Le réveil d'Artémis: Wolf & God (édition française) t. 1 (French Edition)
Chapitre 6 - Cassie
Je n’en reviens pas d’avoir lu le journal intime de ma petite sœur.
Mais quelles options me restaient-ils ? Je n’avais jusque-là trouvé aucune piste concernant le fameux Yohan. C’est comme si personne à part ma sœur ne le connaissait. Billie est partie du jour au lendemain sans plus d’explications qu’un simple “désolée”. J’ai besoin de comprendre !
Je sais maintenant qu'elle n’allait pas très bien ces derniers temps. J’ai conscience qu’elle ne s’est toujours pas remise de la perte de notre mère. Qui le pourrait ? Cela ne fait que six mois que nous sommes orphelines. Notre vie a changé de manière radicale. Il y a encore des jours où je me lève en me demandant pourquoi maman n’est pas venue me réveiller le matin, ou des moments où je m’attends à découvrir son prénom sur l’écran de mon téléphone quand il sonne. J’imagine qu’il en est de même pour Billie. Mais depuis le soir de ses dix-huit ans, quelque chose semble avoir changé. Je rouvre le carnet entre mes mains et relis les passages qui m’inquiètent particulièrement :
27 aout
Aujourd’hui, Yohan a voulu me voir en pleine création. Il dit que ma façon de peindre est particulière, qu’elle résonne en lui. Je ne comprends pas pourquoi un mec comme lui s’intéresse à moi. Il ne cesse de m’interroger sur moi, ma passion, mes envies… J’ai l’impression de vivre un rêve éveillé. Vénus commence à se plaindre que je ne passe plus autant de temps avec elle, mais je pense qu’elle est juste jalouse qu’un homme comme Yohan ne s’intéresse pas à elle. Elle comprendra un jour, j’en suis sûre… Sinon, ces derniers jours, je ne comprends pas trop ce qu’il se passe, j’ai mal partout ! J’ai pensé à un début de grippe, mais je ne suis même pas enrhumée.
30 aout
Il m’est arrivé un truc de dingue !
Ce matin, à mon réveil, je n’étais pas dans mon lit... Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais entourée de grands arbres dont les feuilles dansaient au-dessus de moi. Le pire, dans tout ça, c’est que j’étais complètement nue. Je n’ai même pas retrouvé mes fringues. Heureusement, il faisait encore nuit et je n’ai croisé personne. La honte ! Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je ne sais plus où j’en suis. La panique m’accompagne à tout moment. Et les courbatures sont revenues de plus belle. J’ai peur… Tellement peur…
29 septembre
C’est encore arrivé ! Heureusement, cette fois Yohan était avec moi quand je me suis réveillée. J’ai encore du mal à y croire… Pourtant, je ne peux pas nier ce que j’ai vu dans la vidéo qu’il m’a montrée. C’était moi, j’en suis certaine ! Il ne s’amuserait pas à me jouer ce genre de tour. Il me dit que c’est normal que je ne me souvienne de rien. C’est toujours comme ça au début.
J’ai fait quelques recherches. Cela serait lié à la Lune, si j’ai bien compris. Les livres parlent d’hérédité ou de morsure. Je ne me suis jamais fait attaquer par un loup, cela ne peut vouloir dire qu’une chose… Mais maman m’en aurait parlé, j’en suis certaine. Et Cassie ne croit pas à ce genre de choses ! Je ne sais pas quoi faire !
Heureusement, Yohan est toujours là pour m’aider. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui…
30 octobre
Tout ce sang… Qu’ai-je fait ?
1er novembre
Les douleurs commencent à se calmer peu à peu. Le plus gros de la crise est passé, je crois. Yohan n’a pas pu être avec moi ces derniers jours. Un problème de famille ou je ne sais trop quoi. Et je crains ce que j’ai pu faire à la dernière pleine lune… Mes absences coïncident avec les disparitions... Je suis incapable d'écrire l'idée qui me traverse l'esprit... Non ce n'est pas possible... Pitié !
10 novembre
Aujourd’hui, j’ai dix-huit ans… Cela devrait être le plus beau jour de ma vie comme pour n'importe quelle personne, mais ce n'est pas mon cas... Au contraire, j'ai l'impression que c'est le pire ! Son absence ravive la douleur déjà bien trop présente. J'ai si mal... Elle me manque tellement... Alors que je devrais avoir le cœur à la fête, le mien est sur le point de rompre. J’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer, que mon cœur va exploser dans ma poitrine. Son visage persiste sous mes paupières, le son de son rire résonne à mes oreilles… J’ai envie de me claquer la tête contre les murs pour que cela cesse. Je n’en peux plus !
Pour ne rien arranger, la migraine ne cesse pas ces derniers jours et cela ne passe pas malgré les médocs que j’ai pris. Au lieu de revêtir mon plus beau sourire forcé afin de répondre poliment à la bande d'hypocrites qui va me saouler en ce jour, je préférais me plonger dans l'obscurité. Que cette journée se termine au plus vite ! Mais, je n'ai pas le choix, je vais faire semblant… J’ignore la raideur qui se répand dans chacun de mes os, la douleur qui parcourt mes muscles… Je dois me lever au lieu de crier à tous ce que je ressens vraiment.
19 novembre
Les symptômes reviennent de plus belle. Au moins maintenant, je sais à quoi m’attendre. Comme lors des précédentes pleines lunes, je vais me rendre à la cabane abandonnée dans les bois. Ce refuge que m’a montré Yohan est une bénédiction. Heureusement, cette fois, il sera avec moi, je ne veux pas revivre la terreur de l’autre fois.
Mes souvenirs de cette nuit-là ne sont toujours pas revenus et je ne peux m’empêcher de m’imaginer le pire…
Ma sœur pense être un loup-garou ou quelque chose dans ce genre et c’est pour ça qu’elle a fui avec ce mec. Je dois fournir un effort considérable pour ne pas éclater de rire face à son imagination si débordante. Cependant, cela peut être révélateur d’une autre pathologie. Je ne peux que supposer ce qu’il s’est passé la nuit de sa disparition. Elle comptait se mettre à l’abri et revenir après. Pourquoi n’est-elle pas revenue ? Quelque chose a dû se passer, mais quoi ? Je ne peux m’enlever de la tête l’image de cet homme qui profite de la faiblesse de ma sœur. Ça me rend dingue ! D’autant plus que cela résonne particulièrement en moi…
En refermant le carnet, je réfléchis à la prochaine étape. Billie se pensait atteinte d’une pathologie : lycanthropie ou tout autre trouble d’altération de la personnalité. Elle dit qu’elle a fait des recherches. Je dois donc commencer par là ! Je me rends d’abord à la bibliothèque de l’université, mais ne trouve pas grand-chose sur les loups-garous. Quand je me renseigne auprès de la bibliothécaire, elle m’annonce qu’une boutique ésotérique possède une collection de livres traitant de loups-garous et autres créatures mystiques.
Sur la route, j’hésite à contacter le détective privé. Après tout, je le paie pour retrouver ma sœur. Il serait stupide de ne pas lui divulguer les informations que j’ai découvertes, même si elles nous font passer ma sœur et moi pour des folles furieuses.
Il décroche à la deuxième sonnerie. Le ton de sa voix est comme la dernière fois légèrement moqueur. Je déteste ce mec ! Si je ne lui avais pas payé une avance, je crois que je lui raccrocherais au nez. Je lui relate donc mes découvertes des dernières heures. Tout à coup, son ton devient plus sérieux et je peine à comprendre ce changement d’attitude.
– J’arrive ! m’annonce-t-il quand je lui indique la boutique devant laquelle je viens de me garer.
Lorsque je passe la porte du Hagginwood, une senteur d’encens et de vieux papiers me prend à la gorge. Cette boutique me met mal à l’aise. Mon instinct me pousse à sortir d'ici au plus vite. Mais je dois trouver des réponses à mes questions. La partie rationnelle de mon cerveau se retient de rire face aux poupées vaudous qui me regardent depuis leur vitrine. D’autre part, une infime partie de moi sait que ma sœur n’est pas folle. J'ignore encore de quelle manière cela peut s'expliquer, mais il doit y avoir une part de vérité dans ce qu'elle pense vivre en ce moment. Je ne peux me résoudre à la juger. Je suis sa grande sœur. Je suis tout ce qu'il lui reste. Je lui dois d’être un soutien et une écoute infaillible quoi qu'il arrive. Pour ce qui est des attaques de chèvres et de personnes, je ne peux pas me faire à l'idée qu'il s'agisse de ma sœur. Quelque chose d’autre doit expliquer qu’elle fasse le lien entre les agressions et son mal-être. Je ne vois pas d’autres réponses. Je ravale le frisson glacé qui dévale ma colonne vertébrale au moment où je pense : Et si... Je ne peux pas y croire ! Je m’y refuse !
Repoussant ses pensées désagréables, je me concentre sur les différents rayons de la boutique. Un pan entier de murs est consacré aux cristaux et leurs divers pouvoirs. Des bougies et diverses sortes d’encens occupent toute une autre partie du magasin. Enfin, au fond, je découvre ce qui ressemble à une bibliothèque. Des grimoires, des romans paranormaux, des essais scientifiques et autres livres de divination se mélangent sans aucun véritable sens. Au bout de quelques minutes, je tombe sur un livre dont le titre m’interpelle. Loups-garous, mythes et légendes. Je regarde autour de moi et constatant que je suis seule de ce côté de la boutique, j’entreprends d’en lire quelques pages.
Dans le sommaire, une partie m’interpelle plus que les autres : la malédiction de Lycaon.
“Dans la mythologie grecque, Lycaon était le roi d’Arcadie, une région montagneuse du centre du Péloponnèse en Grèce. Il était connu pour être un roi particulièrement cruel, qui ne respectait rien ni personne, pas même les Dieux. Il avait d’ailleurs pris pour habitude de sacrifier des êtres humains sur l’autel des Dieux et de les servir à ses invités lors de banquets.
Un jour, Zeus alerté par ses espions, décida de le mettre à l'épreuve. Accompagné d’autres dieux, il se déguisa en mortel et se rendit chez Lycaon pour voir s’il était aussi cruel et impie qu’on le prétendait.
Le roi d’Arcadie qui n’avait pas reconnu les Dieux, leur servit donc un véritable festin, mais y ajouta également de la chair humaine. Cela mit Zeus dans une colère noire et il lui révéla son identité. Pour punir Lycaon, Zeus décide de le transformer en créature sauvage puisqu’il ne se comportait pas mieux qu’un animal en tuant ses disciples. Le Dieu condamna aussi ses fils, qui étaient complices de leur père. C’est ainsi que naquirent les premiers loups-garous.”
– Puis-je vous être utile ? me surprend une voix féminine.
La jeune femme brune me dévisage intensément et le malaise que j’avais ressenti en entrant dans la boutique se renforce encore davantage. Mon instinct me souffle de prendre mes distances, mais je peine à comprendre pourquoi. La vendeuse ne me semble pas menaçante. Un sourire pare même ses lèvres quand elle me demande si je désire gouter à leur nouvelle tisane. Alors que je m’apprête à répondre, M. Zachos apparait à nos côtés.
– Venez ! m’intime-t-il, en me prenant par le bras.
Son regard se pose alors sur la vendeuse d’un air intrigué. Il faut dire que la jeune femme est une véritable beauté. Un élan de contrariété anime ma poitrine tandis que je l’entraine vers la sortie. Je ne comprends pas ce subit excès de sentiment, mais je décide de ne pas m’y attarder. Nous ne devons pas perdre de temps pour retrouver ma sœur. Et je suis persuadée que si le blond s’était lancé dans une technique de drague, cela nous aurait pris des heures…
– Mince ! réalisé-je en découvrant que j’ai toujours le livre sur les garous dans mes bras.
Lorsqu’il aperçoit le titre, je vois ses mâchoires se serrer de mécontentement. Fait-il partie, comme moi, des sceptiques au paranormal ? Mais pas le temps de tergiverser, il m’entraine déjà de l’autre côté de la rue.
– Attendez ! Je n’ai pas payé ! lui expliqué-je. – Venez ! m’invective-t-il.
– Mais… riposté-je.
– Je m’en occuperai plus tard ! me certifie-t-il, en me poussant toujours plus loin de la boutique.
En regardant en arrière, je remarque que la vendeuse nous dévisage à travers la vitrine. J’imagine qu’elle s’est rendu compte de mon vol. Mais mon compagnon ne semble pas perturbé pour un sou.
– Dites-moi ce que vous avez découvert ! m’ordonne-t-il quand nous sommes installés dans un café.
– Bonjour à vous aussi ! ironisé-je, en croisant mes bras sur ma poitrine de mécontentement.
– Vous voulez retrouver votre sœur ou perdre votre temps en bonnes manières ?
– L’un n’exclut pas l’autre ! rétorqué-je.
Je remarque qu’il retient un léger sourire en coin quand il croise mon regard. Mais très vite, il reprend son expression soucieuse.
– Alors ? s’impatiente-t-il.
Je lui explique donc ce que j’ai découvert dans le journal de Billie.
– Ça explique votre livre ! semble-t-il réalisé.
– Je sais que ça peut paraitre dingue…
– Parce que ça l’est ! Franchement, vous croyez à ce genre de choses ? me demande-t-il dubitatif.
– Quoi ?
– Les vampires, les démons et les forces de l'ombre ? se moque-t-il ouvertement.
– Un fan de Buffy ? remarqué-je, avec amusement.
Ma mère était une fan inconditionnelle de cette ancienne série sur une tueuse de vampires. Je crois que nous avons regardé au moins cinq fois la série entièrement. Ce rappel de maman me réchauffe le cœur. Penser à elle n’est parfois plus aussi douloureux, mais je sais que j’ai encore un long travail de deuil avant de pouvoir sourire réellement en songeant à elle. Le manque de sa présence est encore trop important pour que je puisse apprécier nos souvenirs à leur juste valeur.
– Vous avez découvert quelque chose dans ce livre ? ne tient-il pas compte de ma question.
– Je n’ai pas vraiment eu le temps de le consulter avant votre arrivée en fanfare, ne puis-je m’empêcher de lui lancer. J’ai seulement découvert le mythe de Lycaon, lui apprends-je face à son absence de réponse. Vous saviez que la légende des loups-garous était liée à la mythologie grecque ? – Plus ou moins, lâche-t-il nonchalamment. Comme beaucoup de légendes : les cyclopes, les harpies, les sirènes et même les vampires selon certaines croyances. Ce n’est pas pour autant que toutes ces créatures existent… me certifie-t-il.
– Ce n’est pas faux ! admets-je. Mais cette histoire de disparition des chèvres, c’est étrange quand même… Vous ne pensez pas que tout cela soit lié ? lui demandé-je.
– Seul le temps nous le dira. Puis-je voir la chambre de votre sœur ? – P… Pourquoi ? m’étonné-je.
– Je verrai peut-être quelque chose qui vous a échappé ! Ce n’est pas ma première enquête, se justifie-t-il face à mon regard dubitatif. – Très bien ! Allons-y ! cédé-je.
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