Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 16 - Cassie
Je n’en reviens pas qu’il me laisse comme ça, entourée de personnes
que je ne connais pas. Objectivement, j’ai conscience que je ne le connais pas vraiment plus que les autres, mais tout de même. Après toutes ces révélations, j’aurais préféré rentrer chez moi pour faire le point. Mais apparemment, je n’ai plus voix au chapitre. J’ai d’ailleurs encore du mal à digérer l’attitude de l’Alpha. Ce type est infect ! Évidemment, je lui suis reconnaissante d’assurer ma protection au sein de sa meute, mais je dois encore assimiler beaucoup trop de choses pour l’apprécier pleinement. Je crois du reste que c’est en partie pour cela que j’ai consenti à rester ici. Hazel m’a également donné un argument de choc: quel meilleur endroit pour comprendre ce qu’est devenue ma sœur que parmi des loups ? Je veux être à même de la soutenir et de la comprendre quand nous l’aurons retrouvée. C’est mon rôle de la guider du mieux que je le peux et c’est bien ce que je compte faire même si je dois supporter l’attitude machiste du chef des loups.
– Voilà la cuisine ! me sort de mes pensées Nima.
Elle doit être un peu plus jeune que Billie et je ne peux m’empêcher de ressentir de l’affection pour elle. La présence de la jeune femme m’apporte un réconfort inattendu.
– Y’a-t-il des règles concernant la nourriture ? entamé-je la conversation.
Je n’ai jamais vécu en colocation, si ce n’est avec ma mère et ma sœur, mais je sais qu’il y a souvent ce genre de règles. Avec une maisonnée aussi nombreuse, je ne doute pas que ce soit le cas ici.
– La plupart des choses sont communes, m’informe-t-elle. Il y a un frigo réservé aux repas et deux autres qui sont mis à disposition pour les aliments personnels. Je te conseille de marquer ce que tu achètes si tu ne veux pas que les mecs te les piquent ! Tout ce qui n’est pas étiqueté est considéré comme commun à tous.
– Ok, j’en prends note !
Alors que je grignote un sandwich, je l’interroge sur sa meute et le fait d’être une jeune garou. Elle m’explique que les premières mutations sont liées à la pleine lune, le temps pour elle de maitriser au mieux la louve qui vit en elle. J’ai encore du mal à appréhender ce que cela peut signifier d’avoir un animal en soi.
– Qu’est-ce que tu ressens quand tu te transformes ? osé-je lui poser la question qui me brule les lèvres depuis que je connais l’existence des loups-garous.
– J’ai… Je… Je me sens libre, m’affirme-t-elle, un sourire aux lèvres. – Est-ce que le loup se manifeste quand tu es sous ta forme humaine ? Comment il te parle ? Enfin, comment vous communiquez ensemble ? Je t’avoue avoir du mal à comprendre comment tout cela fonctionne, tenté-je de me justifier.
Nima m’observe de longues secondes en silence. J’ai l’impression qu’elle ne s’est jamais interrogé sur ce genre de choses. Tout cela doit tellement être inné pour elle.
– C’est difficile à expliquer. Pour le moment, je ne ressens sa présence que quand je me transforme. Mais, on m’a dit que c’était très instinctif. Le loup ne communique pas vraiment avec nous. Enfin, si… Disons plutôt que c’est notre cerveau humain qui assimile ce que l’animal ressent pour nous le restituer sous forme de paroles.
– C’est fascinant ! m’extasié-je.
– Je ne fais que te répéter ce qu’on m’a dit. Je te dirais ce qu’il en sera l’année prochaine, me certifie-t-elle avec un clin d’œil.
Je ne trouve pas le courage de démentir ses paroles. J’ignore si je serai encore ici l’année prochaine. Tout ce que j’espère, c’est que Billie sera à mes côtés…
Cette nuit m’a été bénéfique pour faire le tri par rapport aux découvertes de la veille. Le ressentiment que j’éprouvais envers ma mère de nous avoir caché une part de notre passé s’est calmé. Je ne peux imaginer la peur qui devait être sienne après le meurtre de son mari. Elle savait qu’en tant que louves potentielles, nous étions des proies faciles pour les chasseurs. Elle a donc fait le seul choix possible : fuir pour nous protéger. Cependant, deux interrogations sont ressorties de cette introspection : pourquoi ne suis-je pas une garou comme mon père et Billie ? Et, pourquoi notre mère nous a envoyés ici, tout en sachant les risques que nous encourrions en revenant auprès des loups ? Ce sont des coups frappés à la porte qui me sortent de mes réflexions.
– Entrez !
– Bonjour Cassie ! me surprend la voix d’Hazel. – Bonjour !
– Millie souhaiterait te voir, si tu es d’accord.
– Quoi ?! Oui, bien sûr, acquiescé-je, en me levant péniblement du lit.
Ce matelas est divin. Je crois que je n’ai jamais aussi bien dormi malgré toutes les préoccupations qui ont torturé mon esprit.
– La chambre te convient ? me demande-t-elle un sourire énigmatique aux lèvres.
– Elle est parfaite, lui assuré-je en tournant les yeux vers la fenêtre. Cette vue est à couper le souffle.
– Clayton a l’une des plus belles vues… L’avantage d’être le fils de l’alpha, affirme-t-elle.
– Que ? Quoi ?! Vous voulez dire que cet homme est son père ? m’étonné-je.
C’est vrai que maintenant que je le sais, je me rends compte qu’ils ont des traits en commun : un nez droit, un menton marqué et une carrure impressionnante. Cependant, son père parait froid et calculateur, contrairement à lui. J’imagine que le rôle d’alpha ne doit pas aider à garder la tête froide…
– Tu l’ignorais ? hésite la vieille femme, en me dévisageant. Tu dois aussi ignorer qu’il pourrait prétendre à la place de chef à la mort de son père, me jauge-t-elle.
– Comment cela ?
J’avoue ne pas m’être attardée sur ce genre de détails pendant mes
recherches…
– Ayant le gène alpha, il pourrait réclamer sa place de leader au détriment de Garnett, m’apprend-elle en me fixant attentivement.
J’ignore ce qu’elle attend de moi en me détaillant de la sorte, mais elle semble surprise par ma réaction. Je suis totalement perdue ! Toutes ces histoires d’alpha et de succession me passent bien au-dessus de la tête. Tout ce que je veux, c’est retrouver ma sœur.
– Savez-vous où en sont les recherches ? Clayton est-il revenu ? décidé-je de changer de sujet.
– Il ne devrait plus tarder. Mais avant cela Millie te réclame. – Je pensais qu’elle ne parlait plus depuis… me trouvé-je incapable de finir ma phrase.
– C’est vrai, assure Hazel, une pointe douloureuse dans la voix. Elle ne cesse de répéter ton prénom depuis l’aube, m’apprend-elle. – Depuis l’aube ?! Allons-y, me pressé-je.
Je peine à comprendre pourquoi elle n’est pas venue me chercher
plus tôt. Ma grand-mère réclamait ma présence, ce qui est légitime après la découverte que je n’étais pas morte presque vingt ans plus tôt. Hazel semble saisir mon tourment, car elle accélère son allure dans les couloirs. Je remarque qu’elle est d’ailleurs particulièrement alerte pour une femme de son âge. Sur notre chemin, je distingue bon nombre de regards hostiles à mon encontre, mais je n’ai pas le temps de m’attarder là-dessus. S’ils sont mécontents, ils n’ont qu’à s’en prendre à leur chef. Je ne suis pas ici de mon plein gré !
Lorsque j’entre dans la chambre de Millie, mon estomac se tord douloureusement. Ses poignets sont attachés aux barreaux de son lit et son corps tremble convulsivement.
– Qu’est-ce qui se passe ici ? haleté-je en me tournant vers Hazel. – C’est pour éviter qu’elle ne se fasse du mal, se justifie-t-elle sans oser me regarder dans les yeux.
– Qui a décidé de cela ? Est-elle au moins suivie par un professionnel pour gérer son stress post-traumatique ? tenté-je de chuchoter malgré l’horreur qui me saisit.
– L’Alpha prend toutes les décisions, m’affirme-t-elle gênée.
Je fais mon possible pour repousser tous les sentiments négatifs que je ressens pour me concentrer sur l’essentiel: Millie. Hazel n’y est pour rien, je le vois bien sur son visage. Ils ne font qu’obéir aux ordres de leur alpha. Je referme donc la porte délicatement derrière moi et prends de profondes inspirations pour retrouver mon calme, afin de ne pas communiquer mon stress et ma colère à mon aïeule. Quand je me retourne, mon cœur se serre de la découvrir dans cet état.
– Millie, l’interpellé-je doucement pour ne pas l’effrayer. C’est Cassie, lui annoncé-je quand elle ouvre les yeux.
Ses pupilles argentées, si semblables aux miennes, se concentrent sur mon visage alors que ses yeux s’humidifient. Je m’approche doucement d’elle, jaugeant ses réactions. L’agitation dans ses membres diminue jusqu’à disparaitre complètement.
– Je vais vous enlever ces bracelets, lui indiqué-je en désignant les liens qui la maintiennent à son lit.
Elle ferme ses paupières en signe d’assentiment. Je me rapproche donc du lit et desserre les liens avec précaution. Je suis rassurée de constater qu’il n’y a pas de marques sur son poignet. Elle ramène immédiatement son bras sur sa poitrine sans me lâcher une seconde du regard. Sa façon de me dévisager me trouble profondément, mais je demeure impassible. J’imagine qu’elle a besoin de cela pour se faire à l’idée que je suis bien là, avec elle. Je passe ensuite de l’autre côté du lit pour détacher le deuxième lien. Contrairement à tout à l’heure, elle saisit ma main quand je libère la sienne.
– William… prononce-t-elle douloureusement de cette même voix éraillée qu’hier.
– Je sais, lui assuré-je en retenant difficilement mes propres larmes. Je suis là maintenant, tenté-je de la rassurer en posant ma deuxième main sur la sienne.
Je me permets alors de la détailler plus longuement. Ses yeux sont cernés comme si elle n’avait pas dormi depuis des années. Sa peau ridée est toute distendue, signe qu’elle ne s’alimente pas suffisamment. Hypothèse qui se confirme quand je repère des perfusions dans un coin de la pièce. Est-elle dans cet état depuis vingt ans ? Mon cœur se serre à cette perspective. J’aimerais la prendre dans mes bras pour la réconforter et lui assurer mon soutien. Mais je n’ose pas. Nous ne nous connaissons pas encore et je ne veux pas la brusquer. Tout ce que je sais, c’est que maintenant que j’ai retrouvé un membre de ma famille, je vais veiller sur elle et tout faire pour qu’elle se rétablisse. Quand je détourne mon regard de nos mains, je me rends compte qu’elle s’est endormie.
– Tout va bien aller ! lui promets-je, en caressant une dernière fois sa main.
Lorsque je sors de la chambre, je suis déterminée à prendre soin de ma grand-mère comme il le faut. Ce simulacre de soin, c’est fini ! Je me dirige alors d’un pas martial vers le bureau de l’Alpha que Tyler m’a indiqué hier soir en me reconduisant à ma chambre après le diner.
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