Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 21 sur 24

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Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Chapitre XII

1. De la délibération. 2. Deux conditions pour la délibération. 3. 4. 5. et 6. Des actions volontaires, involontaires et mixtes. 7. Du consentement, et du conflit ou contention. 8. De l'union. 9. De l'intention ou dessein.

 

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1. Nous avons déjà expliqué de quelle manière les objets extérieurs produisent des conceptions, et ces conceptions le désir ou la crainte qui sont les premiers mobiles cachés de nos actions ; car ou les actions suivent immédiatement la première appétence ou désir, comme lorsque nous agis-sons subitement ; ou bien à notre premier désir il succède quelque concep-tion du mal qui peut résulter pour nous d'une telle action, ce qui est une crainte qui nous retient ou nous empêche d'agir. A cette crainte peut succé-der une nouvelle appétence ou désir, et à cette appétence une nouvelle crainte qui nous ballotte alternativement ; ce qui continue jusqu'à ce que l'action se fasse ou soit impossible à faire par quelque accident qui sur-vient. Alors ces alternatives de désir et de crainte cessent.

L'on nomme délibération ces désirs et ces craintes qui se succèdent les uns aux autres aussi longtemps qu'il est en notre pouvoir de faire ou de ne pas faire l'action sur laquelle nous délibérons, c'est-à-dire que nous dési-rons et craignons alternativement ; car tant que nous sommes en liberté de faire ou de ne pas faire, l'action demeure en notre pouvoir, et la délibé-ration nous ôte cette liberté.

2. Ainsi la délibération demande deux conditions dans l'action sur laquelle on délibère ; l'une est que cette action soit future ; l'autre qu'il y ait espérance de la faire ou possibilité de ne la pas faire ; car le désir et la crainte sont des attentes de l'avenir, et il n'y a point d'attente d'un bien sans espérance, ni d'attente d'un mal sans possibilité ; il n'y a donc point de

délibération sur les choses nécessaires *. Dans la délibération, le dernier désir, ainsi que la dernière crainte, se nomme volonté. Le dernier désir veut faire ou veut ne pas faire. Ainsi la volonté ou la dernière volonté sont la même chose ; car quoiqu'un homme exprime son inclination ou son désir présent relativement à la disposition de ses biens par des paroles ou par des écrits, cependant son testament n'est point encore réputé sa volonté, parce qu'il lui reste la liberté d'en disposer autrement ; mais lors-que la mort lui ôte cette liberté, alors ses dispositions sont réputées sa volonté.

3. Les actions et les omissions volontaires sont celles qui tirent leur source de la volonté ; toutes les autres sont involontaires ou mixtes telles que celles que l'homme produit par désir ou par crainte. Les involontaires sont celles qu'il fait par la nécessité de nature, comme quand il est poussé, qu'il tombe et fait par sa chute du mal à quelqu'un. Les mixtes sont celles qui participent de l'un et de l'autre ; comme quand un homme est conduit en prison, il marche volontairement, mais il va dans la prison involontaire-ment. L'action de celui qui pour sauver son vaisseau et sa vie jette ses marchandises dans la mer est volontaire, car il n'y a dans cette action d'involontaire que la dureté du choix qui n'est pas son action mais l'action des vents : ce qu'il fait alors n'est pas plus contre sa volonté que de fuir un danger est contre la volonté de celui qui ne voit pas d'autre moyen de se conserver.

4. Les actions produites par une colère subite ou par tout autre appétit soudain, dans les personnes qui sont en état de distinguer le bien du mal, sont des actions volontaires ; car en elles le temps qui a précédé est réputé délibération, et par conséquent elles sont censées avoir délibéré ou exami-

* Aristote, Éthique à Nicomaque, VI, 2,1139 a, 13-14. né les cas dans lesquels c'est un bien de frapper, d'injurier ou de faire telle autre action qui est l'effet de la colère ou d'une passion soudaine.

5. Le désir, la crainte, l'espérance et les autres passions ne sont point appelées volontaires, car elles ne procèdent point de la volonté, mais elles sont la volonté même, et la volonté n'est point une action volontaire, car un homme ne peut pas plus dire qu'il veut vouloir qu'il ne peut dire qu'il veut vouloir vouloir, et répéter ainsi à l'infini le mot vouloir, ce qui serait absurde ou dépourvu de sens.

6. Comme vouloir faire est désir, et vouloir ne pas faire est crainte, la cause du désir ou de la crainte est aussi la cause de notre volonté ; mais l'action de peser les avantages et les désavantages, c'est-à-dire la récom-pense et le châtiment, est la cause de nos désirs et de nos craintes, et par conséquent de nos volontés, en tant que nous croyons que les récompenses ou les avantages que nous pesons nous arriveront : en conséquence nos volontés suivent nos opinions de même que nos actions suivent nos vo-lontés ; c'est dans ce sens que l'on a raison de dire que l'opinion gouverne le monde.

7. Si les volontés de plusieurs concourent à la même action, l'on nom-me consentement ce concours de volontés, par où nous ne devons pas entendre une même volonté de plusieurs hommes, car chaque homme a sa volonté particulière, mais plusieurs volontés produisant le même effet. Si les volontés de plusieurs hommes produisent des actions qui résistent les unes aux autres, cela s'appelle conflit ou contention ; il y a combat lorsque les personnes agissent corps à corps les unes contre les autres ; aide au contraire lorsque les actions sont unies par le consentement.

8. Lorsque plusieurs volontés sont renfermées dans la volonté d'une personne ou de plusieurs qui consentent (nous dirons par la suite comment cela peut avoir lieu), cette conclusion de plusieurs volontés en une ou plus se nomme union.

9. Dans les délibérations interrompues, comme elles peuvent l'être par des distractions, des amusements, par le sommeil, etc., la dernière appé-tence ou désir de cette délibération partielle se nomme intention ou dessein.