Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)

Chapitre 8 - Cassie

Cela fait maintenant plus d’une semaine que Billie a disparu. Les

battues pour la retrouver ont été arrêtées il y a quelques jours et mon désarroi ne cesse de grandir. Les relevés téléphoniques de ma sœur n’ont rien donné et la géolocalisation de son portable non plus. Quant à Clayton Zachos, il m’assure avancer dans son enquête sans vouloir me donner plus de détails. De mon côté, j’en viens à croire qu’elle s’est véritablement transformée en loup et que c’est ce qui l’empêche de rentrer à la maison. C’est dire mon degré de désespoir…

J’ai parcouru en long, en large et en travers le livre que j’ai malencontreusement volé à la boutique ésotérique. Je connais tout de l’organisation sociale des loups-garous jusqu’au moyen de les anéantir. J’ai aussi appris qu’Artémis est leur protectrice. Après avoir découvert la traitrise d’une de ses Chasseresses pour être tombée amoureuse de Lycaon, elle l’a bannie en la métamorphosant en ourse. Mais le garou n’abandonna pas son amour pour autant. Il la retrouva et s’exila avec elle dans les bois les plus profonds. Je dois dire que je trouve cette histoire plutôt romantique, même si j’ai du mal à comprendre comment un loup et une ourse ont pu s’unir… Les loups se sont alors retrouvés sans leader et Zeus nomma sa fille responsable des lycanthropes.

Au cours de mes recherches internet, j’ai découvert de nombreux témoignages qui attestent de l’existence des garous. J’ai trouvé des photos et vidéos réellement troublantes. Sur l’une d’elles, on assiste même à la métamorphose d’un homme en loup. Je crois que je n’oublierai jamais le bruit des os qui se meuvent pour muter. C’est abominable !

J’ai passé la journée d’hier à m’informer sur la mythologie grecque. Et je dois dire que j’ai découvert pas mal de choses assez invraisemblables. Dans un forum de mordus des Dieux polythéistes, ils assurent que les Olympiens sont parmi nous. Selon certaines théories, au fur et à mesure que le christianisme, l’islam et toutes les nouvelles religions se sont développés, l’influence des divinités s’est amoindrie. Pour continuer à exister, ils doivent donc désormais se réincarner dans des enveloppes corporelles humaines. C’est complètement dément ! Ainsi, un célèbre chroniqueur anglais est soupçonné d’être la réincarnation du dieu Hermès. Je n’en reviens pas de l’imagination des gens. Et puis, je me souviens que je suis prête à croire aux loups-garous pour expliquer la disparition de ma petite sœur ! Je deviens aussi folle qu’eux…

Ne réfléchissant pas davantage, je passe ma veste et m’engouffre dans ma voiture avant de perdre le courage. J’entre l’adresse du détective privé que j'ai trouvé sur son site internet, pour me rendre chez lui. Il m’évite depuis plusieurs jours, ça ne peut pas continuer comme ça ! J’ai besoin de réponses !

Le quartier dans lequel il vit n’est pas le meilleur de la ville. Je suis rassurée qu’il fasse encore jour. Je ne suis pas certaine de vouloir m’aventurer ici à la nuit tombée. Mistydale n’est pas vraiment une ville connue pour sa criminalité, mais il y a de mauvais quartiers partout. Je reste quelques minutes à observer le bâtiment de cinq étages légèrement délabré. Profitant du fait qu’un habitant sorte de l’immeuble, je m’y faufile. Je doute que M. Zachos soit heureux de me trouver sur le pas de sa porte. Je cherche sa boite aux lettres pour savoir à quel étage il habite. Une fois devant sa porte, je prends une profonde inspiration faisant abstraction des battements désordonnés de mon cœur et j’appuie sur la sonnette. Plusieurs secondes s’écoulent avant qu’il ouvre.

– Que… Qu’est-ce que vous faites là ? grogne-t-il en saisissant mon bras pour me faire entrer précipitamment dans son logement.

Mon souffle se coupe quand il me plaque contre la porte qu’il vient de refermer. Sa main me maintient fermement contre le bois et son regard me fait presque peur. Je ne me suis jamais laissé intimider par la violence d’un homme, ce n’est pas maintenant que ça va commencer.

– Reculez ! lui ordonné-je en le repoussant de mes deux mains.

Je me rends alors compte qu’il ne porte qu’un bas de jogging et que ses cheveux sont encore humides de la douche qu’il vient sûrement de prendre. Je détache mes doigts de son torse comme si sa peau m’avait brulé et serre les dents pour maintenir mon air impénétrable.

– Comment vous avez trouvé mon adresse ? me demande-t-il en me dévisageant intensément.

– Elle est indiquée sur votre site internet.

– Ce n’était pas une invitation à me rendre visite ! grogne-t-il, en s’éloignant enfin de moi.

Je réalise alors que je retenais mon souffle. Mes doigts tremblent de manière presque convulsive, mais je les cache rapidement dans mon dos. J’espère qu’il ne perçoit rien du trouble qu’il provoque en moi.

– Vous ne répondez plus à mes appels ! l’accusé-je. – Je vous l’ai dit ! Je suis sur une piste, me répond-il en passant un t-shirt. – Quelle piste ? Vous savez où est ma sœur ? m’empressé-je de lui demander.

– Pas encore, me répond-il laconique.

– Alors qu’est-ce qui vous fait croire que vous êtes sur la bonne voie ? – Vous devez me faire confiance, s’impatiente-t-il. – Vous ne m’avez donné aucune raison de vous faire confiance, ne puis-je m’empêcher de lui faire remarquer.

– Et pourtant, vous allez devoir le faire !

– Ça fait huit jours… soufflé-je, au bord des larmes.

Le manque de sommeil et l’inquiétude qui me ronge jouent avec

mes nerfs comme jamais auparavant. Je suis d’ordinaire plutôt maitresse de mes émotions, mais là, je ne contrôle plus rien. Je n’ose même plus lever mes yeux vers le privé, de peur de lire de la pitié dans son regard. Je n’aurais jamais dû venir ici ! Je perçois son souffle sur ma joue alors que je l’entends expirer bruyamment. Ses doigts se posent ensuite sous mon menton pour relever mon visage vers le sien.

– Je ne peux imaginer ce que vous ressentez, mais je vous assure que votre sœur est vivante.

– Vous l’avez vue ? le questionné-je, en plongeant mes yeux dans les siens.

– Non… souffle-t-il, semblant regretter ce qu’il vient de me dire. – Alors comment ?

– Je ne peux pas vous l’expliquer. Vous devez me croire. – Vous êtes hilarant ! me moqué-je, amère. Qui me dit que vous n’inventez pas n’importe quoi pour me faire croire que vous la cherchez, alors qu’en fait vous vous tournez les pouces.

– Vous insultez mon intégrité ?! éructe-t-il, mauvais. – Je ne vous connais pas, me justifié-je. Et vous m’assurez des choses sans aucune preuve ! Comprenez que c’est compliqué de vous croire !

Il me détaille pendant plusieurs secondes, et je me sens de moins en moins à l’aise.

– Très bien ! souffle-t-il. Asseyez-vous ! me propose-t-il en indiquant le salon de la main.

Il est parvenu à retrouver la trace de Yohan. Piste qui l’a ensuite conduit à un groupe d’individus qui se trouvent hors de la ville. Des indices prouvent la présence de ma sœur sur les lieux, sans préciser la nature de ces preuves ni le genre de groupe auquel il fait allusion. Il a passé ces trois derniers jours à les espionner pour en apprendre plus sur leur organisation et le lien qui existe entre eux et Billie. Mais pour le moment, il n’a pas de réponses concrètes à ces questions. Ces explications me paraissent tellement lunaires que je ne cesse de l’interroger pour en savoir plus. Mais, bien évidemment, il ne me donne que des non-réponses.

Il me questionne ensuite sur mes avancées concernant les loups-garous. Je lui parle alors des théories douteuses que j’ai trouvées sur internet. Ses sourires et ses exclamations par rapport aux aberrations que j’ai découvertes me paraissent surjoués, mais j’avoue ne pas être la meilleure juge des sentiments d’autrui en ce moment. Quand notre discussion prend fin, je me rends compte que l’obscurité est tombée dehors.

– Je vais vous raccompagner, me propose-t-il, en tournant lui aussi son regard vers la fenêtre.

J’aimerais lui assurer que ce n’est pas nécessaire, mais je me rappelle mon appréhension en découvrant son quartier. J’acquiesce donc sans un mot de plus, en me dirigeant vers la porte.

La descente en ascenseur se fait dans un silence pesant, mais aucun de nous ne fait d’effort pour lancer la conversation. Je crois que pour une fois, nous sommes sur la même longueur d’onde. En passant la porte, un courant d’air froid me fait immédiatement frissonner.

– Votre voiture ? me demande-t-il.

– Là ! lui indiqué-je, en la désignant à l’autre bout de la rue.

Alors que je pensais qu’il rebrousserait chemin, je suis étonnée de le voir partir en direction de mon auto. Je profite du fait qu’il me tourne le dos pour l’observer à la dérobée. Sa carrure me parait encore plus impressionnante que d’habitude. Il se dégage de lui quelque chose de… d’animal, pensé-je à défaut de trouver de meilleur terme, qui fait reculer les autres passants. Mes yeux se perdent ensuite dans ses mèches blondes malmenées par le vent, puis sur les muscles puissants de son dos mis en valeur par son t-shirt blanc moulant. Mon regard finit par s’attarder sur ses mains puissantes qu’il bouge nerveusement. Je ne peux nier que le côté pile est aussi attirant que le côté face de cet homme. Dommage qu’il soit si énigmatique et imbuvable la plupart du temps… Perdue dans mes pensées, je lui rentre dedans quand il s’arrête abruptement à hauteur de mon véhicule.

– La vue vous a plu ? me demande-t-il, un sourire au coin des lèvres.

Et arrogant, j’allais oublier ! Malgré moi, je sens mes joues rosir.

– Je… Je ne vois pas de quoi vous parlez ! lui assuré-je, mal à l’aise qu’il m’ait surprise.

– Je peux…

Il n’a pas le temps de finir sa phrase qu’un homme se jette sur lui. La violence qui émane de leur affrontement me paralyse sur place. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Tout à coup, je me retrouve propulsée sur la route sans pouvoir rien y faire. Ma cheville me fait un mal de chien quand je tente de me relever et je ne réalise que trop tard qu’une voiture me fonce dessus. Je ferme les paupières et me prépare à l’impact en crispant tout mon corps pour tenter d’amortir la collision. Un bruit métallique effroyable résonne à mes oreilles. Comme je réalise que le choc ne se produit pas, j’ouvre grand les yeux. Mon regard rencontre alors deux pupilles rouges qui me dévisagent.

 

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