Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 10 - Cassie
Je peine à comprendre ce qu’il vient de se passer. Le parfum boisé et
la chaleur qui se dégage du corps du privé calme étonnamment les battements désordonnés de mon cœur. La panique reflue alors que nous entrons dans un immeuble un peu moins abimé que celui dans lequel il vit.
– Ça va aller ? me demande-t-il, en me reposant précautionneusement au sol.
Je ne peux que hocher la tête à sa question alors que mon regard reste rivé à ses yeux qui ont retrouvé leur teinte bleue habituelle. Ai-je rêvé ses yeux gorgés de sang ? Leur image est encore gravée sous mes paupières tandis que je l'observe récupérer une clé sous le tapis. C’est insensé ! Je dois m’appuyer contre le mur tant ma cheville gauche est douloureuse. Il me soutient telle une béquille jusqu'au sofa et retourne ensuite à la porte pour en fermer minutieusement tous les verrous. Je ne sais pas quoi penser, quoi faire ou quoi dire. Et je remarque qu’il est sans doute dans la même position que moi quand, demeurant dos à moi, il souffle bruyamment en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Lorsqu’il se tourne de nouveau vers moi, je ne parviens pas à déterminer la lueur qui brille dans ses yeux.
– Je peux ? me demande-t-il, en désignant ma cheville.
J’acquiesce sans trop savoir ce qu’il compte faire. Il entreprend de m’ôter ma bottine ainsi que ma chaussette, avant de remonter le jean sur ma jambe. Le contact de sa peau brulante sur la mienne m’électrise et je fais mon possible pour rester impassible. Délicatement, il fait bouger ma cheville. La torsion est un peu douloureuse, mais c’est supportable. Cela me perturbe de le découvrir aussi doux après avoir assisté à la violence dont il est capable.
– Vous vous êtes foulé la cheville, m’assure-t-il. Un peu de glace pour atténuer l’hématome et du repos devraient suffire. D'ici une semaine, tout sera rentré dans l’ordre, vous avez eu de la chance. – Vous êtes médecin à vos heures perdues ? lui demandé-je alors qu’il se relève.
– On peut dire ça… élude-t-il, en sortant de la pièce.
En fermant les paupières, je ne peux que repenser aux derniers évènements. J’allais me faire renverser par une voiture... Comment y ai-je échappé ? Je revis la scène comme si j’y étais : rien n’aurait pu empêcher la collision. C’est alors que je revois les pupilles rouges qui me dévisageaient quand j’ai rouvert les yeux pour comprendre ce qu’il se passait. Il était au-dessus de moi, formant une cage protectrice autour de mon corps. Son dos massif maintenait la voiture à distance. Lorsque je reprends contenance et rouvre les paupières, l’homme ? le monstre ? la machine ? est en train de me scruter intensément.
– Que… Que s’est-il passé là-bas ? lui demandé-je, le cœur au bord des lèvres.
– De quoi vous souvenez-vous ? me rétorque-t-il. – Un homme est sorti de nulle part et vous a sauté dessus. Vous vous êtes battus et je me suis retrouvée propulsée sur la route… Une voiture me fonçait dessus et… hésité-je, ne sachant trouver les mots justes. – Et je vous ai aidé à vous relever à temps, termine-t-il, en mettant de la glace sur ma cheville.
– Ne me prenez pas pour une imbécile ! le repoussé-je en grimaçant face à la douleur que cela provoque à ma cheville.
– Expliquez-moi ce qu’il s’est passé dans ce cas ! me propose-t-il, en positionnant mon pied en hauteur sur la table basse et maintenant la glace sur la blessure.
– Je… Je ne sais pas… soufflé-je, pas prête à mettre des mots sur ce que je pense avoir compris. Vos… Vos yeux étaient rouges. – Quoi d’autre ? insiste-t-il quand je garde le silence.
Sa façon de me regarder anime quelque chose au plus profond de mon être que je ne saurais nommer. Son regard, sa carrure, la violence dont il est capable, la douceur avec laquelle il me soigne, tout cela s’embrouille dans ma tête. En le détaillant, je me rends compte que la profonde égratignure qu’il avait à la lèvre tout à l’heure a déjà pratiquement cicatrisé, tout comme l’hématome sur sa tempe qui commence à jaunir. Encore des choses étranges qui me laissent penser que…
– Que… Qu’êtes-vous ? lui demandé-je, dans un élan de courage. – À votre avis ? m’interroge-t-il en se rapprochant de moi.
Ses pupilles se métamorphosent quelques secondes sous mes yeux et j’en perds le souffle.
– C’est impossible… murmuré-je.
– Dites-le ! persiste-t-il.
– Un loup-garou ?! C’est… C’est impossible ! rétorqué-je. Co… Comment ?
– Vous étiez prête à croire que votre sœur en était une, mais moi, je ne peux pas en être un ?
– C’est… C’est donc pour ça qu’elle a disparu ? m’empressé-je de lui demander pour ne pas m’attarder sur ce que tout cela signifie. – Je n’en suis pas encore certain. Je sais seulement que des garous sont liés à sa disparition. Mais je ne sais pas encore si elle est avec eux de son plein gré, m’apprend-il.
J’ignore comment réagir à cette information. Au fond de moi, je sais depuis le début que quelque chose ne va pas dans cette histoire. Après ce qui est arrivé à maman, Billie ne serait jamais partie de son plein gré, pas sans m’en avoir parlé en tout cas.
– Il faut la retrouver… soufflé-je aux prises à différents sentiments.
L’inquiétude, la peur, l’incrédulité se disputent en moi. Alors comme chaque fois que mes sentiments menacent de me faire perdre le contrôle, je préfère me tourner vers la dérision.
– Un loup, donc ? Je dois m’attendre à ce que vous criiez à la Lune ? lui demandé-je, tentant de paraitre détachée.
Le regard qu’il me lance m’assure qu’il n’est pas dupe, mais il ne répond rien.
– Quand vous vous transformez vous ressembler plus à Oz dans Buffy ou à Jacob dans Twilight ? insisté-je.
– Je vois que j’ai affaire à une pro des séries et films paranormaux… se moque-t-il doucement, en s’approchant de moi.
Je ne peux réprimer un mouvement de recul à son approche. J’ignore ce que signifie le fait d’être un vrai loup-garou. A-t-il une part animale en lui qui peut prendre le contrôle à n’importe quel moment ? Se nourrit-il d’humains au petit déjeuner ?
– Je ne vous ferai aucun mal, m’assure-t-il, semblant lire dans mes pensées. – Qu’est-ce qui me prouve que vous dites la vérité ? – Je viens de vous sauver d’une mort certaine ! argumente-t-il. – Pour ce que j’en sais, vous l’avez peut-être fait pour me dévorer au diner ! ironisé-je, sans vraiment trop y croire.
– Je peux vous assurer que je ne compte pas vous “dévorer au diner”, insiste-t-il sur mes propres termes. Bien que ce ne soit pas l’envie qui manque… murmure-t-il, en me dévorant du regard.
Ses paroles font se hérisser tous les poils de mon corps. Sa façon de me regarder n’a rien à voir avec un chasseur toisant son prochain repas, mais plus avec la manière dont un homme regarde une femme qu’il désire. Je ne peux m’empêcher de détailler son corps face à moi. Je peine à détourner mes yeux pour reprendre ma respiration. Concentre-toi ! m’admonesté-je. Je l’entends s’éloigner dans la pièce et perçois qu’il ouvre une porte. Prenant une profonde inspiration, je me focalise sur ma blessure pour oublier les autres sensations que j’éprouve en cet instant.
– Il serait plus prudent que vous restiez ici cette nuit… commence-t-il, en revenant vers moi.
– Quoi ?! Non ! m’insurgé-je.
– Nous ne pouvons pas être certains que l’homme de tout à l’heure était seul. Je ne voudrais pas que quelqu’un vous suive. Il vaut mieux attendre qu’il fasse jour. Ils auront plus de difficulté à se cacher en plein jour, m’assure-t-il.
– D’accord, acquiescé-je.
– Bien ! Je vais aller chercher de quoi manger, je reviens dans quinze minutes.
– Mais, vous avez dit qu’il pouvait y avoir quelqu’un dehors… – Vous vous inquiétez pour moi ? me demande-t-il, un léger sourire aux lèvres. Ne vous en faites pas, je sais me défendre, m’assure-t-il quand je ne lui réponds pas. Pizza, ça vous va ?
– Pas d’olives, pas d’ananas, lui précisé-je.
– On va s’entendre ! remarque-t-il, en souriant franchement cette fois, avant d’ouvrir la porte. Fermez derrière moi et n’ouvrez à personne d’autre ! – Il ne nous faudrait pas un code ? Pour être sûr que c’est bien vous… lui expliqué-je. Il n’y a pas d’œilleton à la porte, précisé-je en indiquant ladite porte.
– Vous regardez trop la télé, se moque-t-il. Twilight ! ironise-t-il après quelques secondes de réflexion.
Je n’ai pas le temps de répliquer qu’il est déjà parti. Il se transforme donc véritablement en loup. Je ne peux m’empêcher d’imaginer à quoi il doit ressembler sous sa forme lupine. J’imagine un loup sculptural, tout en muscle avec son regard bleu intense. Étrangement, je me rends compte que cela ne m’effraie pas. C’est comme si une partie de moi le savait depuis le moment où je l’ai croisé. J’ai du mal à m’expliquer cette sensation. Je ne connaissais même pas l’existence de ces créatures à notre rencontre. Pourquoi cela ne me choque-t-il pas plus que cela ? Me suis-je fait à cette réalité après avoir lu le journal de Billie ? Je peine à comprendre. Ne souhaitant pas m’attarder sur cette nouvelle énigme, je tourne mon regard vers ma cheville. La douleur s’est déjà estompée. Je soulève le bloc de glace et inspecte ma blessure. Le gonflement s’est considérablement réduit et quand je bouge mon pied, je ne ressens plus la vive douleur de tout à l’heure. Ça ne devait pas être une véritable entorse. Je me rends compte que j’arrive même à marcher presque normalement maintenant. Je vais jusqu’à l’évier pour laver mes mains. Des trainées noires et rouges maculent encore mes paumes. Lorsque mes mains sont propres, je suis étonnée de n’y découvrir aucune blessure. D’où venait le sang ? Mais je n’ai pas le temps de m’attarder là-dessus que l’on frappe à la porte.
– Oui ? demandé-je à travers la porte.
– Twilight ! résonne la voix de Clayton.
Un sourire idiot s’étire sur mes lèvres en entendant la gêne dans sa voix. Quand j’ouvre la porte, son regard se porte immédiatement sur mon pied gauche.
– Vous ne devriez pas vous appuyer sur votre cheville, remarque-t-il. – Ça va déjà mieux, lui assuré-je, en refermant la porte derrière lui.
– Ça m’étonnerait ! se moque-t-il. Vous n’avez pas à jouer les durs avec moi.
– Je vous assure, ce ne devait pas être une véritable entorse. Je suis désolée de vous annoncer que votre reconversion en médecin est compromise ! – Je peux ? me demande-t-il en déposant les boites de pizza sur le bar de la cuisine.
J’acquiesce et relève le bas de mon jeans pour qu’il puisse voir de ses propres yeux.
– Vous avez pris combien de pizza exactement ? me moqué-je pour oublier la sensation de ses doigts contre ma peau alors qu’il palpe ma cheville. Vous voyez ! Tout va bien ! déclaré-je quand il se relève le regard perplexe. – Vous avez une capacité de régénération impressionnante… assure-t-il, en me dévisageant bizarrement.
– Ou vous vous êtes trompé dans votre diagnostic, doc ! On mange ? lui demandé-je pour changer de sujet.
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