Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 3 sur 24

Pages du PDF

Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Brève biographie de

THOMAS HOBBES

 

 

Retour à la table des matières

Thomas Hobbes naquit à Malmesbury en 1588. Après des études à l'université d'Oxford, il devint précepteur du fils aîné de Lord Cavendish à qui il restera lié. Sa traduction (publiée en 1628) de l'Histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide témoigne de son intérêt précoce pour la philosophie politique dans sa vocation à penser la nature conflictuelle du rapport des hommes entre eux. Au cours d'un voyage en Europe, il rend visite à Galilée à Florence et se lie avec Mersenne et Gassendi à Paris. C'est en 1640 qu'il rédige De la nature humaine. En 1642 sont publiées ses Objections aux Méditations métaphysiques de Descartes. Il compose le Léviathan en 1647. Sa parution, en 1651, lui vaudra d'être accusé d'athéis-me, et c'est à l'intervention du roi qu'il devra d'éviter une condamnation par la Chambre des communes. Délaissant alors les écrits politiques, il traduit l'Iliade et l'Odyssée, et rédige en latin, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, son autobiographie. Hobbes est mort à Hardwick le 4 décembre 1679.

ÉPÎTRE

DÉDICATOIRE

Au très honorable Guillaume comte de Newcastle, gouverneur de Son Altesse royale le prince de Galles, et membre du conseil privé de Sa Majesté.

Retour à la table des matières

 

Mon très honoré Lord,

La raison et la passion, les principaux ingrédients de la nature humai-ne, ont fait éclore deux espèces de sciences, l'une mathématique et l'autre dogmatique. La première ne donne aucun lieu aux contestations, consis-tant uniquement dans la comparaison de la figure et du mouvement, objets sur lesquels la vérité et l'intérêt des hommes ne se trouvent point en oppo-sition. Dans la seconde au contraire tout est sujet à dispute, parce qu'elle s'occupe à comparer les hommes, et qu'elle examine leurs droits et leurs avantages, objets sur lesquels toutes les fois que la raison sera contraire à l'homme, l'homme sera contraire à la raison. De là vient que ceux qui ont écrit sur la justice et la politique en général se contredisent souvent eux-mêmes, et sont contredits par les autres. L'unique moyen de ramener cette doctrine aux règles infaillibles de la raison, c'est de commencer par établir des principes que la passion ne puisse attaquer, d'élever par degrés sur ces fondements solides et de rendre inébranlables des vérités puisées dans les lois de nature, qui jusqu'ici ont été bâties en l'air. Ces principes, Mylord, sont ceux que je vous ai déjà exposés dans nos entretiens particuliers, et que, suivant vos désirs, j'ai placés ici dans un ordre méthodique. Je laisse à ceux qui en auront le loisir ou la volonté le soin d'appliquer ces principes à la conduite des souverains avec des souverains, ou des souverains avec des sujets ; je me contente de vous les présenter ici comme les seuls fonde-ments d'une telle science. Pour le style, j'ai plus consulté la logique que la rhétorique ; quant à la doctrine, j'ai tâché de la fortifier de preuves, et les conclusions que j'en tire sont telles que, faute d'y avoir fait attention, le gouvernement et la paix n'ont été jusqu'à ce jour fondés que sur des craintes mutuelles. Il serait donc très avantageux pour la République que chacun adoptât, sur la loi et la politique, les opinions que j'expose dans cet ouvrage ; ce motif suffit, je pense, pour justifier la liberté que je prends de le mettre sous votre protection, afin qu'il puisse se faire jour jusqu'à ceux qui se trouvent le plus intéressés aux objets qu'il contient. Je ne désire du reste que la continuation des faveurs dont vous daignez m'honorer; tout m'oblige à faire des efforts pour les mériter par mon zèle à remplir les ordres que vous voudrez bien me donner.

 

Je suis,

Mon très honoré Lord,

Votre très humble et très obligé serviteur

THOMAS HOBBES,

le 9 mai 1640.