Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 18 - Cassie
Me focaliser sur l’état de Clayton m’a permis de ne pas penser à ce
que j’ai fait hier… Je ne sais pas du tout quoi en penser. J’ai bien conscience qu’une énergie mystique a jailli de moi, repoussant nos assaillants. Cependant, j’ignore comment cela peut seulement être possible.
Quand je me suis rendu compte que la bataille s’intensifiait, je n’ai
pas pu rester cachée comme il me l’avait demandé. J’ignore ce que je comptais faire : sans arme et avec des notions de self-défense basique, mais j’y suis tout de même allée. Après le coup de feu et la découverte de Clayton inerte au sol, c’est comme si j’avais perdu le contrôle d’une partie de mon être. La fureur et la panique ont envahies chaque particule de mon corps quand je l’ai découvert dans cet état. Je cherchais en vain comment lui venir en aide. Puis quelque chose s’est épanoui dans ma poitrine. Une énergie brute qui ne demandait qu’à s’échapper de moi. Des volutes vertes luminescentes sont sorties de mes mains de manière désordonnée. Je me suis alors concentrée sur nos ennemis et le flux lumineux s’est déversé sur eux. Ils ont été propulsés plusieurs mètres plus loin. J’ignore encore comment cela est possible. Peut-être que mes sentiments sont un moyen de déclencher ce pouvoir. J’en ai d’ailleurs eu la preuve encore tout à l’heure. Depuis cet incident, je rencontre des difficultés à canaliser mes émotions. J’ai malencontreusement fait exploser le bureau de l’Alpha au moment où il m’accusait à tort de lui avoir caché mes capacités. D’où la mise en garde qu’il a tenu à son fils, à mon encontre. J’ai de la chance de ne pas avoir eu davantage de remontrances.
D'après ce que j'ai pu comprendre de leur échange, le père de
Clayton a fini par faire la même supposition que son fils. Il y aurait un traitre au sein de la meute qui travaille en réalité avec les ravisseurs de ma sœur. Ma pauvre Billie…
– Cassie ? Vous m’entendez ? me demande Clayton en posant une main sur mon bras pour me ramener au moment présent. – Désolée… J’étais perdue dans mes pensées.
– Ce n’est rien. Je peux comprendre que tout cela vous perturbe, m’assure-t-il compatissant.
– Vous me croyez alors ? lui demandé-je, heureuse de constater qu’au moins lui ne me prend pas pour une menteuse. – J’imagine que si vous saviez que vous possédiez ce genre d’aptitudes, vous n’auriez pas engagé un détective pour retrouver votre sœur. Vous n’auriez eu besoin de personne pour mettre au tapis ses ravisseurs.
C’est vrai que je n’avais pas vu les choses comme ça. Mais encore faudrait-il que je contrôle “ces aptitudes” !
– Je n’y comprends rien… soufflé-je complètement désabusée, sans oser le regarder.
J’entends le lit grincer alors qu’il se rapproche de moi pour relever mon menton dans sa direction. Son visage tuméfié me fait légèrement grimacer, mais je l’oublie rapidement quand il se rapproche encore de moi.
– Nous allons tenter de comprendre ce qui vous arrive et retrouver votre sœur, m’assure-t-il d’un ton posé, en plongeant ses yeux bleus dans les miens. D’accord ?
J’acquiesce silencieusement sans le quitter du regard. C’est fou l’effet qu’il me fait. Ces simples paroles allègent un peu l’angoisse qui m’accompagne ces dernières semaines. Je pourrais me perdre dans ce genre de sensations. Les battements de mon cœur accélèrent de plus belle quand je sens ses doigts caresser doucement ma joue. Je meurs d’envie de me blottir tout contre sa chaleur, de m’enivrer de son odeur si particulière… Mes yeux dérivent vers sa bouche bien dessinée qui m’appelle. Mais tout à coup, sa main me relâche et il reprend un peu ses distances.
– Merci, au fait, lâche-t-il après s’être raclé la gorge. – P… Pourquoi ? demandé-je encore troublée par notre proximité. – Pour m’avoir sauvé la vie, lance-t-il dans un souffle avec un léger rire gêné.
– Ce n’est rien, lui assuré-je mal à l’aise.
– Si vous jugez que ma vie ne vaut rien, soit !
– Non, non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, m’affolé-je. – Je le sais, Cassie. Je plaisantais, m’assure-t-il, un sourire au coin des lèvres.
Je dois sortir d’ici avant de faire ou dire une bêtise.
– Bien ! Je… Je vais vous laisser vous reposer, m’exclamé-je en me levant précipitamment du fauteuil.
Je n’en reviens pas de me laisser troubler de cette manière par cet homme. Il est bel homme, c’est un fait. Mais ce que je perçois entre nous me parait davantage qu’une simple attraction physique. Je serais bien incapable de l’expliquer avec des mots. Je le ressens dans chaque parcelle de mon être.
– Cassie ! m’interpelle une voix féminine, depuis le bout du couloir.
Je me retourne et découvre Nima qui se rapproche de moi, déterminée. Je ne me sens pas de taille à endurer encore de fausses accusations. Et je suis complètement prise au dépourvu quand elle me prend dans ses bras.
– Merci… chuchote-t-elle, la voix vibrante d’émotion. Je viens d’apprendre ce qu’il s’est passé, m’annonce-t-elle en se détachant de moi. – Attends ! l’arrêté-je quand elle s’apprête à ouvrir la porte de l’infirmerie. Il vient de subir un interrogatoire par l’Alpha, il a besoin de repos, lui annoncé-je.
– Ah ! D’accord ! Pas de soucis, assure-t-elle, alors que je lis la déception sur son visage. C’est vrai ce qu’on raconte ? m’interroge-t-elle, en relevant les yeux vers moi.
– Euh… Je ne sais pas… Qu’est-ce qu’on raconte ? lui demandé-je, en m’éloignant de la chambre de Clayton pour qu’il puisse se reposer. – À propos de… de tes pouvoirs ? précise-t-elle, en jetant un regard vers mes mains.
– Si on dit que j’ignore d’où ça me vient et comment les contrôler, alors oui, c’est la vérité ! ne cherché-je même pas à lui cacher la vérité.
Je n’ai aucune envie d’avoir à me justifier de nouveau.
– Stéphanie parle de volutes verdoyantes qui s’échappaient de tes mains. Apparemment, tes yeux aussi irradiaient.
– Ah bon !? m’étonné-je.
Il faut dire que je ne me suis pas entretenue avec la jeune femme. Je n’ai pas l’impression d’être au Sanctuaire depuis seulement quatre jours. J’ai la sensation qu’une décennie s’est écoulée depuis la disparition de Billie.
– Elle a laissé sous-entendre que l’énergie pure que tu dégageais était puissante.
– Je… Je peux t’assurer que je me sentais tout sauf puissante, lui assuré-je mal à l’aise. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je ne comprends même pas comment cela est possible. S’il n’y avait pas eu de témoins, je te garantis que je croirais être devenue folle.
– Et… Tu… Tu es au courant pour…
– Pour quoi ? lui demandé-je sur le qui-vive.
Peut-être ont-ils trouvé de nouvelles informations sur Billie. La
jeune femme me détaille longuement, semblant prendre une décision.
– Non, rien ! Laisse tomber ! proteste-t-elle, mais je vois bien que quelque chose la chagrine. Je pensais regarder un film ou une série avant d’aller me coucher, si jamais ça te tente… me propose-t-elle. Il y aura du pop-corn ! précise-t-elle quand elle comprend que j’hésite.
– Si tu me prends par les sentiments… me moqué-je, en la suivant jusqu’à la chambre qu’elle partage avec une autre adolescente.
Je m’installe dans le lit de la jeune femme mais ne parvient pas à focaliser mon attention sur l’épisode qui passe à la télé. Nima me donne un coup de coude avant de poser sa tête sur mon épaule. Je comprends qu’elle m’apporte tout son soutien silencieusement. Cette complicité naissante me rappelle celle qui me liait… Non, celle qui me lie à Billie. Nous avons eu hier la preuve qu’elle est vivante. Il ne nous reste plus qu’à la retrouver. Je sais de source sûre que Garnett et Nyméria sont en ce moment même en train de passer au peigne fin les vidéos de surveillance. L’un se charge de suivre la camionnette qui a enlevé Luna et Roy. Tandis que l’autre s’occupe de chercher la trace de Billie. De mon côté, je ne peux pas faire grand-chose, de plus. À la fin de l’épisode, je suis épuisée et décide de laisser Nima.
Je me dirige donc vers la chambre qui m’a été attribuée et m’allonge
sur le lit. Immédiatement, Nougat saute à mes côtés. Ronnie est passé plus tôt pour m’apporter des affaires et ramener le chien de Billie. Au moins, nous pouvons nous réconforter l’un l’autre. Le pauvre animal a perdu l’appétit depuis la disparition de sa maitresse. Je tente de m’endormir, mais trop de choses tournent dans ma tête: Billie, Clayton, Millie, mes nouveaux pouvoirs…
Je me tourne dans le lit pour observer le chiot qui a fini par s’endormir sous mes caresses et repense à ma confrontation avec l’Alpha concernant ma grand-mère. Quand nous sommes revenus du piège lancé par les chasseurs, Clayton a dû être opéré en urgence pour enlever les balles qui s’étaient fichées dans son flanc. Je crois que je ne pourrais jamais sortir de ma tête l’image de ce loup gris majestueux, inerte au sol alors qu’une flaque de sang se formait sous lui. Je ne sais pas comment, mais je savais avec certitude que c’était lui et une peur indicible s’est emparée de moi à la perspective de le perdre. Je ne comprends pas mes propres réactions. J’ai l’impression que mon être est scindé en deux. La partie rationnelle ne veut pas croire à tout cela (les loups, mes pouvoirs) et me dit que je ne peux pas tenir à cet homme de cette façon du fait que je ne le connais que depuis deux semaines. Et l’autre partie de moi, celle que j’ignorais avoir, me souffle que tout cela est ma nouvelle réalité, que je ne dois pas lutter et me laisser porter par la magie qui m’entoure.
Pendant qu’il était sur la table d’opération, j’avais besoin de déverser ma frustration sur quelqu’un alors quand j’ai croisé le regard de l’Alpha, j’y ai trouvé mon échappatoire.
– Dane ! l’interpellé-je sciemment.
Je ne compte pas lui donner plus de pouvoir qu’il en a sur moi, il n’est pas mon alpha et ne le sera jamais. Le regard meurtrier qu’il me lance ravive la flamme rebelle en moi. Celle de l’adolescente qui s’est laissé abuser par un homme qui se pensait supérieur. Je ne laisserai plus ce genre de choses m’arriver.
– Justement, je voulais vous parler, annonce-t-il en me faisant signe de le suivre.
À mesure que nous nous rapprochons de son bureau, je sens ma rage, ma peur, mon incompréhension croitre. Sa façon de marcher comme si le monde lui appartenait, sa manière d’ignorer les gens qui le saluent respectueusement et cette arrogance qui suinte par tous les pores de sa peau me rendent dingue. Rapidement, une autre silhouette se superpose à la sienne et mes mains se mettent à trembler. Quand il entre dans la pièce et se dirige vers son bureau sans même vérifier que je l’ai suivi, mon ressentiment manque de tout faire exploser. Je claque la porte dans mon dos et me place debout face à son bureau. J’ai conscience que tous les sentiments négatifs qui m’assaillent ne sont pas seulement liés à cet homme, mais en cet instant, je m’en contrefiche, j’ai besoin de cet exutoire.
– Vous nous aviez caché vos capacités ! m’accuse-t-il en me lançant un regard presque dégouté.
– Je ne vous ai rien caché ! lui assuré-je de ma voix la plus froide. Et je me fiche de ce que vous avez à me dire. Vous allez m’écouter attentivement ! – Pour qui vous vous prenez ? Restez à votre place ! J’en ai puni pour moins que ça ! grogne-t-il.
– Puni ?! Essayez donc pour voir ! craché-je, complètement hors de contrôle.
– Ne me provoquez pas ! Le lien qui vous unit à mon fils ne vous protégera pas de mon courroux ! siffle-t-il.
J’ignore ce qui me fait vriller dans ses paroles : qu’il sous-entende que j’ai besoin de la protection d’un homme pour me défendre ou qu’il se pense dans son bon droit de me corriger, comme si j’étais une gamine ? Je sens la pulsation du pouvoir déferler depuis le centre de mon être pour se nicher au creux de ma main. Des volutes vertes tourbillonnent de plus en plus rapidement pour former une sphère presque tangible. La peur et l’exaltation se disputent en moi. Lorsque je porte mon regard vers l’Alpha, il s’est levé de sa chaise et ses iris ont viré au rouge sang.
– Ne bougez pas ! lui ordonné-je. Vous allez m’écouter attentivement. Je me fiche que vous soyez l’alpha de cette meute.
– Je ne vous permets pas ! exulte-t-il.
– Vous n’avez pas su prendre soin de Millie toutes ces années ! l’accusé-je. – Je… tente-t-il de m’interrompre.
Perdant patience, je balance la boule luminescente sur son bureau
qui éclate en mille morceaux. Il me fusille du regard, mais pour autant, il ne bouge pas. Il semble me jauger pour savoir comment agir.
– Vous n’aurez plus votre mot à dire sur la santé de ma grand-mère, lui apprends-je quand j’ai toute son attention. Millie est maintenant sous ma responsabilité. Je m’occuperai de l’emmener consulter un spécialiste des troubles post-traumatiques et il n’est plus question que vous l’enchainiez à son lit ! Me suis-je bien fait comprendre ? insisté-je alors qu’il me fusille du regard. Nous resterons ici, car c’est le seul endroit qu’elle connaisse. Elle a besoin de stabilité pour guérir. Mais vous garderez vos distances avec nous. Ne jouez plus à l’alpha avec moi ! Je ne suis pas l’une de vos louves, lui rappelé-je.
Je n’attends pas son assentiment et sort de la pièce, le cœur battant à tout rompre.
J’ignore d’où m’est venue cette force de m’opposer à un homme de sa stature et je crois même avoir lu une lueur enthousiaste dans son regard juste avant que je sorte. C’est n’importe quoi !
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