Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 31 - Cassie
Depuis que je suis sortie de la salle d’entrainement, j’ai l’impression
d’être prise dans une tornade. Des tentes ont été installées sur le terrain et des centaines de personnes déambulent dans la propriété. Nima m’avait prévenue qu’une fête était prévue pour le solstice d’hiver, mais je ne m’attendais pas à une célébration de cette ampleur.
La nuit est tombée et j’ai préféré m’asseoir avec Nima et Billie. Je ne me sens pas très à l’aise entourée de tous ces inconnus.
– Alors, vous lui avez dit ? me surprend la voix de Tyler, au moment où il s’assied en face de moi.
– Non, pas encore, me sourit Billie avec une lueur joueuse dans les yeux, tout en câlinant Nougat.
Le pauvre chiot n’est pas habitué à autant d’agitation. Je suis heureuse de constater que ma sœur reprend doucement ses marques. L’amitié qui la lie à Nima n’y est pas pour rien et je réalise que cela aurait été une bêtise de nous enfuir. Billie passe aussi beaucoup de temps avec notre grand-mère. C’est comme si elles se comprenaient chacune avec leur traumatisme. Elle refuse encore de me parler de ce qu’elle a subi avec les nymphes. Mais j’ai vu les marques sur son corps…
– De quoi vous parlez ? m’enquiers-je pour dissiper mes pensées sombres. – Tu dois d’abord me promettre que tu vas rester ici, à la fête ! exige ma sœur.
Comme si je pouvais lui refuser quoi que ce soit…
– Promis ! râlé-je pour la forme.
– Pas comme ça ! insiste-t-elle, en tendant son petit doigt vers moi.
Mon cœur se gonfle en comprenant qu’elle veut faire notre check secret de sœurs. Son petit sourire en coin quand j’accroche mon petit doigt au sien me réchauffe de l’intérieur. Nous serrons nos auriculaires l’un contre l’autre en les secouant deux fois, puis nous claquons nos mains face contre face, puis dos à dos, et éloignons nos mains en remuant nos doigts sous les regards perplexes de nos amis.
– C’était quoi ça ? se moque Tyler.
– Un check de sœur ! annonce fièrement Billie. – Tu peux pas comprendre ! en rajouté-je avant d’éclater de rire avec les filles. Donc ? m’impatienté-je.
Billie n’ose plus me regarder et je commence un peu à m’inquiéter quand elle tourne un regard suppliant vers Tyler.
– Ah ! Non ! C’est toi qui n’as pas voulu qu’on lui dise avant ! la rembarre-t-il.
– Ok… souffle ma sœur, en se tournant vers moi. Pendant la fête du solstice, les loups te rendent hommage en quelque sorte, lâche-t-elle d'une traite.
– Que… Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?
– À l’origine, la fête du Solstice d’Hiver était un hommage que nos ancêtres rendaient à Artémis, m’explique Nima avec un sourire aux lèvres. – Je… C’est… hésité-je sur mes mots.
– T’as promis ! s’irrite Billie en me lançant un regard meurtrier.
Je me rends compte que mon corps s’est mis en mouvement avant même que je le réalise. Je me rassieds donc à contrecœur.
– Clayton s’est douté que tu n’apprécierais peut-être pas toute cette attention, m’apprend Tyler. Nous n’avons donc pas révélé à nos invités que tu étais la réincarnation d’Artémis. Tu pourras profiter comme nous autres, simples mortels, de cette fête ! m’assure-t-il, en se levant. Seuls les alphas sont au courant, me précise-t-il en lançant un regard au groupe qui rejoint la table d’honneur.
Mes yeux se portent immédiatement sur Tia qui reste toujours à
proximité de Clayton. À croire qu’elle n’a pas compris le message quand il m’a embrassée tout à l’heure.
– C’est qui celle-là ? demande Billie avec une certaine hargne dans la voix. – Tia, lui répond Nima.
– Pourquoi elle colle Clayton comme ça ? insiste-t-elle.
Je n’ai plus de doutes sur le fait qu’elle a des soupçons sur ma relation avec Clayton. J’apprécie qu’elle se range inconsciemment de mon côté et qu’elle pose les questions que je n’ose pas exprimer.
– Apparemment, ils sont sortis ensemble il y a longtemps. – C’est elle ou c’est lui qui a rompu ? continue ma sœur. – De ce que j’ai compris, Dane, notre Alpha, a interdit à Clayton de s’imprégner d’elle.
– S’imprégner ? Comment ça ? l’interrompt Billie. – C’est un peu long à expliquer… souffle Nima. Il existe des liens entre les loups, commence-t-elle à expliquer en découvrant que je m’intéresse à la conversation. Quand que tu es bêta de la meute, tu peux théoriquement entendre les ordres de Dane dans ton esprit. C’est ce qu’on appelle le lien de meute. Mais il existe une autre sorte de lien, révèle-t-elle en me regardant bien en face. Il s’agit du lien d’âmes. C’est un lien émotionnel profond entre deux individus qui sont destinés l’un à l’autre. – Comme des âmes sœurs ? demande Billie.
– Oui.
– Est-ce ce qui lie Tia et Clayton ? demandé-je d’une voix que je ne reconnais pas.
Je n’en reviens pas d’avoir posé cette question à voix haute. Mes
mains tremblent presque dans l’attente de sa réponse.
– Non ! Non ! Bien sûr que non, m’assure Nima en me regardant étrangement. Tu ne… commence-t-elle, avant de se taire. – Quoi ? m’alarmé-je les battements de mon cœur se faisant de plus en plus assourdissant dans mes oreilles.
– Non, rien ! assure-t-elle, mais je ne suis pas stupide.
Ma sœur et Nima continuent leur conversation, mais je suis incapable de suivre ce qu’elles racontent. Tous les moments que j’ai passés avec Clayton me reviennent en mémoire. La première fois que je l’ai vu au diner. L’attirance qui m’a immédiatement poussée vers lui. La manière dont sa famille interagit avec moi. La façon dont mon corps réagit à son contact. Mon esprit qui se tourne irrémédiablement vers lui quand je ne me sens pas bien. Je peine à déglutir en comprenant l’intensité de ce qui nous lie.
– Qu’est-ce que… Qu’est-ce que ça signifie revendiquer quelqu’un ? coupé-je Nima en pleine discussion avec ma sœur.
La jeune femme jette un regard inquiet derrière elle puis semble prendre une décision en se rapprochant de moi.
– La revendication est une proclamation en tant que partenaires, m’apprend-elle. Les loups ne se marient pas, mais quand ils se revendiquent l’un l’autre, plus rien ne peut briser leur union. Le lien entre deux âmes est visible par les membres de la meute à laquelle ils appartiennent mais elle n’est prise en compte que lorsque les promis s’unissent. On dit que quand ils s’imprègnent cela les rend plus forts, plus conscients que jamais l’un de l’autre, chuchote-t-elle comme si elle craignait que quelqu’un surprenne notre conversation.
Je peine à saisir les tenants et les aboutissants de ce genre de liens, mais je comprends que c’est à cela que Clayton faisait allusion tout à l’heure. Je ne peux que hocher la tête pour remercier Nima pour ses explications. Je n’en reviens pas que personne ne m’ait parlé de tout ça. Mais je comprends aussi que cela m’aurait sans doute fait paniquer si on m’en avait parlé à notre rencontre. Je n’aurais jamais pris le risque de m’attacher à quelqu’un de cette façon…
Tout à coup, un sifflement résonne et un certain nombre d’individus se rassemblent près d’un des feux de joie.
– Qu’est-ce qui se passe ? demande Billie en se levant pour tenter de comprendre.
– C’est l’heure de la chasse au loup, nous apprend Nima, un sourire aux lèvres. Les mâles non revendiqués vont aller se cacher dans la forêt. Les femelles se lancent ensuite à leur poursuite. Ce qu’il se passe par la suite reste dans la forêt, nous explique-t-elle sous les cris hystériques des adolescents.
L’agitation se calme alors que la voix de Clayton résonne :
– Et surtout, n’oubliez pas le plus important si ce n’est pas réciproque, vous remballez les mecs ! Vous avez dix minutes pour vous cacher. Mesdames, vous aurez trente minutes pour trouver votre loup. Quand vous entendez ce bruit, annonce-t-il en faisant tonner une corne de brume, tout le monde revient ici ! C’est compris ? demande-t-il à l’assemblée.
La foule acquiesce et je constate que les hommes se positionnent en bordure de la forêt, prêts à courir. Mon estomac se retourne quand je remarque que Clayton se place avec Tyler à l’une des extrémités. Nos regards s’ancrent l’un à l’autre pendant quelques secondes avant que ne retentisse le sifflement du coup de départ. Immédiatement, la trentaine d’hommes s’élancent entre les arbres en hurlant à la lune.
– Tu peux y participer, me tire de mes pensées ma sœur. – Quoi ? Non ! Je ne suis pas une louve. Tu ne veux pas y participer, toi ? lui demandé-je.
Je m’en veux aussitôt en voyant la lueur de douleur dans son regard. Billie cache tellement bien son mal-être que j’ai du mal à savoir jusqu’où ses traumatismes la hantent. Elle ne dessine et ne peint même plus…
– Je préfère rester avec toi, lui assuré-je.
– T’es sûre ? me demande-t-elle, en désignant Tia qui se dirige vers l’endroit d’où Clayton est parti.
– Vas-y ! m’encourage Nima en passant un bras autour du cou de Billie. Nous, on reste là !
Quand le sifflement annonce le départ des femmes, je ne perds pas de temps à réfléchir et m’élance dans la forêt. Ma vision s’adapte rapidement à l’obscurité du sous-bois. J’entends le bruit des pas des autres participantes qui sont à la recherche de leur amant, d’un ami ou d’un inconnu. J’ai un peu de mal à croire que les adultes acceptent ce genre de cérémonie si particulière. J’imagine que les coutumes des loups ne sont pas exactement les mêmes que celles des humains. Plus loin, je perçois le rire tonitruant d’un homme et les gémissements apeurés d’une jeune femme. Immédiatement, mon pouls s’accélère et la peur me saisit. Ne réfléchissant pas davantage, je me dirige vers eux. Je découvre une magnifique femme un peu plus jeune que moi. Ses mèches blondes pendent dans son dos tandis qu’un homme est agenouillé devant elle. Je détourne rapidement le regard, gênée comme rarement je l’ai été. Je ne suis pas prude, mais c’est assez déconcertant de surprendre un couple dans cette position. Je réalise que les cris ne devaient être qu’une sorte de mise en scène entre eux.
Je m’enfonce plus profondément dans les bois et dépasse plusieurs duos, trop occupés pour se sentir embarrassés par ma présence. J’ai beau regarder dans tous les sens, je ne sais pas où aller. Nima a parlé d’un lien qui nous unit l’un à l’autre. Peut-être qu’en me concentrant dessus, je parviendrai à le trouver. Je prends une profonde inspiration et me canalise sur notre dernier baiser : la sensation de sa barbe contre mes joues, le gout addictif de sa langue contre la mienne, le parfum enivrant de sa peau, la vision de ses pupilles qui se dilatent pour moi… C’est alors que je le sens. Je perçois ce fil qui me lie à lui, qui me tire toujours dans sa direction. Rapidement, je me retrouve au pied d’un immense érable. Il est là, je le sais. Je le comprends au battement frénétique dans ma poitrine et aux papillons qui virevoltent dans mon ventre.
– Qu’est-ce que tu fais là ? me surprend sa voix au creux de mon oreille.
Immédiatement, la chair de poule recouvre mes bras. Maintenant que j’ai pris conscience de ce qui nous lie, je ne peux plus revenir en arrière. Son souffle contre ma nuque m’électrise complètement. Je sens la chaleur de son corps sans qu’il ait besoin de me toucher. J’ai une perception aiguë de sa personne et c’est grisant. Lorsque je me tourne vers lui, l’intensité qui luit dans ses yeux me submerge et je ne peux résister davantage à son appel.
Je me rue sur ses lèvres comme une affamée. J’ai tellement faim de lui, de sa peau contre la mienne, de son souffle dans ma bouche que j’ai l’impression de perdre la tête. Je ne contrôle plus rien, mais je n’ai pas peur pour autant. Je sais que je ne crains rien à ses côtés. Clayton ne me ferait jamais de mal, je le sais au plus profond de mon être. Je l’ai toujours su. Mes mains fourragent dans ses cheveux pour intensifier encore notre baiser. Je réalise qu’il perd aussi toute maîtrise de son côté, en sentant ses mains m’agripper comme s’il redoutait que je m’enfuie. Mais je ne compte plus partir. Nos respirations sont saccadées lorsque nous ralentissons notre baiser pour reprendre notre souffle. Il relève délicatement mon visage vers le sien pour sonder mon regard.
– On m’a dit que ce qui se passe dans la forêt reste dans la forêt, le provoqué-je en faisant glisser ma main le long de son torse, sans le quitter des yeux.
Son regard s’enflamme et je l’observe serrer les mâchoires quand mes doigts s’activent sur les boutons de son jean.
– Mais… tenté-je de poursuivre ma tirade, alors qu’il m’interrompt en posant ses lèvres sur les miennes.
– Si tu ne t’arrêtes pas maintenant, reprend-il en relâchant ma bouche, personne n’ignorera ce qu’il s’est passé entre nous dans cette forêt, me prévient-il en me repoussant doucement.
C’est exactement ce que je veux ! Ma main s’arrime à la ceinture de son jean pour qu'il ne s'éloigne pas davantage.
– J’en ai bien conscience, lui assuré-je en délaçant ma robe portefeuille, sans le quitter des yeux.
– Putain ! geint-il douloureusement.
Je vois bien qu’il se retient. Il n’a pas encore compris que c’est ce que je veux c'est lui. Tout de lui.
– Revendique-moi ! lui ordonné-je, mes yeux plongés dans les siens.
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