Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 13 sur 24

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Les dynamiques de l’évolution culturelle.

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local *, où il fait voir de plus que deux sons qui diffèrent d'une quinte plai-sent à l'oreille parce qu'ils nous affectent d'une égalité après deux inégali-tés, car alors le son le plus aigu frappe l'oreille trois fois tandis que l'autre ne la frappe que deux. Il montre de la même manière en quoi consiste le plaisir du consonant et le déplaisir du dissonant dans d'autres différences de sons. Il y a encore un autre plaisir et un autre déplaisir résultant des sons ; il naît de la succession de deux sons diversifiés par le degré et la mesure. On appelle air une succession de sons qui plaît ; cependant j'avoue que j'ignore pour quelle raison une succession de sons diversifiés par le degré et la mesure produit un air plus agréable qu'un autre, je présume

* Galilée, Dialogues sur deux sciences nouvelles, fin de la Première Journée. seulement que quelques airs imitent ou font revivre en nous quelque passion cachée, tandis que d'autres ne produisent point cet effet.

Pareillement, le plaisir des yeux consiste dans une certaine égalité de couleurs ; car la lumière qui est la plus belle des couleurs est produite par une opération égale de l'objet, tandis que la couleur en général est une lumière inégale et troublée, comme on l'a dit au chapitre il, paragraphe 8. Voilà pourquoi les couleurs sont d'autant plus éclatantes qu'elles ont plus d'égalité. Et comme l'harmonie cause du plaisir à l'oreille par la diversité de ses sons, de même il est des mélanges et des combinaisons de couleurs qui sont plus harmonieuses à l'œil que d'autres. Il y a encore un plaisir pour l'oreille, mais qui n'est fait que pour les personnes versées dans la musique ; il est d'une nature différente et n'est pas, comme ceux dont on vient de parler, une conception du présent ; il consiste à se complaire dans son propre talent ; les passions dont je vais bientôt parler sont de la même nature.

3. La conception de l'avenir n'en est qu'une supposition, produite par la mémoire du passé : nous concevons qu'une chose sera par la suite parce que nous savons qu'il existe quelque chose à présent qui a le pouvoir de la produire ; or nous ne pouvons concevoir qu'une chose a le pouvoir d'en produire une autre par la suite que par le souvenir qu'elle a produit la mê-me chose ci-devant. Ainsi toute conception de l'avenir est la conception d'un pouvoir capable de produire quelque chose. Cela posé, quiconque attend un plaisir futur doit concevoir en lui-même un pouvoir à l'aide duquel ce plaisir peut être atteint. Et comme les passions dont je parlerai bientôt consistent dans la conception de l'avenir, c'est-à-dire dans la conception d'un pouvoir passé et d'un acte futur, avant d'aller plus loin il faut que je parle de ce pouvoir.

4. Par ce pouvoir, j'entends les facultés du corps nutritives, géné-ratives, motrices, ainsi que les facultés de l'esprit, la science, et de plus les pouvoirs acquis par leur moyen, tels que les richesses, le rang, l'autorité, l'amitié, la faveur, la bonne fortune, qui n'est à proprement parler que la faveur du Tout-Puissant. Les contraires de ces facultés sont l'impuissance, les infirmités, les défauts de ces pouvoirs respectivement. Comme le pouvoir d'un homme résiste et empêche les effets du pouvoir d'un autre homme, le pouvoir pris simplement n'est autre chose que l'excès du pou-voir de l'un sur le pouvoir d'un autre ; car deux pouvoirs égaux et opposés se détruisent, et cette opposition qui se trouve entre eux se nomme conten-tion ou conflit.

5. Les signes auxquels nous connaissons notre propre pouvoir sont les actions que nous lui voyons produire ; les signes auxquels les autres hom-mes le reconnaissent sont les actes, les gestes, les discours, l'extérieur que l'on voit communément résulter de ce pouvoir. L'on appelle honneur l'aveu du pouvoir ; honorer un homme intérieurement c'est concevoir ou reconnaître que cet homme a un excédent de pouvoir sur un autre homme avec qui il lutte ou auquel il se compare. L'on appelle honorables les si-gnes pour lesquels un homme reconnaît le pouvoir ou l'excédent du pouvoir qu'un autre a sur son concurrent ; par exemple, la beauté du corps qui consiste dans un coup d'œil animé ou d'autres signes de la chaleur naturelle sont honorables, étant des signes qui précèdent le pouvoir géné-ratif et qui annoncent beaucoup de postérité, ainsi qu'une réputation établie généralement dans l'autre sexe par des signes qui promettent les mêmes avantages. Et les actions qui sont dues à la force du corps et à la force ouverte sont des choses honorables comme des signes conséquents au pouvoir moteur, tels que sont une victoire remportée dans une bataille ou un duel, d'avoir tué son homme, de tenter quelque entreprise accompagnée de danger, ce qui est un signe conséquent à l'opinion que nous avons de notre propre force, opinion qui est elle-même un signe de cette force. Il est honorable d'enseigner ou de persuader les autres parce que ce sont des signes de nos talents et de notre savoir. Les richesses sont honorables comme étant des signes du pouvoir qu'il a fallu pour les acquérir. Les présents, les dépenses, la magnificence des bâtiments et des habits, etc., sont honorables autant qu'ils sont des signes de la richesse. La noblesse est honorable par réflexion comme étant un signe du pouvoir qu'ont eu les ancêtres. L'autorité est honorable parce qu'elle est un signe de force, de sagesse, de faveur ou des richesses par lesquelles on y est parvenu. La bonne fortune ou la prospérité accidentelle est honorable parce qu'elle est regardée comme un signe de la faveur divine à laquelle on attribue tout ce qui nous vient par hasard et tout ce que nous obtenons par notre industrie. Les contraires ou les défauts de ces signes sont réputés déshonorants, et c'est d'après les signes de l'honneur ou du déshonneur que nous estimons et apprécions la valeur d'un homme, le prix de chaque chose dépendant de ce qu'on voudrait donner pour l'usage de tout ce qu'elle peut procurer.

6. Les signes d'honneur sont ceux par lesquels nous apercevons qu'un homme reconnaît le pouvoir et la valeur d'un autre ; telles sont les louan-ges qu'il lui donne, le bonheur qu'il lui attribue, les prières et les supplica-tions qu'il lui fait, les actions de grâce qu'il lui rend, les dons qu'il lui offre, l'obéissance qu'il a pour lui, l'attention qu'il prête à ses discours, le respect avec lequel il lui parle, la façon dont il l'aborde, la distance où il se tient de lui, la façon dont il se range pour lui céder le pas, et d'autres choses semblables qui sont des marques d'honneur que l'inférieur rend à son supérieur.

Mais les signes d'honneur que le supérieur rend à son inférieur consis-tent à le louer ou à le préférer à son concurrent, à l'écouter plus favora-blement, à lui parler plus familièrement, à lui permettre un accès plus facile, à l'employer par préférence, à le consulter plus volontiers, à suivre son avis, à lui faire plutôt des présents que de lui donner de l'argent, ou s'il lui donne de l'argent de lui en donner assez pour empêcher de soupçonner qu'il avait besoin d'un peu ; car le besoin de peu marque une plus grande pauvreté que le besoin de beaucoup. Voilà suffisamment d'exemples des signes d'honneur et de pouvoir.

7. Le respect ou la vénération est la conception que nous avons qu'un autre a le pouvoir de nous faire du bien et du mal, mais non la volonté de nous nuire.

8. C'est le plaisir ou le déplaisir que causent aux hommes les signes d'honneur ou de déshonneur qu'on leur donne qui constitue la nature des passions dont nous allons parler dans le chapitre suivant.