Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)

Chapitre 5 - Clayton

Cette disparition ne me dit rien qui vaille… Tout ce que j'espère,

c'est que cette gamine n'est pas une victime de plus du trélos qui errait ces dernières semaines autour de Mistydale. Ce loup sauvage n'avait rien à faire dans les parages, c'est un hors la loi ! J’ignore pourquoi il s'était exilé ici, mais je n’aime pas ça. C'est notre espèce tout entière qu'il met en péril à cause de ses conneries !

Grâce à ma casquette de détective privé, je suis parvenu à étouffer

ces attaques sauvages. Cependant, je n’ai toujours pas retrouvé sa trace. Je pensais qu’il avait passé sa route. Mais s'il s'agit bien d'une agression supplémentaire, il y a urgence que je me rende sur le territoire de mes ancêtres, celui du clan d'Arcadie. C’est normalement Garnett, mon aîné, qui est responsable de la sécurité du domaine. Il en sait peut-être plus sur la bête féroce qui traine autour de la ville.

Cela ne m’enchante pas de me rendre sur la propriété de ma famille.

Cela fait maintenant plusieurs années que je me suis exilé. Je ne supportais plus la pression constante que mon frère faisait peser sur mes épaules. Notre père l’a toujours élevé pour qu’il devienne le prochain alpha de notre meute, mais quant à mes seize ans mon potentiel d’alpha s’est révélé, Garnett a vu cela comme un affront. Depuis, c'était affrontement sur affrontement entre nous. Il était clair que l’un de nous était de trop… J’ai donc pris sur moi de m’éloigner.

Officiellement, je travaille toujours pour la meute. Je fais en sorte de

maintenir cachée l’existence des garous aux yeux des humains et profite de mes dons pour gagner un peu d’argent. Lorsque j’arrive au niveau du chemin forestier menant au Sanctuaire de Lycaon, je vérifie à l’aide de mes sens surdéveloppés qu’aucun humain ne traine dans les alentours. Je descends ensuite de voiture et ôte mes vêtements. Mon loup trépigne de se dégourdir les pattes. La senteur du bois d’Arcadie imprègne mes narines tandis que les os de mon corps se brisent et se remodèlent créant des membres plus longs et plus puissants. Mes muscles se tordent sous la violence des spasmes dus à la transformation. Mes doigts s'élargissent et se recourbent pour prendre la forme d’une patte. Mes ongles durcissent jusqu’à se muer en griffes acérées. Ma mâchoire s’allonge au moment où mes poils épaississent, me recouvrant entièrement d’un pelage argenté. Enfin, mes dents s’étirent et se changent en crocs pointus, prêts à déchiqueter leur prochaine proie. L’euphorie me gagne comme je m’élance dans cette forêt, terre de mes ancêtres. Les feuilles détrempées crissent sous mes pattes et de la vapeur s’échappe de mon museau alors que ma course s’accélère. Je remarque que les ours sont entrés en hibernation ainsi que d’autres petits mammifères qui peuplent le bois. Tout à coup, un fumet délicieux s’invite dans mes naseaux. Mon regard se pose sur un petit lapin blanc qui grignote la végétation. Instinctivement, je me place de manière que le vent n’emporte pas mon odeur vers lui. Je m’approche silencieusement du lapin et l’abats d’une morsure à la gorge. L’animal n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. Je me repais alors du gout délicieux du sang chaud sur ma langue.

Après ce repas frugal, je m’enfonce encore davantage dans les bois. En m’avançant vers le Sanctuaire, je perçois immédiatement la présence d’un autre individu. Je dresse mes oreilles et renifle l’air pour tenter de déterminer à qui j’ai affaire. Lorsque mon regard croise celui de la jeune louve, mon cœur se réchauffe. Je m’approche d'elle et la salue en frottant mon museau contre le sien. Nima se couche ensuite sur le dos et commence à rouler sur elle-même pour me signaler qu’elle veut jouer. Malheureusement, je ne suis pas là pour ça. D’une pression contre sa tête, je lui indique que je n’ai pas le temps de jouer avec elle. Je dois m’entretenir avec mon père. Elle se relève agilement et court en direction de la demeure dissimulée en plein cœur de la forêt pour annoncer mon arrivée. Avant de retrouver les dirigeants de ma meute, je me dirige vers la petite annexe aménagée à l’entrée de la propriété de la meute. Je reprends forme humaine et m’habille des vêtements mis à disposition pour les invités. Même si les garous apprécient être sous leur forme lupine, nous n’en oublions pas que nous sommes en partie humains. Et la nudité n’a pas encore intégré nos mœurs, au grand désarroi de certains de mes amis d’enfance.

Un pincement me serre la poitrine quand je redécouvre le manoir de ma famille. C’est mon arrière-grand-père qui a construit cet immense chalet en son temps. Dissimulés au plus profond de la forêt, nous ne sommes pas embêtés par quelques chasseurs ou humains ici. Nous sommes libres de déambuler dans la nature à notre guise. L’imposante demeure en bois se compose de plusieurs niveaux et regroupe une cinquantaine d’individus, sans compter les visites régulières de nos alliés. Sans perdre de temps, je me dirige vers la plus haute dépendance où se situent les quartiers de l’Alpha.

Lorsque j’arrive devant la porte du bureau de mon père, Oz m’accueille d’une chaleureuse accolade.

– Content de te revoir ! m’assure-t-il, en me faisant signe d’entrer. Ton père t’attend.

Je ne m’attarde pas auprès de mon ami d’enfance. Notre Alpha n’est pas connu pour sa patience… Évidemment, Garnett se trouve aux côtés du patriarche.

– Clayton ! Que nous vaut ta visite impromptue ? m’interroge mon père en arborant un léger sourire.

Mon paternel n’a jamais vraiment accepté ma décision de m’éloigner de la meute. Il aurait préféré que je réponde aux provocations de mon frère. Pour autant, la famille est une notion importante chez les loups et il ne me reproche pas ouvertement ma façon de gérer les choses. Il ne comprend pas que si j’agis ainsi, c'est pour préserver la quiétude de la meute. Mon aîné a douze ans de plus que moi. Quant à son adolescence, il s’est rendu compte que le gène alpha ne coulait pas dans ses veines, il a fait en sorte que mon père le nomme tout de même héritier avant même de savoir si je possédais le gène. Il a voulu assurer sa position pour l’avenir. Je ne peux pas lui en vouloir, ma naissance n’était pas prévue et il a été élevé comme prochain dirigeant depuis sa naissance, contrairement à moi. Les garous ont pour habitude de faire plusieurs enfants, mais notre mère a eu des complications à la naissance de mon frère et les soigneurs lui ont garanti qu’elle ne pourrait pas avoir d’autres enfants. Quand elle a appris qu’elle était enceinte, c’était comme une bénédiction pour elle… Enfin, c’est ce que les gammas m’ont raconté. Mon père n’a jamais évoqué ma mère avec moi. Elle est malheureusement décédée en me donnant la vie. J’imagine que cela explique en partie le ressentiment que je perçois toujours entre nous.

– Il semblerait qu’un trélos traine dans les parages, décidé-je d’aller droit au but.

Plus vite, cette entrevue sera terminée, mieux je me porterai. Mon frère me fusille du regard, comme si cette intrusion était de mon fait. Bien que je lui aie volontiers laissé sa place de futur dirigeant, une certaine animosité subsiste entre nous.

– Garnett ? Tu en as entendu parler ? l’interroge l’Alpha, en se tournant vers lui, soucieux.

– Non, pas de signe d’un sauvage dans les parages, lui assure-t-il, à part le petit con qui se tient devant nous ! se moque-t-il, un sourire mauvais aux lèvres.

– Il a attaqué plusieurs humains et peut-être même enlevé une gamine, continué-je, ne tenant pas compte des remarques de mon abruti de frère. – As-tu retrouvé sa trace ? m’interroge mon père en se levant de son siège pour arpenter la pièce comme chaque fois qu’il réfléchit. – Pas encore, lui avoué-je de mauvaise grâce.

– En quoi cela nous concerne ? s’impatiente Garnett, comme chaque fois que mon père me porte un peu d’attention.

– Mistydale est sur le territoire de la meute ! lui rappelé-je. Ronnie et sa famille font partie des Arcadiens, ils comptent sur la protection de leur Alpha.

– N’es-tu pas capable de gérer un trélos de passage ? me provoque-t-il, en plongeant les iris jaunes étincelants de son loup dans les miens. Tu veux peut-être qu’on demande à Graham de superviser la situation ? se moque-t-il ouvertement.

Graham fait partie des membres les plus anciens de notre meute. Cela fait bien longtemps qu’il ne quitte plus sa grotte, au fond de la forêt. Je dois serrer les doigts pour ne pas répondre à cette provocation. Quand mon frère le remarque, il exulte. Prenant une profonde inspiration, je tente de me concentrer sur l’essentiel. Mais mon loup gronde intérieurement. Il n’a jamais accepté l’arrogance de Garnett. En tant qu’alpha potentiel, il a du mal à admettre qu’un bêta lui parle de cette manière. Il ne souhaite qu’une chose : que je remette ce connard à sa place.

– Tu devrais peut-être lui demander de faire les rondes à ta place ! Les Baker trainent sur ton territoire en toute impunité, lui révélé-je.

Un grondement rageur s’échappe des lèvres de Garnett alors qu’il me fusille du regard. En tant que futur dirigeant, il est déjà responsable de la sécurité du territoire de la meute. Qu’un clan rival se promène sur notre secteur n’est pas normal. Les présences des Baker et du trélos sont la preuve formelle qu’il ne prend pas son rôle au sérieux, ce que je ne me prive pas de mentionner. Mon frère réagit au quart de tour à ma provocation, comme je m’y attendais. Il se rue sur moi pour me propulser à l’autre bout de la pièce. Avec sa carrure de taureau, il n’a aucun mal à me faire reculer, mais j’intercepte facilement son poing qui allait s’écraser sur ma tempe. Avec agilité, je me débarrasse de sa poigne, et retourne son bras dans son dos pour le maintenir à mes pieds, là où est sa place. Mon loup jubile de le voir dans cette situation.

– Suffit ! tonne notre père. Mettez vos ressentiments de côté ! La sécurité de la meute est plus importante que vos chamailleries. Au boulot ! ordonne-t-il, en nous indiquant la porte de sa main.

Je ne me fais pas prier pour sortir de ce bureau de l’enfer. Garnett m’apprend qu’il va entreprendre des recherches de son côté, avant de disparaitre dans un couloir. Pour ma part, je ne perds pas de temps et me dirige vers la dépendance qui accueille les gammas.

Rien n’a changé ici, bien que cela fasse plusieurs mois que je ne suis

pas venu. L’odeur d’encens est toujours la même: lavande et eucalyptus, le parfum de mon enfance. Je passe devant plusieurs portes closes et frappe à celle en pin sculpté. Celle-ci s’ouvre sur la femme qui m’a élevé.

– Clay ! Viens ici mon chéri ! m’accueille chaleureusement Mamilou, ma grand-mère maternelle, en me prenant dans ses bras.

Comme toujours en sa présence, j’ai l’impression que le poids sur mes épaules s’allège. Je profite de ce moment de quiétude alors que des pas résonnent dans mon dos.

– Je n’osais pas y croire ! se fait entendre la voix de mon meilleur ami.

Je relâche ma grand-mère, pour me tourner vers les nouveaux arrivants. Oz est accompagnée de Tyler, Nima et Nyméria. Les voir réunis me réchauffe le cœur. Je n’ai pas quitté la meute sans peine. Mais c’était la meilleure décision à prendre. Après nous être salués chaleureusement, nous nous installons dans le salon de mon aïeule. Mes amis me tiennent informé des nouvelles de la meute. Ils m’apprennent qu’il y a de plus en plus d’incursions des meutes ennemies sur le territoire, mais qu’ils n’ont rien entendu sur la présence d’un trélos. J’imagine qu’il a continué sa route. J’espère seulement qu’il n’a pas tué la gamine que je suis censé retrouver… En parlant de ça…

– Allo ? décroché-je mon téléphone en voyant le nom de ma cliente. – M. Zachos ? me demande-t-elle.

– Oui ! Que me vaut ce plaisir ? lui réponds-je, en ignorant les regards curieux de mes amis.

– Pouvons-nous nous voir ? J’ai fait des découvertes étranges, m’apprend-elle.

– Je vous écoute !

– Je préférais vous en parler de vive voix…

– Je ne suis pas disponible pour le moment !

– Oh… Euh… Bien… J’ai découvert le journal de ma sœur…finit-elle par me révéler.

– Un carnet secret ? lui demandé-je soudainement intéressé par les nouvelles informations qu’elle détient. Ne me dites pas que vous l’avez lu, ne puis-je m’empêcher de la provoquer.

– Je ne vous paie pas pour que vous me jugiez ! enrage-t-elle.

J’avoue ne pas pouvoir résister à l’envie de l’asticoter. Lorsque j’ai croisé son regard pour la première fois au Beer’s, elle m’a tout de suite intriguée. Et quand j’ai découvert qu’elle était ma mystérieuse cliente, mon loup en a paru étrangement intéressé. J’ignore pourquoi cette femme nous trouble plus particulièrement.

– Qu’avez-vous appris ? reprends-je mon sérieux. – Je… Je ne sais pas exactement… Je préférais ne pas en parler au téléphone. Vous ne me croiriez pas de toute façon, élude-t-elle. Bref ! J’ai découvert aussi que des chèvres ont disparu ces dernières semaines des champs.

J’étais déjà au courant concernant la disparition des chèvres. Les loups solitaires se nourrissent parfois des animaux en pâturages, cela n’a donc rien d’extraordinaire. Cependant, cette histoire de journal m’intrigue. Pourquoi ne souhaite-t-elle pas m’en parler au téléphone ? Mon loup a un mauvais pressentiment.

– Où êtes-vous ? lui demandé-je, alerte.

– Je suis en ville !

– Où exactement ? m’enquiers-je, sentant que quelque chose se trame. – Au Hagginwood, la boutique ésotérique, m’annonce-t-elle mal à l’aise. – J’arrive ! lui annoncé-je, avant de raccrocher.

 

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