Déposant de doux baisers contre son cou, je desserre l’étreinte de mes jambes et glisse le long de son corps, me rappelant que nous devons aller chercher ma sœur. Ma libido peut attendre, pas ma sœur !

Des klaxons résonnent dans notre dos, ainsi que des rires gras auxquels je préfère ne pas prêter attention. Quand mes yeux croisent ceux furibonds de Tia, mon sourire s’agrandit.

– Je devrais me sentir outré que ce soit sa présence qui élargisse ton sourire et non mon baiser, remarque Clayton en suivant mon regard. – Il faudra faire mieux la prochaine fois ! le taquiné-je. – Tu ne devrais pas me provoquer de cette manière, me prévient-il une lueur prédatrice dans le regard.

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