Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 2 - Cassie
Depuis notre conversation, je suis heureuse de constater que Billie a
pris en considération mes inquiétudes à son égard. Le mercredi, je me suis arrangée avec mon patron pour arriver un peu plus tard afin de pouvoir la ramener à la maison avant le début de mon service. Il ne reste que le jeudi soir où elle prend un Uber avec Vénus. Clairement mon compte en banque n’est pas vraiment enchanté de cette décision. Nous mangerons seulement plus de pâtes, le temps que cette histoire d’agression soit réglée. Le dernier cas remonte maintenant à deux semaines. Était-ce uniquement un détraqué de passage en ville ? Une bête sauvage qui a été abattue depuis ? Étrangement, il n’a plus été fait mention de ces incidents à la télévision. C’est comme si cela n’avait jamais eu lieu et je crois que ça m’angoisse un peu plus.
Lorsque je rentre à la maison après mon service, je décide de prendre un peu de temps pour moi. Billie m’a prévenue qu’elle passait l’après-midi avec sa meilleure amie. Cela me laisse donc encore quelques heures de répit. Le dimanche, je ne travaille que le midi et j’enchaine avec mes deux jours de repos. Je dois avouer que je commence à me faire à ce rythme. La fin de semaine est plutôt intense au restaurant, je suis ainsi heureuse de pouvoir souffler quelques jours après ça.
En attendant l’appel de ma sœur, je me fais couler un bon bain, je choisis ma playlist détente et me tartine le visage d’un masque à l’argile pendant que la baignoire se remplit. En temps normal, je ne suis pas vraiment fan des bains. Je trouve que c’est une perte de temps. Mais ces dernières semaines ont été particulièrement stressantes. Alors, je pense avoir bien besoin de ça pour dénouer les muscles crispés de mon corps. Une heure plus tard, je sors de la salle de bain décontractée et la peau incroyablement douce après le gommage au sel marin que j’ai appliqué. J'ai encore le temps de me prélasser devant un film ou une série avant l'appel de Billie. Lorsque Nougat me voit m’installer confortablement sur le canapé, il ne perd pas de temps à me rejoindre. Quand ma sœur est là, c’est à peine s’il me calcule alors, j'en profite. J’enfonce mes doigts dans ses poils roux tout doux d’une main et zappe de l’autre. Comme toujours, je mets un temps fou à me décider et finis par porter mon choix sur une comédie romantique. Rien de tel qu’une histoire qui se termine bien pour conclure cette journée en beauté. Je me laisse séduire par le héros, un brin froid et mystérieux et par sa façon de se rapprocher petit à petit de l’héroïne. Lorsque le générique de fin se déroule sur l’écran, je me rends compte que ma sœur ne m’a toujours pas appelée. Il fait déjà presque nuit noire dehors, et l’inquiétude commence à se répandre dans mes veines.
Quand je me rends compte que je n’ai aucun message d’elle ni appel en absence, je m’empresse de lui téléphoner. Je tombe directement sur sa messagerie. Soit son portable n’a plus de batterie, soit elle ne capte pas. La boule d’angoisse dans ma gorge grossit sans que je parvienne à la contrôler. Cette situation m’en rappelle vaguement une autre et un frisson glacial dévale ma colonne vertébrale à cette simple idée. Mes yeux se ferment alors que je me souviens cette journée qui a bouleversé mon existence. Mes mains tremblent, mais je ne peux pas me laisser submerger par la panique maintenant. Nougat commence à aboyer, sentant sans doute mon inquiétude. Je m’accroupis à sa hauteur pour le réconforter tout en cherchant le numéro de téléphone de Vénus dans mes contacts. Elle répond à la troisième sonnerie.
– Vénus ! C’est la sœur de Billie !
– Ah ! Madame Carter !? s’étonne-t-elle.
Je crois que je ne me ferai jamais au fait d’être passée de “Cassie”, la grande sœur plutôt cool à “Madame Carter” en si peu de temps. Ça me fout un coup au moral chaque fois. Mais je décide de ne pas m’y attarder pour le moment.
– Billie est là ? lui demandé-je sans perdre de temps. – Euh… Non… Elle ne se sentait pas bien. Elle est partie il y a déjà bien une heure.
– Comment ça depuis une heure ? Pourquoi elle ne m’a pas appelée si elle se sentait mal ? m’alarmé-je.
– Je… Je ne sais pas, madame… s’excuse son amie. Elle n’est pas rentrée ? s’inquiète-t-elle.
– Non… Je… Je vais te laisser… Depuis une heure, tu me dis ? Comment est-elle partie ? À pied ?
Il y a une heure, il ne faisait pas encore nuit, je doute donc qu’elle ait appelé un Uber pour rentrer. Mais pourquoi n’est-elle pas encore arrivée ? Ma panique s’intensifie davantage.
– Oui, à peu près. Je… Vous voulez que je demande à ma mère de faire le tour du quartier ? Elle s’est peut-être arrêtée en route… me propose-t-elle. – Euh… D’accord ! Je vais faire de même ici et faire le trajet jusque chez toi.
– Ok… souffle-t-elle, avant de raccrocher.
Mon angoisse est à son maximum quand je grimpe dans ma voiture. Je rappelle sur son téléphone et tombe de nouveau sur la messagerie. Je n’aime pas ça. La panique se dispute à la colère dans mes veines. Pourquoi ne m’a-t-elle pas appelée si elle se sentait mal ? Qu’est-ce qui lui est passé par la tête de rentrer toute seule ?! J’ai l’impression que mon corps est glacé de l’intérieur. Mes mains tremblent sur le volant alors que mes yeux commencent à s’embuer.
– Respire ! m’encouragé-je pour ne pas craquer.
J’essuie mes larmes d’un revers de la main et mets le moteur en marche. Je roule au pas et inspecte la moindre ruelle que je traverse. Des conducteurs me klaxonnent et m’insultent en me dépassant, mais je ne m’en préoccupe pas. Je dois la retrouver. Je scrute chaque recoin des rues que je traverse. En arrivant devant chez Vénus, je dois me rendre à l’évidence : Billie a disparu. La mère de son amie se précipite sur moi quand je descends de la voiture.
– Vous l’avez retrouvée ? me demande-t-elle.
– Non… sangloté-je, sans pouvoir me retenir.
C’est la troisième fois que je croise cette femme et voilà que je m’écroule dans ses bras. Je me sens tellement mal.
– Allons, allons… Ça va aller ! tente-t-elle de me rassurer. On va la retrouver. Elle ne doit pas être bien loin… Entrez quelques minutes pour vous réchauffer, vous êtes gelée ! me propose-t-elle.
Je repousse sa suggestion. Ma sœur est seule je ne sais où ! Comment veut-elle que je me calme ? L’énervement face à son attitude détachée me rend folle. On voit qu’il ne s’agit pas de sa fille ! Je ne pense qu’à Billie ! Où est-elle ? Que fait-elle ? Lui est-il arrivé quelque chose ? Après ce qui est arrivé à notre mère, je sais qu’elle ne me laisserait pas sciemment sans nouvelles d’elle.
– Vous savez à cet âge, c’est difficile… me sort de mes pensées la mère de Vénus. Je me souviens qu’à son âge, je partais parfois en vadrouille avec mon copain sans donner de nouvelles à mes parents, me raconte-t-elle. Mais je finissais toujours par rentrer à la maison.
Si elle pense me rassurer avec son histoire de fugue en amoureux, ce n’est pas le cas. Billie n’a pas de petit ami. Elle m’en aurait parlé, non ? Notre relation est particulière. Si j’assume le rôle parental, je suis avant tout sa sœur. On parle de ce genre de choses entre sœurs. Je suis persuadée qu’il ne s’agit pas d’une histoire de garçon. Billie a toujours eu des priorités bien définies dans sa vie, et les garçons n’en font pas partie. Je sens que quelque chose ne va pas au plus profond de mes entrailles. Billie est en danger. J’ignore comment je le sais, mais c’est une certitude :
– Ma sœur n’a pas de petit copain, rétorqué-je sèchement ne parvenant plus à cacher mon agacement. Laissez tomber, je vais me débrouiller !
Je n'attends pas son aval pour tourner les talons. Cette conversation ne menait à rien de toute façon. Cette bonne femme a juste le don de m'angoisser davantage. Il n'y a pas une seconde à perdre. Je préfère rentrer le plus vite possible, avec encore un espoir de découvrir Billie à la maison. Si ce n'est pas le cas, je préviendrai sur le champ les autorités.
Sur le chemin du retour, je reprends mon inspection de chaque ruelle et intersection, en vain... Alors que mon cœur bat à tout rompre, il menace de s’arrêter quand je constate que la lumière du salon est allumée. Je me précipite à l’intérieur et crie le nom de ma sœur à m’en arracher les cordes vocales. Sa chambre est sens dessus dessous. Des vêtements sont éparpillés un peu partout et son matériel de dessin a disparu.
C’est quoi ce bordel ?
Je tente de trouver un sens à tout cela, mais mon esprit est comme vidé. Mes jambes me lâchent tout à coup et je m’écroule au sol sans aucune grâce. C’est alors que quelque chose remue sous son lit. Je vois apparaitre les petites oreilles pointues de Nougat. Son air apeuré et triste quand il se blottit contre moi m’accable un peu plus. Dans un dernier espoir, je tente encore d’appeler ma sœur, mais elle ne répond toujours pas. Mes yeux tombent tout à coup sur une feuille posée en évidence sur son bureau. Je me relève pour voir de quoi il s’agit. Ma poitrine se comprime comme je lis ses mots : “Désolée Cassie…”. Je reconnais son écriture au rond qu’elle met à la place du point au-dessus du “i”. C’est tout ce qu’il me reste d’elle : un pauvre mot d’excuse. Aucune explication ! La rage se joint à la détresse et à l’incompréhension que je ressens. Qu’est-ce qui a pu pousser ma sœur à s’enfuir ? Je ne comprends pas. Nous avons toujours été proches. Si quelque chose n’allait pas, elle me l’aurait dit, j’en suis persuadée. Cela ne fait que quelques mois que nous sommes ici et c’est vrai, je n’ai pas été très présente à cause de mes horaires de travail. Mais elle sait que je serai toujours là pour elle. Pourquoi s’enfuir comme ça ? Quelque chose m’échappe et je compte bien découvrir de quoi il retourne.
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