Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 12 sur 24

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Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Chapitre VIII

1. et 2. En quoi consistent les plaisirs des sens. 3. et 4. De l'imagination ou de la conception du pouvoir dans l'homme. 5. De l'honneur, de l'honorable, du mérite. 6. Des marques d'honneur. 7. Du respect. 8. Des passions.

 

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1. Comme dans le premier paragraphe du chapitre précédent j'ai avan-cé que le mouvement ou l'ébranlement du cerveau que nous appelons conception est continué jusqu'au cœur où il prend le nom de passion, je me suis par là engagé à chercher et à faire connaître, autant qu'il est en mon pouvoir, de quelle conception procède chacune des passions que nous re-marquons être les plus communes. Car en considérant que les choses qui plaisent et déplaisent sont innombrables et agissent d'une infinité de fa-çons, il est évident qu'on n'a fait attention qu'à un très petit nombre dont plusieurs même n'ont aucun nom.

2. D'abord il est à propos d'observer que les conceptions sont de trois sortes : les unes sont présentes, elles viennent du sens ou sont la sensation actuelle ; les autres sont passées et constituent la mémoire ; les troisièmes ont pour objet l'avenir et produisent l'attente. Nous avons indiqué ces dis-tinctions dans le second et le troisième chapitre ; de chacune de ces con-ceptions naissent ou un plaisir ou une douleur présente. En premier lieu les plaisirs du corps qui affectent les sens du tact et du goût, en tant qu'ils sont organiques, leur conception est sensation ; tels sont encore les plaisirs qu'on éprouve toutes les fois que la nature se débarrasse ; j'ai désigné tou-tes ces passions sous le nom de plaisirs sensuels, et leurs contraires sous celui de douleurs sensuelles. On peut y joindre les plaisirs et les déplaisirs qui résultent des odeurs, si quelques-unes sont organiques, ce qu'elles ne sont point pour la plupart ; en effet l'expérience de chaque homme démon-tre que les mêmes odeurs quand elles paraissent venir des autres, nous offensent, bien qu'elles émanent de nous ; tandis qu'au contraire quand nous croyons qu'elles émanent de nous, elles ne nous déplaisent pas, lors même qu'elles émanent des autres. Le déplaisir que nous éprouvons dans ce cas naît de la conception ou de l'idée que ces odeurs peuvent nous nuire ou sont malsaines, et par conséquent ce déplaisir est une conception d'un mal à venir et non d'un mal présent. A l'égard du plaisir que nous procure le sens de l'ouïe, il est différent, et l'organe lui-même n'en est point affec-té ; les sons simples, tels que ceux d'une cloche ou d'un luth, plaisent par leur égalité ; en effet il parât qu'il résulte du plaisir de la percussion égale et continuée d'un objet sur l'oreille. Les sons contraires s'appellent durs : tel est celui du frottement aigre de deux corps et quelques autres sons qui n'affectent pas toujours le corps, qui ne l'affectent que quelquefois, et cela avec une espèce d'horreur qui commence par les dents. L'harmonie ou l'assemblage de plusieurs sons qui s'accordent nous plaisent par la même raison que l'unisson ou le son produit par des cordes égales et également tendues. Les sons qui diffèrent les uns des autres par leurs degrés du grave à l'aigu nous plaisent par les alternatives de leur égalité et de leur inégalité, c'est-à-dire que le son le plus aigu nous frappe deux fois contre un coup de l'autre ; ou qu'ils nous frappent ensemble à chaque second temps, comme Galilée l'a très bien prouvé dans son premier dialogue sur le mouvement